"On est partis pour un moment !" Vincent Lesage prépare un feu dans une ancienne cuve pour réchauffer ses troupes. Ce lundi 5 janvier, le nouveau président de la Coordination rurale de la Manche et une petite centaine de manifestants occupent depuis 13h30 le rond-point menant au port de Cherbourg. "On a pour but d'arrêter l'importation et l'exportation de produits agricoles", indique cet éleveur exerçant près de Saint-Lô.
La manifestation a commencé par un premier rendez-vous à proximité du centre commercial Auchan de La Glacerie. - Julien Rojo
Une petite centaine de manifestants ont répondu à cet appel, une autre manifestation ayant lieu dans le sud de la Manche à proximité de l'A84. "On ne bougera pas tant qu'il n'y aura pas d'annonce claire du gouvernement", scande le vice-président Jean-Philippe Yon. Pour appuyer leur point, plusieurs tracteurs ont déversé sur la route d'anciens pneus, des bottes de paille, des palettes pour barricader symboliquement l'entrée au port et l'accès à l'embarcadère. Au total, 38 tracteurs étaient mobilisés sur le rond-point.
Des tas de palettes, de pneus et de paille bloquent les entrées du port de Cherbourg. - Julien Rojo
"On ne demande qu'à gagner notre vie"
Les dossiers visés par la colère des manifestants sont nombreux : traité de libre-échange avec le Mercosur, gestion de l'épidémie de dermatose nodulaire, baisse du prix du lait, des indemnisations pas suffisantes… "Ce n'est plus possible de vivre en dessous du seuil de pauvreté pour certains de mes collègues", avance Jean-Philippe Yon. Joël était l'un des premiers mobilisés dès lundi midi au rond-point du Auchan à La Glacerie. Cet exploitant bovin et laitier de Gouville-sur-Mer s'inquiète pour l'avenir de la profession. "Laissez-nous travailler. Nous ne polluons pas plus qu'un industriel. On ne demande qu'à gagner notre vie et notre salaire avec le patrimoine que l'on a", explique-t-il. Il n'a pas trouvé de repreneur pour son exploitation. "Même à mon âge, je suis ici pour soutenir les jeunes qui croient encore à l'élevage", continue ce soixantenaire.
Joël était l'un des premiers agriculteurs présents à l'entrée de Cherbourg. - Julien Rojo
La manifestation a aussi attiré quelques habitants, se sentant proches des revendications de la Coordination rurale. "Vous allez manger de la viande du Brésil ou de je-ne-sais-pas-où, qui n'ont pas les mêmes normes… C'est scandaleux", lâche Pascale Brostin, commerciale à la retraite.
Des pneus s'entassent devant l'accès à l'embarcadère. - Julien Rojo
Malgré l'action coup de poing, la manifestation a commencé dans le calme. Des pneus ont ensuite été enflammés vers 15h. Cela a entrainé l'intervention des sapeurs-pompiers peu après-après.
Des pneus ont été enflammés en milieu d'après-midi. - Julien Rojo
Barrage filtrant
En fin de journée, les manifestants ont négocié avec les autorités portuaires pour inspecter les camions sortant du port. Les forces de l'ordre étaient présentes sur place. Une quinzaine de camions ont traversé, un par un, ce barrage filtrant. Lors d'un rapide coup d'œil, les manifestants ont découvert des poissons, du parquet, de la mozzarella irlandaise à destination de l'Italie… Aucun produit "suspect", labellisé fabriqué en France mais venant de l'étranger, n'a été relevé par les agriculteurs. "C'est un bilan positif en nombre de participants et l'on se rend compte que l'on gêne quelque chose", conclut Vincent Lesage à l'issue de la journée. Le blocage se poursuit toute la nuit et jusqu'au lendemain. Des agriculteurs s'apprêtent à passer la nuit sur place.
Les agriculteurs ont filtré les camions sortant du port. - Julien Rojo
Les manifestants ont inspecté une quinzaine de camions sortant du port. - Julien Rojo
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