C'est un fragment dont on avait perdu la trace qui a été rendu à la France mercredi 14 janvier. En 1941, une équipe de scientifiques issus de l'Allemagne nazi s'est intéressée à la Tapisserie de Bayeux. Membres de l'équipe de l'Ahnenerbe, fondé par Heinrich Himmler, ils œuvrent à rechercher "un héritage ancestral" de la race aryenne. Cette Tapisserie, qui évoque l'histoire de Normands descendants de Vikings, intéresse donc les scientifiques qui en prélèvent deux tout petits morceaux et les ramènent en Allemagne pour "authentifier le textile et l'étudier", rapporte Antoine Verney, conservateur en chef des musées de Bayeux.
Un morceau à étudier
Puis, ces fragments, que le conservateur qualifie de "prélèvements non autorisés" plutôt que de "vols", se sont perdus, chaque chercheur conservant ses pièces chez lui. La famille de l'un des scientifiques, Karl Schlabow, a d'abord conservé ces dossiers, avant de les transmettre aux archives d'une province allemande, le Schleswig-Holstein. Les fragments ont été retrouvés lors d'un catalogage.
Le fragment de la Tapisserie de Bayeux prélevé par les nazis en 1941. Il appartient désormais, de nouveau, à la France. - DR
Ces fragments désormais restitués à l'Etat, et donc déposés à Bayeux, ne réintégreront pas la Tapisserie. "Ils resteront des fragments, et nous allons chercher sur quelle partie de l'œuvre ils ont été prélevés en 1941", explique le préfet du Calvados Stéphane Bredin. "Ce serait une ineptie aujourd'hui que de découper un morceau de la Tapisserie, poursuit Antoine Verney. Là c'est sympa, on a un fragment déjà prélevé, qui peut partir en laboratoire sans dénaturer l'œuvre."
Reportage
Si les Anglais ne rendent pas la Tapisserie, la France en aura toujours un bout
Si ce fragment est donc voué à être étudié, et non exposé, il ne s'agit pas de la première restitution. En 1872, un morceau de la toile découpée par un artiste britannique avait été rendu par le musée londonien aujourd'hui appelé Victoria and Albert Museum. Ce qui fait dire au maire de Bayeux, Patrick Gomont, que "la Tapisserie n'a pas fini de nous réserver des surprises ! Peut-être qu'un jour un retrouvera la scène finale, même si la Région Normandie a commandé sa réalisation, et qu'elle sera exposée à Falaise."
Taquin, l'élu, fervent défenseur du prêt de la broderie millénaire au British Museum à Londres, prévu pour septembre, poursuit : "Pour ceux qui pensent qu'avec le prêt, l'œuvre ne reviendra jamais, au moins, on va conserver ce morceau de textile, on aura quoi qu'il arrive un souvenir !"
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