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Rouen. Témoignage d'un policier en Normandie : " Les voyous nous le disent, ils n'ont plus peur de nous. "

Damien, fonctionnaire de police depuis 14 ans sur la rive gauche de l'agglomération, a participé ce mercredi 26 octobre 2016 à la marche de la colère à Rouen (Seine-Maritime). Manque de reconnaissance, manque d'effectif et violence accrue, il témoigne.

Rouen. Témoignage d'un policier en Normandie : " Les voyous nous le disent, ils n'ont plus peur de nous. "
Damien s'est mêlé à la centaine de policiers qui ont défilé ce mercredi 26 octobre dans les rues de Rouen. - Tendance Ouest

Cela fait 14 ans que Damien est fonctionnaire de police sur la rive gauche de l'agglomération. Et, en 14 ans, le policier n'avait jamais manifesté. Cette marche de la colère, qui a eu lieu ce mercredi 26 octobre 2016 à Rouen (Seine-Maritime), est donc une première pour lui. Une nécessité pour lui comme pour ses collègues qu'il résume d'une phrase lapidaire : "Tous les policiers sont en colère. Il y a un manque de reconnaissance de la hiérarchie, un manque d'effectif, une non-réponse judiciaire et une non-réponse politique."

"Parfois, la hiérarchie refuse qu'on intervienne"

La hiérarchie, d'abord. Damien évoque des interventions qui sont stoppées net par ses supérieurs : "Sur des interpellations, la police se fait caillasser et quand on veut intervenir, la hiérarchie refuse que l'on intervienne sous prétexte que cela peut créer des troubles à l'ordre du public. Ils préfèrent laisser passer l'incident." Des scènes fréquentes qui font que la situation empire selon lui : "Plus les gens ne sont pas condamnés, plus ils se sentent forts et plus la violence envers nous augmente. Cela devient de plus en plus difficile pour nous d'intervenir car les délinquants savent que s'ils y mettent un peu de force, on va repartir."

"Cela fait 7/8 ans que la situation a dégénéré"

A entendre Damien, la bascule ne date pas d'hier : "Cela fait 14 ans que je suis là. J'ai connu la politique sans chiffres, on ne nous demandait pas de remplir des tableaux. A chaque fois qu'il y avait une violence, il y avait une vraie réponse. Cela fait 7/8 ans que la situation a commencé à dégénérer. Les violences et insultes sont de plus en plus fréquentes et les voyous nous le disent clairement, ils n'ont pas peur de nous car ils disent qu'il n'y aura rien derrière, aucune condamnation réelle. On peut prendre des coups, derrière c'est des travaux d'intérêt général, une amende. Quand il y a une garde à vue, c'est trois-quatre heures. Pour avoir frappé un policier, c'est léger."

Damien a déjà été confronté à cette violence anti-flics : lors d'une intervention, la famille du suspect l'a ceinturé et tabassé pour laisser le temps au leur de s'enfuir.

Difficile de manifester

Mais pourquoi, si la situation empire depuis plusieurs années, les policiers n'ont-ils pas manifesté leur colère plus tôt ? "Manifester pour nous, c'est compliqué. Rien que le fait de vous parler m'expose. La hiérarchie ne va pas me sanctionner forcément. Mais si je veux changer de service, elle va dire non ; si j'attends une promotion, je passerai en dernier ; si on parle trop, on sera changé de commissariat."

La grogne des policiers a semble-t-il enflé suite à la visite de Bernard Cazeneuve et du Directeur général de la police nationale Jean-Marc Falcone lundi 24 octobre : "Vous voyez, il y a des gens comme Messieurs Cazeneuve et Falcone qui sont venus et personne ne nous a prévenus. Les collègues n'ont pas pu venir et leur parler. On a pris à la hâte quelques fonctionnaires au hasard. Comment parler à son ministre ?"

4600 policiers recrutés, mais combien de nouveaux retraités ?

Aujourd'hui, le policier demande avant tout plus d'effectifs : "Mr Cazeneuve a promis 4600 recrutements mais combien de policiers vont partir en retraite ? Si 5000 partent en retraite, on en perd 400. Il y a un service, ici, où on a perdu 11 fonctionnaires en deux ans. On nous a dit qu'ils ne seront jamais remplacés. Tous les services sont concernés."

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