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Témoignages. À Caen, le viaduc de la malédiction

Faits Divers. Il figure régulièrement à la rubrique des faits divers : à Caen, le viaduc de Calix est devenu la hantise des sapeurs-pompiers.

Témoignages. À Caen, le viaduc de la malédiction
La première pierre de sa construction a été posée il y a 50 ans. L'ouvrage qui culmine à près de quarante mètres de hauteur revient régulièrement à la rubrique des faits divers. Nous avons rencontré des pompiers qui interviennent sur place pour des tentatives de suicide. - Philippe Bertin

Il se souvient y être resté plusieurs heures à la surface de l'eau, à bord de son zodiac, prêt à intervenir. À une quarantaine de mètres au-dessus de lui, une femme désespérée s'apprêtait à se jeter dans le vide. "Dans ce cas-là, dit ce sapeur-pompier professionnel qui exerce son métier depuis plus de trente ans, la chute est très souvent mortelle. Les malheureux candidats au suicide se brisent les cervicales. Il n'y a hélas pas grand-chose à faire."

Fort heureusement, ce jour-là, la femme dont on craignait qu'elle se jette dans le vide n'a finalement pas enjambé le parapet. Plusieurs sapeurs-pompiers positionnés sur le viaduc avaient réussi à la convaincre de ne pas sauter.

Sapeurs-pompiers et policiers mobilisés

Ce n'est pas toujours le cas, et le viaduc est devenu particulièrement mortifère : fin juillet, dans la nuit du jeudi 21 au vendredi 22, un homme d'une quarantaine d'années a lui aussi fait une tentative de suicide. Un pompier caennais raconte être arrivé sur place quand l'homme s'est jeté du viaduc. Grièvement blessé, l'homme a été transporté en urgence absolue au CHU de Caen. Il n'a pas survécu à ses blessures, ont confirmé quelques heures plus tard les services de police dépêchés sur place, aux côtés des sapeurs-pompiers et de l'équipe du SMUR. Treize sapeurs-pompiers avaient été engagés dans cette intervention. "Nous n'avons malheureusement rien pu faire", dit l'un d'entre eux, aguerri aux situations périlleuses et qui intervient régulièrement lors des opérations à haut risque dans des environnements "hostiles".

Lorsque pareil drame survient sur le viaduc, ce sont les hommes des casernes d'Ifs ou de Folie-Couvrechef qui interviennent, en même temps, très souvent, que les policiers, appelés aussi à se rendre sur place. En avril dernier, Sabrina, une jeune policière en patrouille dans le secteur, est intervenue "manu militari" pour empêcher un homme de sauter. Elle a réussi à l'attraper par les pieds avant qu'il ne commette le geste fatal. Une autre fois, en février 2017, Yann, un sapeur-pompier volontaire qui empruntait le pont au volant de sa voiture, est intervenu pour sauver une jeune femme de 26 ans qui s'apprêtait à enjamber le pont en pleine nuit.

Huit mois après la pose de la première pierre, un premier drame et cinq morts

Bien souvent, ce sont des automobilistes de passage qui préviennent les secours. Le viaduc de Calix, qui enjambe l'Orne, le canal de Caen à la mer et la zone portuaire à hauteur de Mondeville, est l'une des voies les plus empruntées du périphérique caennais. Plus de 80 000 automobilistes y passent chaque jour et chaque nuit.

Il n'y a qu'à se pencher sur les archives pour s'en rendre compte : les tentatives de suicide y sont relativement fréquentes. Combien ? Difficile de savoir. Les responsables du SDIS, le Service départemental d'incendie et de secours du Calvados que nous avons interrogés ne sont pas, disent-ils, habilités à communiquer sur le sujet. Ils établissent pourtant chaque année, à l'intention du préfet du Calvados, un relevé de leurs interventions sur place. C'est un site sensible.

La première pierre du viaduc fut posée il y a cinquante ans presque jour pour jour, c'était le 12 septembre 1972. Huit mois plus tard, l'ouvrage alors en construction connaissait son premier drame : le 18 mai 1973, un des assemblages d'une tête de pile s'effondrait, emportant dans sa chute cinq ouvriers portugais qui furent écrasés sous 120 tonnes de béton. Le corps de l'un d'entre eux pu être extrait rapidement des décombres, les quatre autres restèrent coincés sous les gravats pendant plusieurs jours. Peu de temps avant, un autre accident s'était produit, mais celui-là, heureusement, sans victime : une grue de chantier s'écroula sur une maison en contrebas.

L'ouvrage fait de quinze travées et long de 1 183 mètres fut inauguré en 1975, peu de temps avant Noël. C'était un 13 décembre. Un chiffre porte-malheur, comme une malédiction ?

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