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Afghanistan: premier vol d'évacuation de Kaboul vers l'étranger depuis fin août

France-Monde. Un avion évacuant 200 personnes, dont des Américains, a décollé jeudi en fin d'après-midi de Kaboul, le premier vol passager pour l'étranger au départ de la capitale afghane depuis le retrait américain fin août.

Publié le 09/09/2021 à 17h55

Ce vol, à destination de Doha, intervient alors que le nouveau pouvoir des talibans s'organise, moins d'un mois après la marche victorieuse de ses combattants sur Kaboul après l'effondrement du gouvernement pro-occidental à la mi-août.

Il s'agit du premier vol de ce type depuis le gigantesque pont aérien organisé par les Américains, qui a permis l'évacuation de plus de 120.000 personnes.

Après les formalités de départ à l'aéroport, les passagers ont embarqué dans des bus sur le tarmac de l'aéroport puis gagné l'avion, sous la surveillance de gardes venus du Qatar. Doha est très impliqué dans cette opération comme dans la relance de l'aéroport de Kaboul, qui a fermé après le retrait américain, et tarde encore à rouvrir aux vols commerciaux.

La Qatar et son alliée la Turquie travaillent depuis plusieurs jours pour préparer les structures aéroportuaires de Kaboul à une réouverture progressive.

Une tâche compliquée, tant l'aéroport a souffert des évacuations chaotiques de la fin août, menées alors que des milliers d'Afghans faisaient le siège de l'enceinte dans l'espoir de monter dans un des vols affrétés par les pays étrangers.

Washington reconnaît qu'il reste encore à exfiltrer beaucoup d'Afghans potentiellement menacés pour avoir travaillé avec l'ancien gouvernement ou les pays occidentaux.

Les talibans avaient critiqué ces évacuations chaotiques et assuré que tout Afghan ou étranger muni de papiers en règle pourrait prendre un vol commercial dès leur reprise.

Manifestations interdites

"Nous espérons que dans un futur proche l'aéroport sera prêt pour toutes sortes de vols commerciaux", a déclaré le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid.

Au niveau politique, les talibans travaillent à la consolidation de leur pouvoir, à quelques jours du 20e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, point de départ de l'invasion occidentale du pays qui a chassé les talibans du pouvoir.

Mercredi, le nouveau gouvernement taliban, nommé la veille, a donné un tour de vis pour éteindre la contestation en publiant un ordre stipulant que tout rassemblement devrait désormais être autorisé à l'avance par le ministère de la Justice et qu'aucun ne l'était pour l'heure.

La menace semble avoir porté: plusieurs manifestations ont été annulées jeudi à Kaboul après l'annonce du gouvernement.

L'organisateur d'une manifestation prévue dans la matinée devant l'ambassade du Pakistan, pays très proche des talibans et accusé par une partie de la population afghane de les téléguider, a indiqué à l'AFP l'avoir finalement annulée à cause du nouveau règlement. L'AFP n'a vu personne sur les lieux d'une autre manifestation prévue dans la capitale.

Jeudi, on remarquait dans les rues de Kaboul davantage de talibans armés que les jours précédents, dont des membres des forces spéciales en treillis, à des coins de rues et sur les barrages placés sur les grandes artères.

Ces derniers jours, plusieurs rassemblements de centaines de personnes pour la défense des libertés, donc de défiance à l'égard des talibans, ont été dispersés par des combattants armés talibans, notamment dans la capitale Kaboul, à Mazar-i-Sharif (Nord), Faizabad (Nord-Est) et Hérat (Ouest), où deux personnes ont été tuées et plusieurs blessées par balle.

Mercredi soir, deux journalistes de l'Etilaat Roz ("Jour d'info"), l'un des principaux quotidiens afghans, avaient montré à l'AFP leurs corps meurtris, couverts d'énormes hématomes violacés après une manifestation à Kaboul.

Et raconté à l'AFP comment les talibans les avaient empêcher de filmer ou photographier une marche de femmes, avant de les emmener au poste et de les tabasser pendant plusieurs heures "à coups de pied, de bâtons, de câbles, de tuyaux, de tout ce qu'ils pouvaient trouver".

Ex de Guantanamo

Les talibans ont annoncé leur gouvernement de transition à quelques jours du 20e anniversaire des attentats du 11-Septembre.

Malgré leurs promesses d'ouverture, il est surtout composé de cadres ultra-conservateurs de la génération qui avait imposé un régime rigoriste et brutal entre 1996 et 2001 - dont quatre passés par la prison américaine de Guantanamo - et ne comporte aucune femme. Plusieurs ministres figurent sur des listes de sanction de l'ONU.

Il doit maintenant s'atteler à consolider le pouvoir des fondamentalistes, qui auront besoin d'aide étrangère pour faire rebondir rapidement une économie sinistrée et en partie à l'arrêt depuis le 15 août.

Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, a estimé mercredi qu'ils devraient "gagner" leur légitimité auprès de la communauté internationale. Washington jugera le gouvernement taliban "sur ses actions", a-t-il ajouté, alors que les Européens regrettaient qu'il ne soit ni "inclusif" ni "représentatif".

La Chine, l'un des rares pays à maintenir son ambassade ouverte à Kaboul, a pour sa part salué la mise sur pied d'un gouvernement qui met fin "à plus de trois semaines d'anarchie".

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