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Fresh Kills, le lieu oublié du 11-septembre, où l'on a trié les décombres

France-Monde. Pour certains, c'est un symbole de la résilience de New York. Pour d'autres, c'est une plaie béante. A Fresh Kills, où ont été triés les décombres du World Trade Center, l'esprit du 11-septembre est encore là.

Publié le 27/08/2021 à 10h10
Fresh Kills, le lieu oublié du 11-septembre, où l'on a trié les décombres
Dennis Diggins montre la photo d'une barge transportant en 2001 des débris du World Trade Center à Fresh Kills, le 28 mai 2021 à Staten Island - Angela Weiss [AFP]

Ils ont tout vu, ce jour-là. Kurt Horning, depuis son bureau, à quelques pâtés de maisons du World Trade Center. Dennis Diggins, depuis le haut de la colline 1/9, à Fresh Kills, sur l'île de Staten Island

Le fils de Kurt, Matthew, qui travaillait pour le courtier en assurance Marsh McLennan, était dans la tour nord, coincé, et ne parviendra pas à sortir avant que le bâtiment ne s'effondre.

Responsable de Fresh Kills, la plus grande décharge à ciel ouvert du monde à l'époque, qui venait de fermer en mars 2001, Dennis Diggins, lui, savait déjà que le site allait reprendre du service.

Dans la nuit du 11 au 12 septembre, les premiers convois sont arrivés. Pendant 10 mois, des barges ont acheminé des centaines de milliers de tonnes de débris venus de "Ground Zero", comme on l'appelait à l'époque.

La colline 1/9 est devenue une petite ville, avec un millier d'employés des services de propreté mais aussi des policiers, des agents du FBI et des Services secrets.

"Faire vite"

Kurt Horning et sa femme Diane visitent bientôt Fresh Kills, avec d'autres familles, et se crispent d'entrée. Pour eux, le site n'est pas suffisamment préservé, envahi par la boue, et les mouettes.

Alors qu'aucun objet de plus d'un demi-centimètre n'est censé passer au travers, ils retrouvent ici une carte de crédit, là une chaussure, plus loin une montre.

Un ouvrier leur apprend que, durant les 45 premiers jours, faute d'équipement, ils ont travaillé avec des râteaux et des pelles.

"Je reste résolument confiant, tout ce qui était humainement possible a été fait", plaide Dennis Diggins. Il rappelle aussi l'immensité de la tache, sans précédent, avec plus de 600.000 tonnes de débris à trier.

"L'idée, c'était de faire vite, moins cher que prévu, reconstruire quelque chose, nous allons montrer notre résilience", s'insurge Diane Horning, "et nous n'allons pas nous attarder sur les morts".

M. Diggins insiste, de l'émotion dans la voix: "je ne sais pas comme ce serait si j'avais perdu un membre de ma famille, mais je peux vous dire que les débris ont été traités avec le plus grand respect".

"On n'en est jamais arrivé à traiter ça comme un simple chantier", assure-t-il. "Vous saviez qu'il y avait des restes humains. Ça ne vous quittait jamais."

Une fois l'ensemble des convois acheminés, le responsable du site dit avoir même engagé des plongeurs pour fouiller les abords du débarcadère et s'assurer que rien n'avait échappé à ses hommes.

Séparés du reste de la colline par une couche isolante, les centaines de tonnes de poussière du World Trade Center, mélange de matériaux et de restes humains, sont laissés au sommet, recouverts d'un film de protection. Entre temps, seul un morceau de mâchoire de Matthew, retrouvé à Manhattan, a été identifié.

Entre le début et la fin de l'opération, la colline, qui offre une vue imprenable sur le bas de Manhattan, s'est élevée de plus de 25 m.

Action en justice

Pour les Horning, la fin du chantier n'est qu'une étape. Ils apprennent que la ville veut faire de Fresh Kills un parc, le plus grand de New York.

Ils obtiennent un rendez-vous avec le maire de l'époque, Michael Bloomberg, à qui ils expliquent qu'ils voudraient voir ces restes déplacés. "Quel est le problème?", répond l'édile, se souvient Diane Horning, "je ne suis allé visiter la tombe de mon père qu'une seule fois."

Contacté par l'AFP, Michael Bloomberg n'a pas donné suite, pas plus que les services de l'actuel maire, Bill de Blasio.

Fin de non recevoir des politiques, bien que les Horning, avec d'autres proches de victimes, aient proposé plusieurs autres sites, l'un d'entre eux situé dans une zone de Fresh Kills qui n'a jamais reçu d'ordures.

Le petit groupe de 17 personnes finit par intenter une action en justice, à l'été 2005. Le dossier ira jusqu'à la Cour suprême des Etats-Unis, qui refusera de l'examiner.

"Je me suis sentie personnellement responsable d'avoir entraîné ces familles et de leur avoir donné espoir", raconte Diane Horning. "Je dois vivre avec ça."

Un mémorial est prévu au sommet de la colline, accessible une fois terminé le parc, qui doit être ouvert complètement en 2035.

Cette trentaine d'années, c'est le temps nécessaire pour s'assurer de l'accessibilité au public du site, qui rejette encore aujourd'hui plus de 40.000 mètres cube de méthane par jour.

Mais Diane Horning ne veut pas entendre parler de ce projet. "C'est comme si vous offrez à votre enfant un cadeau avec un très bel emballage et quand il l'ouvre, il y a des ordures dedans."

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