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L'angoisse grandit pour des milliers d'Afghans pressés de fuir avant le 31 août

France-Monde. L'angoisse a encore grandi mercredi chez les milliers d'Afghans prêts à tout pour fuir leur pays aux mains des talibans, après la confirmation par le président américain Joe Biden que les évacuations s'achèveront la semaine prochaine.

Publié le 25/08/2021 à 09h25
L'angoisse grandit pour des milliers d'Afghans pressés de fuir avant le 31 août
Photographie fournie par l'Etat-major des Armées français le 24 août 2021 montrant un soldat français surveillant une évacuation à l'aéroport de Kaboul - - [ETAT MAJOR DES ARMEES/AFP]

Des milliers d'Afghans sont massés depuis des jours à l'aéroport de la capitale, sécurisé par plus de 6.000 soldats américains, certains avec leur famille entière, dans l'espoir de prendre un des vols organisés par les Occidentaux.

Malgré une situation particulièrement chaotique, Washington a déjà contribué à l'évacuation de 70.700 personnes, dont 4.000 Américains, depuis la mise en place du pont aérien le 14 août, veille de l'entrée des talibans dans Kaboul et de leur prise du pouvoir.

Plusieurs milliers d'autres étrangers ou Afghans craignant pour leur vie, souvent parce qu'ils ont travaillé pour le gouvernement déchu ou les forces de l'Otan au cours des 20 ans de guerre, ont aussi été exfiltrés par des pays occidentaux.

Lors d'un sommet virtuel mardi avec ses homologues du G7, M. Biden a écarté l'idée, un temps envisagée, de prolonger au-delà du 31 août la présence militaire américaine à Kaboul pour laisser plus de temps aux évacuations.

"Nous sommes actuellement sur la voie de terminer d'ici le 31 août" la "mission" visant à "évacuer les gens aussi efficacement et sûrement que possible", a déclaré le président américain.

Mais le respect de ce délai "dépend" de la coopération des talibans pour permettre l'accès à l'aéroport des candidats au départ, a-t-il prévenu, les mettant en garde contre toute "entrave" à ces opérations extrêmement difficiles.

Dans son communiqué final, le G7 a également demandé aux talibans, de retour au pouvoir après en avoir été chassés en 2001 par une coalition menée par les États-Unis, de "garantir un passage sûr" à ceux qui veulent partir.

Le 46e président américain avait lui-même fixé cette date du 31 août pour le retrait total des forces étrangères, après avoir dans un premier temps évoqué l'échéance fortement symbolique du 11 septembre, vingtième anniversaire des attentats de 2001 à Washington et New York.

Fin de non-recevoir

Justifiant sa décision par le "risque grave et croissant d'une attaque" du groupe jihadiste État islamique à l'aéroport, il a ainsi opposé une fin de non-recevoir à ses alliés, qui plaidaient avec insistance pour une extension du délai.

Plusieurs pays ont averti que la date du 31 août ne permettra pas d'évacuer tous ceux qui le souhaitent. D'autant que, pour que le retrait soit effectif ce jour-là, il faudra avoir interrompu les évacuations plus tôt.

La France avait ainsi prévenu par avance que si cette date était maintenue, son pont aérien cesserait dès jeudi soir.

Avant la prise de parole M. Biden, les talibans avaient énergiquement répété leur opposition "ferme" à toute extension des évacuations après la fin août, après avoir déjà présenté la veille cette éventualité comme une "ligne rouge".

Lors d'une conférence de presse, un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a sermonné les États-Unis et leurs alliés, accusés de vider le pays de ses forces vives en évacuant les Afghans qui ont travaillé avec eux, souvent parmi les plus qualifiés.

Les Occidentaux "ont des avions, ils ont l'aéroport, ils devraient emmener leurs ressortissants (...) hors d'ici", a-t-il déclaré. Mais "ils ne devraient pas encourager les Afghans à fuir l'Afghanistan", ni emmener avec eux des Afghans qualifiés, ingénieurs ou autres.

"Nous leur demandons d'arrêter cela (...) Ce pays a besoin de son expertise", a-t-il insisté.

Beaucoup d'Afghans, souvent urbains et éduqués, craignent que les talibans n'instaurent le même type de régime fondamentaliste et brutal que quand ils ont occupé le pouvoir entre 1996 et 2001.

'Peur pour l'économie'

Les talibans savent qu'ils doivent s'appuyer sur les structures administratives existantes, n'ayant pas dans leurs rangs l'expertise nécessaire pour gouverner seuls le pays, et notamment relancer une économie dévastée par la guerre et très dépendante de l'aide internationale.

Hors de Kaboul, dans les campagnes et certaines villes, les gens sont soulagés de voir des décennies de guerre prendre fin. Mais les femmes et les minorités ethniques s'inquiètent pour leur sort.

En certains endroits, les islamistes ont mis en place une forme de ségrégation entre hommes et femmes au travail ou à l'école. Mais sous leur précédent régime, les femmes ne pouvaient ni travailler, ni étudier.

Un humanitaire de Khost, dans le sud-est du pays, une région acquise aux talibans, les décrit comme plus accommodants que par le passé. Jusqu'ici, "l'attitude des talibans est bien plus souple que ce à quoi les gens s'attendaient", confie-t-il, mais les gens ont "peur pour l'économie".

Les talibans n'ont pas formé de gouvernement, disant vouloir pour cela attendre que le dernier soldat étranger ait quitté le pays. Sans lois valables sur tout le territoire, les règles diffèrent d'une région à l'autre, au bon vouloir des nouvelles autorités locales.

Les islamistes s'efforcent de se présenter sous un jour plus modéré à la population et à la communauté internationale, mais sans convaincre.

Lors de sa conférence de presse, M. Mujahid a assuré que les Afghanes employées dans l'administration pourraient retourner au travail "lorsque la sécurité (serait) assurée", en ajoutant qu'elles devaient rester chez elles d'ici là.

La Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a déclaré mardi que le respect par les talibans des droits fondamentaux des femmes et des filles serait une "ligne rouge fondamentale".

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