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Evacuations à Kaboul: un chaos sans fin, les Américains sous pression

France-Monde. Six jours après l'entrée des talibans dans Kaboul, des dizaines de milliers d'Afghans cherchent toujours désespérément à fuir leur pays, via un pont aérien "difficile" dont le président américain Joe Biden a reconnu ne pouvoir garantir "l'issue".

Evacuations à Kaboul: un chaos sans fin, les Américains sous pression
Photo fournie par l'armée américaine de soldats américains déployés à l'aéroport de Kaboul face à des Afghans cherchant à fuir le pays, le 20 août 2021 - Nicholas GUEVARA [US MARINE CORPS/AFP]

Routes paralysées par la foule, avions cargos pris d'assaut, enfants lancés par leurs parents par dessus des barbelés: les images du chaos à l'aéroport de Kaboul ne font que renforcer chaque jour le sentiment d'impréparation de l'opération d'évacuation.

Ce pont aérien est "l'un des plus importants et difficiles de l'histoire", a reconnu vendredi, dans sa seconde allocution télévisée en quelques jours, M. Biden lors d'un discours à la Maison Blanche.

"Je ne peux pas promettre ce qu'en sera l'issue finale" ni qu'il n'y aura pas "de risques de pertes" en vies humaines, a déclaré le président, assurant que les alliés de Washington ne remettaient pas en cause la "crédibilité" américaine de mener à bien cette opération.

Il a annoncé que 13.000 personnes avaient été évacuées par l'armée américaine depuis le 14 août. Des milliers d'autres ont embarqué à bord d'avions venus notamment des pays européens et de Grande-Bretagne.

Evacués par hélicoptères

Les Etats-Unis à eux seuls prévoient de faire partir 30.000 personnes.

Les évacués sont en majorité des citoyens américains que les talibans laissent entrer. Mais de nombreux Afghans, notamment ceux ayant travaillé pour les Etats-Unis et détenteurs d'un visa d'immigration spéciale (SIV) pour eux et leurs proches, ne peuvent pas accéder à l'enceinte sécurisée par plus de 5.000 militaires américains.

Vendredi, l'armée américaine a dû déployer trois hélicoptères pour aller chercher dans un hôtel de Kaboul 169 Américains n'ayant pu se rendre à l'aéroport.

Et ils sont encore très nombreux, coincés entre les postes de contrôle talibans et les barbelés posés par l'armée américaine, dans l'attente désespérée d'un vol.

Parmi d'innombrables témoignages poignants, une vidéo postée sur les réseaux sociaux montre des Afghans faisant passer un bébé en pleurs par-dessus la foule à l'aéroport et le donnant à un soldat américain. Selon le Pentagone, il a été soigné puis rendu à ses parents.

Face aux critiques et polémiques qui agitent les Etats-Unis depuis la victoire éclair des talibans, l'armée américaine a pris en mains sa communication vendredi en publiant un florilège de photographies montrant ses militaires prenant soin de bébés et de jeunes enfants afghans à l'aéroport. Et le porte-parole du Pentagone John Kirby de mettre en avant la "compassion" des soldats.

Les évacuations de civils ont été suspendues plusieurs heures vendredi à cause de la saturation des bases américaines dans le Golfe, notamment au Qatar, où se trouvent des milliers de réfugiés.

Les Etats-Unis ont obtenu le feu vert de Berlin pour que certains évacués soient dirigés vers l'Allemagne, où les Etats-Unis disposent de nombreuses bases militaires, notamment la grande de Ramstein et son important hôpital militaire.

Chasse aux opposants

Les talibans tentent de convaincre qu'ils ne cherchent pas à se venger de leurs anciens ennemis, promettant de "nombreuses différences" par rapport à leur précédent règne, entre 1996 et 2001, quand ils avaient imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique qui empêchait les femmes de travailler ou étudier et punissait de sanglants châtiments les voleurs et les meurtriers.

Mais selon un rapport d'un groupe d'experts travaillant pour l'ONU, les nouveaux maîtres de l'Afghanistan possèdent des "listes prioritaires" d'Afghans recherchés, les plus menacés étant les gradés de l'armée, de la police et du renseignement.

Le rapport indique que les talibans effectuent des "visites ciblées" chez les personnes recherchées et leurs familles. Leurs points de contrôle filtrent aussi les Afghans dans les grandes villes et ceux souhaitant accéder à l'aéroport de Kaboul.

Des talibans recherchant un journaliste de Deutsche Welle (DW), désormais installé en Allemagne, ont abattu mercredi un membre de sa famille et en ont grièvement blessé un autre, a signalé la radio allemande.

Selon DW, les talibans ont perquisitionné au moins trois de ses journalistes, le patron d'une radio locale a été abattu, et Nematullah Hemat, de la chaîne privée Ghargasht TV, a été arrêté.

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) indique avoir reçu "des centaines de demandes d'aide" de professionnels de l'information afghans, majoritairement des femmes, chez qui règnent "la panique et la peur".

Les talibans affirment que leurs hommes n'étaient pas autorisés à agir ainsi. "Certaines personnes le font encore, peut-être par ignorance (...) Nous avons honte", a tweeté un de leurs hauts responsables, Nazar Mohammad Mutmaeen.

Insécurité alimentaire

Les talibans ont dit vouloir établir de "bonnes relations diplomatiques" avec tous les pays, mais prévenu qu'ils ne feraient aucun compromis sur leurs principes religieux.

La Chine, la Russie, la Turquie et l'Iran ont émis des signaux d'ouverture, les pays occidentaux restant méfiants.

Le président russe Vladimir Poutine a appelé vendredi à empêcher "l'effondrement" de l'Afghanistan, critiquant au passage la politique occidentale "irresponsable" visant à "imposer des valeurs étrangères".

L'économie afghane, sinistrée, dépend pour beaucoup de l'aide internationale. "Une personne sur trois" est en situation d'insécurité alimentaire dans le pays, confronté à une sévère sécheresse, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Les talibans ont demandé aux imams de prêcher l'unité et d'appeler les personnes éduquées à ne pas fuir lors de la prière du vendredi, la première depuis leur accession au pouvoir.

Quelques signes isolés de résistance ont été signalés, notamment dans la vallée du Panchir au nord-est de Kaboul, dernière région à ne pas être contrôlée par les talibans, où Ahmad Massoud, fils du célèbre commandant Ahmed Shah Massoud assassiné le 9 septembre 2001 par Al-Qaïda, a appelé, avec l'ancien vice-président Amrullah Saleh, à la résistance.

bur-cyb-mba-alc/ybl

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