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Alger s'apprête à manifester au milieu d'un fort déploiement policier

La police est déployée en très grand nombre à Alger depuis vendredi matin avant la 24e grande manifestation hebdomadaire contre le régime, application concrète du refus de l'armée aux demandes de "mesures d'apaisement" en vue d'un futur dialogue.

Alger s'apprête à manifester au milieu d'un fort déploiement policier
Des manifestants défilent à Alger pour protester contre les dirigeants du pays, le 30 juillet 2019 - RYAD KRAMDI [AFP/Archives]

Aux environs de la Grande Poste, bâtiment du coeur d'Alger et lieu de rassemblement hebdomadaire de la manifestation, des centaines de policiers en civil et en uniforme sont déployés et des milliers d'autres sont visibles dans le centre-ville, selon des journalistes de l'AFP.

Près de la Grande Poste, une dizaine de personnes ont été arrêtées, pour des motifs inconnus, et emmenées dans un fourgon qui a quitté les lieux, ont-ils constaté.

Comme cela a été le cas ces dernières semaines, de très nombreux véhicules de police sont garés en files ininterrompues des deux côtés des principaux axes du centre-ville que doit emprunter le cortège, limitant l'espace alloué au manifestants et entravant l'accès à la rue depuis les trottoirs.

Des véhicules bloquent également l'accès à plusieurs rues aboutissant à ces axes principaux.

Dans l'immédiat, seules une centaine de personnes manifestent aux cris de "Gaïd dégage!", visant le chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, véritable homme fort du pays depuis la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika, face au mouvement inédit de contestation, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Pas de dialogue avec le gang" au pouvoir, scandent-ils également, rejetant le processus de discussions proposé par le président par intérim Abdelkader Bensalah pour tenter de sortir l'Algérie de l'impasse politique et constitutionnelle dans laquelle elle est plongée.

"Un militaire dicte les règles"

La présidentielle convoquée le 4 juillet pour élire un successeur à M. Bouteflika a été annulée faute de candidats, conduisant au maintien de M. Bensalah à la tête de l'Etat malgré l'expiration du délai d'intérim prévu par la Constitution.

Face au "Hirak", mouvement de contestation né le 22 février, qui exige avant tout scrutin le départ des anciens fidèles de M. Bouteflika --en tête desquels M. Bensalah et le général Gaïd Salah, le pouvoir a proposé un "dialogue" devant définir les modalités de la présidentielle afin d'en garantir l'équité et sortir l'Algérie de la crise.

Une "Instance nationale de dialogue" a été mise sur pied, mais plusieurs personnalités susceptibles d'y représenter le "Hirak" ont refusé d'y participer, l'accusant de faire le jeu du pouvoir et minant ainsi sa légitimité.

"Ces gens de l'instance s'imaginent-ils être représentatifs des différentes tendances du Hirak? Comment peuvent-ils rester (au sein de l'instance) quand c'est un militaire qui dicte les règles ?", s'insurge Asma, étudiante de 25 ans.

Une semaine après sa mise sur pied, elle est déjà fortement contestée.

Elle a néanmoins annoncé jeudi son intention d'entamer "immédiatement" ses consultations, malgré le rejet par le général Gaïd Salah des "mesures d'apaisement" qu'elle a exigé "avant tout dialogue", et sur lequel le président Bensalah s'était prudemment engagé.

"Diktat"

Parmi ces mesures figurent notamment l'allègement du dispositif policier les jours de manifestation, dont la levée des barrages bloquant ou ralentissant l'accès à Alger, et l'arrêt de la répression policière des marches.

Outre le maintien du fort déploiement policier vendredi à Alger, ces barrages routiers, mis en place dès l'aube par les forces de sécurité, ralentissent encore une fois considérablement l'accès à la capitale, selon des témoignages recueillis par l'AFP.

Dans la semaine, le pouvoir a montré sa détermination à ne céder à aucune des exigences du "Hirak" et de l'Instance nationale de dialogue, qualifiée de "diktat" par le chef d'état-major de l'armée.

Alors qu'était aussi réclamée la libération des personnes arrêtées dans le cadre du "Hirak", la justice algérienne a rejeté la demande de liberté provisoire de Lakdhar Bouregaa, ancien chef militaire de la Guerre d'indépendance âgé de 86 ans, accusé d'"outrage" et d'atteinte au moral de l'armée, et incarcéré depuis un mois.

M. Bouregaa, incarcéré selon ses partisans en raison de ses critiques virulentes du général Gaïd Salah, est un des symboles des "détenus d'opinion", dont les manifestants demandent la libération, aux côtés de celles de manifestants arrêtés.

A la demande de la fin de la pression sur les médias, le ministre de la Communication, a répondu mercredi en demandant aux journalistes à "aller dans le sens des efforts des institutions nationales et des corps de sécurité, en matière de défense de l'image et des intérêts du pays".

"Pourquoi Gaïd refuse les mesures d'apaisement? Pourquoi laisser des jeunes manifestants en prison? Comment dialoguer dans ces conditions?", demande Hocine Slimani, commerçant de 67 ans.

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