L'ancienne rectrice de l'académie de Rouen devant la justice

Claudine Schmidt-Lainé, ancienne rectrice de l'académie de Rouen (Seine-Maritime), comparaissait devant le tribunal correctionnel, mercredi 4 juillet 2018, pour des soupçons de détournements de fonds publics à des fins personnelles entre 2013 et 2015.

L'ancienne rectrice de l'académie de Rouen devant la justice

Deux mois de prison avec sursis et 15 000 euros d'amende ont été requis à l'encontre de l'ex-rectrice de Rouen. © Patrick Joliff

Par Pierre Durand-Gratian

"L'affaire ne porte pas sur des sommes astronomiques", rappelle d'emblée la présidente de séance. Mais elle concerne néanmoins l'utilisation de l'argent public. Question sensible.

L'ex-rectrice de l'académie de Rouen, également chancelière des universités de Rouen et du Havre (Seine-Maritime) était jugée, mercredi 4 juillet 2018, pour des soupçons de détournements de fonds publics. Au total, quelque 18 000 euros qui concernent des frais de déplacement ou des faits de réception qui seraient passés sur le budget de la chancellerie alors qu'ils concernaient des dépenses personnelles de la haute fonctionnaire.

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Dans le détail, des billets de train ont été remboursés entre Rouen (Seine-Maritime) et Lyon (Rhône), où l'ancienne rectrice possède sa résidence secondaire. Quelques-uns d'entre-eux sont justifiés par des rendez-vous professionnels. D'autres ne correspondent à rien de précis. Toujours est-il que les frais de déplacement "sont passés de 31 euros en 2011 à plus de 4000 euros en 2013", précise la présidente.

Des frais de déplacement et de réception

Claudine Schmidt-Lainé, longuement interrogée lors de l'audience, semble sûr d'elle et parle d'une voix forte et claire. "Ça marchait comme ça au CNRS (où elle travaillait auparavant ndlr), je ne me suis pas posée de question. J'ai demandé un billet de train, on me l'a donné", indique-t-elle, en pointant des textes flous sur les questions de remboursement de frais. Selon elle, ni le comptable public, ni le directeur financier, ni le conseil d'administration de la chancellerie n'ont émis des réserves ou des doutes sur la légitimité de ses frais de déplacement. "Ne mettez pas en doute ma bonne foi", insiste-t-elle, visiblement émue, parlant "d'accusations indignes" qui figurent dans le dossier.

Les éléments de l'enquête semblent pourtant indiquer l'inverse avec des alertes et même un rendez-vous avec le directeur général financier dès 2013 pour signifier clairement la différence entre les frais professionnels et les frais personnels. "Cela n'a pas été dit clairement", répond la prévenue.

Le second aspect de la procédure concerne les frais de réception de l'ex-chancelière. Des enveloppes qui sont réservées à l'accueil de personnalités dans sa résidence de fonction pour des repas de travail. Là encore, des éléments suspects ont attiré l'attention des enquêteurs avec notamment dans les factures des courses, des teintures pour cheveux, des déodorants pour homme ou des brosses à dents, qui ne semblent pas être légitimes pour ces réceptions.

"Un haut fonctionnaire doit connaître les règles basiques"

Là encore, la prévenue accuse ses subalternes et explique qu'elle avait confié sa carte bleue personnelle à sa gouvernante qui n'a pas pris la peine de séparer les courses pour l'usage professionnel et personnel.

Argument là aussi contesté par le procureur de la République, Pascal Prache lors de ses réquisitions. Selon lui, "l'affaire est simple (...) Un haut fonctionnaire doit connaître les règles basiques et ne peut se décharger sur ses subordonnés".

Il requiert une peine de deux mois de prison avec sursis et de 15 000 euros d'amende à l'encontre de la prévenue. Réquisition "hallucinante" répondra l'avocat de la défense qui plaide la nullité de la procédure.

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