Le prince héritier saoudien en visite diplomatique et culturelle à Paris

Le prince héritier saoudien en visite diplomatique et culturelle à Paris

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane est accueilli par le Premier ministre Edouard Philippe à l'hôtel de Matignon, le 9 avril 2018 à Paris © BANDAR AL-JALOUD [Saudi Royal Palace/AFP]

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Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a donné lundi à sa visite officielle à Paris une forte teneur diplomatique et culturelle, tandis qu'était reporté à une prochaine fois le volet économique des relations entre les deux pays.

Dans le contexte explosif du Proche-Orient, où Ryad est un acteur majeur, le jeune prince de 32 ans, surnommé MBS, n'est pas venu à Paris pour faire des affaires et signer des chèques. A tel point que l'Elysée a annoncé lundi qu'Emmanuel Macron se rendra en Arabie saoudite "en fin d'année" pour parapher des contrats.

En revanche, le prochain monarque saoudien, qui du fait de son jeune âge devrait régner plusieurs décennies, a pu largement discuter des crises qui secouent sa région et des divergences avec la politique française sur plusieurs d'entre elles.

"Discussion stratégique"

Après avoir été accueilli dimanche à Paris par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, il a dîné dimanche en tête à tête dans le cadre somptueux du musée du Louvre avec Emmanuel Macron, qui "a tenu à avoir une discussion stratégique avec MBS", a fait savoir l'Elysée.

Lundi midi, il s'est déplacé à l'hôtel Matignon pour un déjeuner avec le Premier ministre Edouard Philippe en présence de certains ministres, dont M. Le Drian, où il est arrivé avec plus de 45 minutes de retard.

Une source proche du gouvernement saoudien a suggéré que les changements incessants de planning du prince sont dus au fait qu'il consacre du temps à des "négociations difficiles", citant l'exemple de la guerre au Yémen, où l'Arabie saoudite est impliquée.

Lundi après-midi, il devait recevoir dans son hôtel particulier du très chic XVIe arrondissement de nouveau M. Le Drian et la ministre des Armées Florence Parly, qu'il reverra mardi soir lors de la rencontre officielle à l'Elysée entre M. Macron et MBS, qui est par ailleurs ministre de la Défense.

Interrogé sur l'aspect protocolaire de ces audiences auxquelles se rendent des ministres régaliens du gouvernement, un diplomate français estimait que "c'est une attention particulière, une marque d'égards assez exceptionnelle pour quelqu'un qui n'a pas encore le statut de chef d'Etat".

Au cours de son dîner au Louvre, Emmanuel Macron a pu commencer à insister sur les axes de sa politique régionale, qui n'épousent pas nécessairement ceux de l'Arabie saoudite.

Selon l'Elysée, Emmanuel Macron a fait savoir à MBS qu'il "parle à tout le monde". L'Arabie saoudite, mais aussi ses rivaux, au premier rang desquels l'Iran, bête noire de Ryad avec qui les Saoudiens sont engagés dans une lutte féroce d'influence régionale. La ligne relativement modérée de Paris cadrant mal avec l'âpreté saoudienne.

MBS est adossé à la position de Washington, qui veut dénoncer l'accord international sur le nucléaire iranien de 2015 et menace de s'en retirer d'ici le 12 mai. La France et les Européens espèrent eux sauver l'accord et Emmanuel Macron devrait plaider en ce sens auprès de MBS.

La guerre que conduit l'Arabie saoudite au Yémen contre les rebelles houthis soutenus par Téhéran est un autre dossier chaud alors que plusieurs ONG ont dénoncé lundi les ventes d'armes françaises à Ryad, soupçonnées d'être utilisées au Yémen.

D'autres organisations ont profité de ce déplacement pour dénoncer les multiples violations des droits de l'homme et de la presse dans le royaume wahhabite, alors que MBS est en pleine offensive de séduction des Occidentaux pour les persuader d'accompagner le mouvement d'ouverture et de modernisation qu'il veut pour le royaume.

Son étape française est l'avant-dernière d'une grande tournée internationale qui l'a conduit en Egypte, en Grande-Bretagne, et surtout chez son allié historique américain, où il a passé près de trois semaines, engrangeant contrats et collaborations.

Parmi les autres dossiers brûlants dans la zone d'influence saoudienne: la crise syrienne, avec les suites de l'attaque chimique présumée de Douma, le dossier libanais, avec les élections législatives prévues en mai, ou encore les violences entre Israël et Palestiniens à Gaza.

Cannes, Opéra, Ruines antiques

Dans un registre beaucoup plus apaisé, les deux pays ont annoncé des coopérations dans le domaine culturel, un des principaux axes de cette visite.

Mardi doit être signé un accord pour le développement touristique et culturel de la région d'Al-Ula (nord-ouest), particulièrement riche en vestiges archéologiques et paysages d'exception.

Les deux ministres de la Culture ont par ailleurs annoncé des mesures particulièrement symboliques: la France va aider l'Arabie saoudite à créer un orchestre et un opéra. Et le royaume ultra-conservateur, qui rouvrira un cinéma le 18 avril pour la première fois depuis des décennies, va participer pour la première fois en mai au Festival de Cannes, avec notamment une sélection de courts-métrages.

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