Ex-agent double empoisonné: réunion "Cobra" à Londres, Moscou dans le viseur

Le gouvernement britannique a convoqué mercredi une réunion d'urgence après l'empoisonnement présumé d'un ex-agent double russe et de sa fille avec une substance que les enquêteurs cherchent toujours à identifier.

Ex-agent double empoisonné: réunion "Cobra" à Londres, Moscou dans le viseur

Sergueï Skripal lors de son procès au tribunal de Moscou, le 9 août 2006 © Yuri SENATOROV [Kommersant Photo/AFP/Archives]

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La réunion du comité "Cobra", qui est convoqué dans les cas d'urgences nationales, doit être présidée par la ministre de l'Intérieur Amber Rudd. Elle doit faire le point sur l'enquête qui menace d'enflammer une nouvelle fois les relations diplomatiques entre le Royaume-Uni et la Russie.

Bien que les services anti-terroristes de Scotland Yard, qui ont pris les commandes de l'enquête, ont affirmé étudier toutes les pistes, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a pointé du doigt Moscou.

Mardi, devant les députés britanniques, il a estimé que cette affaire faisait écho à l'empoisonnement au polonium-210 d'Alexandre Litvinenko, un ancien agent des services secrets russes, à Londres en 2010. Une enquête britannique avait mis en cause la responsabilité de Moscou.

"Si l'enquête démontre la responsabilité d'un État, le gouvernement répondra de façon appropriée et ferme", a déclaré M. Johnson devant les députés, avant de qualifier la Russie de "force néfaste et perturbatrice dans bien des aspects".

Cette mise en cause a déclenché une réaction indignée des autorités russes.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova a déclaré que "de telles déclarations du chef des Affaires étrangères, c'est simplement de la sauvagerie. Il y a des normes procédurales, une enquête, le respect des lois".

Quel poison ?

Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Youlia, 33 ans, avaient été retrouvés dimanche inconscients, sans blessure visible, sur un banc d'un centre commercial à Salisbury (sud de l'Angleterre). Mardi, ils étaient dans un état critique, et hospitalisés en soins intensifs, traités pour "exposition à une substance inconnue" selon la police.

"L'objectif pour l'heure est d'établir ce qui a rendu ces personnes gravement malades", a déclaré mercredi Mark Rowley, le chef de la police antiterroriste, qui a lancé un appel à témoins.

Selon la BBC, la police a sollicité les scientifiques du laboratoire militaire de Porton Down, à proximité de Salisbury, pour déterminer la nature de la substance utilisée.

"La vitesse à laquelle est survenue (l'hospitalisation) suggère que ce n'est probablement pas due à des radiations", a estimé Malcolm Sperrin, professeur de physique médicale au Royal Berkshire hospital. "Certains symptômes décrits laissent penser à un produit chimique, bien qu'on ne puisse pas en être sûr".

Mercredi, la presse britannique multipliait les hypothèses sur le poison, le tabloïd The Sun avançant la thèse d'un empoisonnement au thallium, quand le Telegraph évoquait la piste de l'agent innervant VX, utilisé lors de l'assassinat du demi-frère du dictateur nord-coréen Kim Jong Un.

Selon The Times, les enquêteurs vont également se pencher sur les circonstances de la mort de l'épouse de Sergueï Skripal, Liudmila, décédée d'un cancer en 2012, et de son fils Alexander, mort à Saint Petersbourg l'an dernier.

La police continue ses investigations dans certains établissements du centre commercial de Salisbury, reconstituant les déplacements de l'ancien colonel russe et de sa fille. Ces derniers auraient partagé leur déjeuner dans un restaurant de l'enseigne de pizzeria Zizzi, et auraient pris un verre au pub The Mill, qui demeurent fermés au public. Un nouveau périmètre de sécurité a également été mis en place, "par précaution" dans une zone située à environ 35 kilomètres du centre commercial.

Ancien agent du GRU, le service de renseignement de l'armée russe, Sergueï Skripal avait été accusé de "haute trahison" pour avoir vendu des informations aux renseignements britanniques, et condamné à 13 ans de prison. En 2010, il avait fait l'objet d'un échange de prisonniers organisé entre Moscou d'une part, Londres et Washington d'autre part, et s'était installé en Angleterre.

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