Les Kényans devront patienter jusqu'à vendredi pour connaître leur président

Les Kényans devront patienter jusqu'à vendredi pour connaître leur président

Malgré un appel à la paix peint en swahili sur la chaussée, les manifestations contre les résultats de la présidentielle ont tourné à la violence dans les rues de Kibera, à Nairobi, le 9 août 2017 © TONY KARUMBA [AFP]

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Les Kényans se préparaient jeudi à 24 heures d'attente fébrile d'ici la proclamation du vainqueur de l'élection présidentielle, des résultats provisoires créditant le sortant Uhuru Kenyatta d'une très large avance sur son opposant Raila Odinga qui dénonce un scrutin frauduleux.

La Commission électorale (IEBC) a confirmé que le vainqueur de la présidentielle de mardi serait proclamé au plus tôt vendredi à midi, après avoir reçu le soutien des missions d'observation internationales, qui ont loué un processus incitant, selon elles, à la confiance.

Organe indépendant chargé de garantir l'équité du scrutin et à qui il revient de proclamer le nom du vainqueur, l'IEBC a indiqué que tous les résultats de la présidentielle devraient être parvenus à son centre national de décompte "d'ici demain (vendredi) midi".

Ces résultats, basés sur les procès-verbaux issus des 40.883 bureaux de vote, sont compilés au niveau des 290 circonscriptions du pays, qui les transmettent au centre national de l'IEBC. Jeudi à 14H00 (11H00 GMT), 117 circonscriptions avaient transmis leurs résultats.

Ils doivent ensuite être comparés à ceux déjà transmis par voie électronique, et qui laissent peu de place au suspense, M. Kenyatta recueillant 54,27% des suffrages, contre 44,84% à M. Odinga, sur un total de 14,7 millions de votes comptabilisés dans près de 97% des bureaux de vote.

Le vainqueur sera proclamé "peu après" la validation par l'IEBC des résultats des 290 circonscriptions, a précisé le président de la Commission, Wafula Chebukati, en appelant chacun "à faire preuve de retenue en ces moments cruciaux".

Les résultats partiels ont été rejetés dès mercredi par la coalition d'opposition Nasa, qui a affirmé le serveur de l'IEBC avait été piraté au profit de M. Kenyatta par des hackers ayant utilisé les codes d'accès d'un responsable informatique de la commission sauvagement assassiné fin juillet.

Raila Odinga, 72 ans, qui se présentait pour la quatrième fois à une présidentielle, a dénoncé "une fraude d'une gravité monumentale". "Il n'y a pas eu d'élection", a-t-il asséné.

Processus électoral 'transparent'

Les missions d'observation internationales ont semblé accentuer la pression pesant sur M. Odinga, tout en plaidant pour la patience, le temps que l'IEBC achève de compiler et vérifier les résultats.

L'ex-secrétaire d'État américain John Kerry, chef de la mission de l'influente fondation Carter, a exprimé sa confiance dans l'intégrité du système électoral, qualifiant de "détaillé et transparent" le processus de vote et de comptage, lequel "peut donner confiance quant aux résultats".

"Il faut donner à l'IEBC le temps de poursuivre sa tâche", a approuvé la députée européenne néerlandaise Marietje Schaake, à la tête de la mission de l'Union européenne, en appelant les Kényans à rester "calmes" et "pacifiques".

L'ex-président ghanéen John Dramani Mahama, chef de la mission du Commonwealth, a de son côté souligné prendre "au sérieux" les allégations de M. Odinga. Mais il a estimé que tout désaccord devrait être "résolu par l'intermédiaire des voies légales prescrites".

L'IEBC, dont l'opposition n'a cessé de mettre en cause l'impartialité pendant la campagne, a nié que son système informatique ait été ainsi exposé. "Il y a eu une tentative de piratage, mais elle n'a pas réussi", a affirmé M. Chebukati.

Les accusations de fraude avaient débouché mercredi sur des violences sporadiques dans plusieurs fiefs de l'opposition, dans l'ouest du pays et dans les bidonvilles de Nairobi, où les déceptions électorales sont fréquentes et souvent accompagnées de tensions.

A Kisumu (ouest), des centaines de manifestants avaient érigé des barricades et brûlé des pneus avant d'être dispersés par la police.

Le calme est revenu

A Mathare, un bidonville de Nairobi, la police avait abattu deux manifestants. Deux hommes avaient également été tués par la police dans le comté de Tana River (sud-est), après avoir attaqué un bureau de vote à l'arme blanche.

Ces morts avaient ravivé le souvenir des violences post-électorales de 2007-2008, les pires depuis l'indépendance en 1963, qui avaient fait au moins 1.100 morts et plus de 600.000 déplacés.

Mais alors que 150.000 membres des forces de sécurité sont déployés dans le pays, le calme est revenu jeudi, même si quelques accrochages entre policiers et manifestants ont eu lieu dans le bidonville de Kawangware à Nairobi.

L'attention se portait maintenant sur Raila Odinga qui, même s'il dit "ne pas contrôler le peuple", jouit d'une influence énorme au sein de son ethnie luo, le vote se jouant avant tout au Kenya sur des sentiments d'appartenance ethnique.

En 2007, il avait rejeté la réélection de Mwai Kibaki, lors d'un scrutin entaché de nombreuses fraudes selon les missions d'observation électorales. Le Kenya avait plongé dans deux mois de violences politico-ethniques et de répression policière. En 2013, il avait aussi contesté sa défaite et s'était tourné vers la justice, qui lui avait donné tort.

L'enjeu est capital pour M. Odinga, qui joue la dernière bataille d'une longue rivalité dynastique avec la famille de M. Kenyatta, 55 ans.

Son père, Jaramogi Oginga Odinga, fut brièvement vice-président, avant de perdre la lutte post-indépendance pour le pouvoir, au profit du premier chef d'État Jomo Kenyatta, le père d'Uhuru.


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