A Londres, dans l'antichambre des comédies musicales

A Londres, dans l'antichambre des comédies musicales

Des élèves de la Royal Central School of Speech and Drama lors d'une répétition, le 24 février 2017 à West End, le quartier londonien des théâtres et comédies musicales © Daniel LEAL-OLIVAS [AFP]

Le

Ils ont 20, 22, 24 ans, et rêvent de monter, un jour, sur les planches du West End, le quartier londonien des théâtres et comédies musicales. Entre répétitions, premières prestations scéniques et castings, l'AFP les a suivis sur plusieurs mois dans l'apprentissage de leur métier.

Certains optent pour les sciences, le droit ou la médecine. Les élèves de la Royal Central School of Speech and Drama (ou "Central"), eux, ont choisi les arts dramatiques.

Situé dans le nord-ouest de Londres, à un jet de pierre des célèbres studios Abbey Road, cet établissement fondé en 1906 est l'un des plus réputés au monde et compte parmi ses anciens pensionnaires des stars comme Judi Dench, Vanessa Redgrave ou encore Martin Freeman.

Dans une salle de répétition, une trentaine d'élèves cet après-midi de février travaillent sur "Grand Hotel", une comédie musicale tirée du roman éponyme de Vicki Baum.

"Allez, on recommence encore une fois!", lance le metteur en scène.

Accompagnés au piano, les élèves, en sueur, s'exécutent avec discipline, enchaînant avec une précision millimétrique pas de danse et morceaux de chants sur un rythme enlevé.

A la pause, les uns s'en vont glaner quelques conseils auprès du chorégraphe. Les autres se jettent sur des bouteilles d'eau ou s'allongent, exténués, sur le parquet, pour reprendre leur souffle.

'Répéter, encore et encore'

"C'est super fatigant, en particulier pour la voix, de répéter, encore et encore, d'essayer d'atteindre la perfection", confie Elliott Wooster, 21 ans.

"Mais c'est aussi super fun d'être dans une salle de répétition, de mettre les choses en place", ajoute ce jeune homme à la fine musculature sculptée par la danse.

La "Central" a vocation à former l'élite des artistes du pays et ne laisse rien au hasard.

En trois ans et quarante heures de cours hebdomadaires, les élèves doivent maîtriser une "gamme de compétences" qui leur permettront de "survivre" dans ce secteur ultra-concurrentiel, où ils seront à peu près certains de connaître des périodes de chômage, explique Wendy Gadian, responsable du cursus comédie musicale.

Soir de gala

Quelques semaines plus tard, c'est soir de gala et une foule élégante, en robes de soirée et smokings, se presse, verre de vin à la main, dans le hall de l'école pour assister à la représentation publique de "Grand Hotel".

Jouée dans la vaste salle de spectacle de l'établissement, la comédie musicale raconte les destins croisés des clients d'un hôtel pendant l'entre-deux-guerres.

On y retrouve Elliott dans un rôle de groom. Mais aussi Lizzie Dewar, une autre élève, qui incarne une danseuse sur le retour.

Danser, chanter, en public et en costumes, "c'est comme ça que j'imagine mon futur métier", dit cette jeune femme de 24 ans, yeux bleu gris et chevelure blonde.

Certes, ce choix de carrière est "loin d'être le plus facile", reconnaît-elle volontiers, en évoquant des moments de doute, de fatigue, mais aussi des difficultés financières. "Mais c'est exaltant de se battre pour réaliser ses rêves. Ça en vaut la peine."

Sur scène, Lizzie, Elliott et leurs camarades font preuve d'une étonnante maturité artistique et n'ont pas grand chose à envier aux comédiens confirmés qu'ils espèrent un jour rejoindre - ou remplacer.

De quoi taper dans l'oeil des professionnels du secteur qui assistent régulièrement aux représentations de la "Central". Et qui trouveront à la fin du spectacle, installés dans le hall à leur intention, les CV complets des élèves.

Beaucoup d'appelés, peu d'élus

27 juin: l'année scolaire touche à sa fin et les élèves s'apprêtent à frapper aux portes des théâtres londoniens, une scène florissante (734 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016) à la lutte avec Broadway pour le titre de capitale mondiale des comédies musicales.

Avec l'espoir de rejoindre un des grands shows à l'affiche dans le West End, des "Misérables" au "Roi Lion" en passant par "Mamma Mia!", "The Book of Mormon" ou "Matilda".

Mais avant cela, il leur faudra passer par l'épreuve des castings.

Pour les préparer, l'école organise ce jour-là un exercice en conditions réelles avec un ponte de la profession: Stephen Crockett, influent directeur de casting de la scène londonienne.

"Ça peut faire un peu cliché de le dire, mais parfois, il suffit de voir quelqu'un entrer dans la pièce et chanter quelques secondes pour se dire: +Lui, là, il a quelque chose de spécial!+", explique-t-il dans la petite pièce où vont se dérouler les auditions.

- 'Peur et excitation' -

Chaque élève a droit à deux chansons. Impassible, concentré, Stephen Crockett observe, prend des notes, met en garde contre les (rares) fausses notes, prodigue quelques conseils ("toujours avoir un CV avec soi").

Lewis Murphy Parry, 22 ans, a choisi d'interpréter "Stand by me", de Ben E. King, dont ce jeune homme au visage émacié et regard tendre livre une reprise poignante.

Demain, il plongera dans l'inconnu, loin du cocon de la "Central", après avoir déjà franchi bien des obstacles, ses propres angoisses, les réticences de son père. Mais avec toute la fougue de cette passion qui, un jour, quand il avait 17 ans, l'a pris "par surprise".

"Ce que je ressens? Un mélange et de peur et d'excitation", dit-il. "Mais, j'imagine que c'est ce qui rend ce métier si unique..."

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