Venezuela: la procureure dissidente menacée d'un procès pour fautes

Venezuela: la procureure dissidente menacée d'un procès pour fautes

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, lors d'une session à l'Assemblée nationale, le 3 juillet 2017 à Caracas © Federico PARRA [AFP]

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La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, une chaviste entrée en dissidence, comparaît mardi devant la Cour suprême, qui décidera si elle doit être jugée pour des fautes présumées, ce qui pourrait mener à sa destitution.

Après des semaines de bras de fer par déclarations interposées, le sort de la procureure générale de 59 ans, plus haute figure institutionnelle à défier le président Nicolas Maduro, pourrait se jouer devant la justice, où l'audience débutera à 14h00 GMT.

Ce qu'on lui reproche ? D'avoir commis des "fautes graves dans l'exercice de sa fonction", selon le député Pedro Carreño, du parti socialiste au pouvoir, qui a engagé la procédure.

Il exige aussi d'évaluer la santé mentale de la procureure car "il est clair que cette dame n'a pas toute sa tête".

En attendant sa comparution, Mme Ortega a été interdite de quitter le territoire et a vu ses biens et actifs gelés.

En toile de fond, c'est son discours étonnamment critique envers le président Maduro, pour une personnalité faisant officiellement partie de son camp, qui irrite le pouvoir, car il risque d'approfondir encore les fractures entre chavistes (du nom de Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013).

S'il bénéficie toujours du soutien précieux de l'armée, le chef de l'Etat est confronté depuis trois mois à des manifestations l'accusant du naufrage économique du pays, pourtant riche en pétrole, et exigeant son départ immédiat.

'La liberté en jeu'

Les violences autour de ces rassemblements ont fait jusqu'à présent 89 morts, suscitant l'inquiétude de la communauté internationale.

"Ce qui est en jeu, c'est la liberté et l'avenir", a lancé lundi Luisa Ortega face au Parlement, seule instance dominée par l'opposition, appelant à "lutter pour la démocratie".

"Assurément nous ne pouvons pas perdre le Venezuela. Pour ma part, je vous assure que je ne me reposerai pas tant que le Venezuela n'aura pas retrouvé le chemin des libertés", a-t-elle promis.

Mme Ortega s'exprimait quelques heures après une nouvelle offensive du pouvoir à son encontre, avec le lancement d'un contrôle financier visant à chercher d'éventuelles irrégularités administratives ou budgétaires dans les bureaux du ministère public.

Si la Cour suprême (TSJ) décide mardi d'ouvrir un procès à son encontre et si elle est reconnue coupable, Mme Ortega pourrait être destituée.

La décision nécessitera toutefois le feu vert du Parlement, contrôlé depuis début 2016 par l'opposition, ce qui laisse augurer d'une nouvelle bataille entre les deux camps.

Les députés d'opposition, qui ont accueilli Mme Ortega avec des applaudissements dans l'hémicycle lundi, devraient certainement voter contre sa destitution.

"Nous sommes face à une tentative de coup d'Etat contre la procureure, qu'on essaie d'écarter de son poste de façon frauduleuse", estime l'expert en droit constitutionnel José Ignacio Hernandez.

"Cela montre l'utilisation politique du TSJ et la fracture interne au sein du pouvoir", ajoute-t-il.

Effet inverse

Au final, "la stratégie plus agressive de Maduro envers les dissidents chavistes va probablement se retourner contre lui", observent les analystes du cabinet Eurasia dans une note.

"En s'en prenant à Ortega, le gouvernement ne fera que l'inciter encore plus à s'exprimer publiquement et de façon plus agressive contre le régime", poursuivent-ils.

Et cette "persécution des dissidents chavistes va encourager l'opposition à continuer ses manifestations, la répression plus forte alimentant l'indignation publique".

Les adversaires de M. Maduro, Luisa Ortega comprise, s'opposent à son projet d'Assemblée constituante, dont les membres doivent être élus le 30 juillet, estimant qu'il s'agit d'une "fraude" de la part du Parti socialiste unifié du Venezuela pour s'accrocher au pouvoir.

En réaction, l'opposition a annoncé lundi qu'elle organiserait une consultation populaire le 16 juillet, pour marquer "l'heure zéro" de son "soulèvement" massif contre le pouvoir en place.

"Que ce soit le peuple qui décide s'il rejette ou refuse la Constituante convoquée de manière inconstitutionnelle par Nicolas Maduro", a déclaré le président du Parlement, Julio Borges, en annonçant un scrutin dans 1.600 bureaux de vote à travers le pays.

Luisa Ortega s'est voulue optimiste lundi: "L'obscurité ne dure pas pour toujours", "et de nous dépendra que la raison et l'union s'imposent" face à l'"anarchie".

Via le député Freddy Guevara, l'opposition a appelé à bloquer les rues à travers l'ensemble du pays mardi, pour faire monter "la pression et continuer à traquer la dictature jusqu'à ce qu'elle lâche le pouvoir".


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