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Paris (AFP). Trêve hivernale, à minuit c'est fini

"Il y aura encore du monde sur le carreau": les associations s'inquiètent des conséquences de la fin de la trêve hivernale jeudi soir, synonyme de reprise d'expulsions et de fermeture progressive des centres d'hébergement, et demandent un effort pour la dernière année du quinquennat.

Paris (AFP). Trêve hivernale, à minuit c'est fini
Manifestation contre les expulsions le 1er novembre 205 à Paris - AFP/Archives
Les procédures d'expulsion ont fortement augmenté ces dernières années dans un contexte de crise économique et de montée du chômage. Selon les prévisions du Réseau Stop aux expulsions de logement (Résel), "on estime en moyenne de 30.000 à 40.000 le nombre de foyers en France susceptibles d'être expulsés dès vendredi matin", sur un total d'environ 190.000 assignés dans le cadre d'une procédure d'expulsion. Souvent, la descente en enfer suit le même scénario: perte ou changement d'emploi, séparation, problèmes de santé et surendettement... puis des impayés, puis un décrochage. "Dès vendredi, ce sont plusieurs dizaines de milliers de personnes qui vont se retrouver à la rue", s'émeut auprès de l'AFP Jean-Baptiste Eyraud, de l'association Droit au logement (DAL), consterné par un "système terriblement injuste". Pour endiguer le phénomène, le DAL propose "une vraie baisse des loyers, un arrêt des expulsions et le financement de nouveaux logements sociaux". Mercredi, un collectif de 34 associations a demandé des mesures plus fortes à la nouvelle ministre du Logement Emmanuelle Cosse. Celle-ci, en déplacement dans un centre d'hébergement parisien jeudi, a expliqué avoir demandé aux préfets de lui faire des propositions pour éviter les remises à la rue et orienter tous ceux qui peuvent l'être vers le logement, autonome ou accompagné. "On estime à 23% les fins de prise en charges sans orientation vers une solution durable à la sortie de l'hiver et c'est pourquoi 2.300 des 10.000 places supplémentaires ouvertes cette année seront pérennisées", a souligné la ministre, selon une déclaration transmise à l'AFP. Un "plan de prévention des expulsions" permettra par ailleurs aux acteurs de trouver plus rapidement des solutions dès les premiers impayés, et les aides au logement seront maintenues pour les locataires sous le coup d'une décision d'expulsion. - Des problèmes - "On avance dans le bon sens mais il reste des problèmes", nuance Florent Gueguen, de la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars). "L'Etat a annoncé pérenniser 2.300 places sur les 10.000 ouvertes: où vont aller les personnes pour lesquelles les structures ferment?", s'inquiète-t-il, soulignant qu'"à Lyon, malgré ces mesures, 700 personnes se retrouveront sur le carreau, à Lille, ils seront 300 à la rue". Pour ce militant, les problèmes sont aussi qualitatifs: "La situation est particulièrement critique pour les familles avec enfants, et les femmes seules" qui "n'ont pas de structures adaptées". "Les hébergements ont été construits sur un modèle d'homme seul, plutôt âgé", donc inadaptés aux familles et femmes, explique Florent Gueguen, qui rappelle qu'"un appel sur deux au 115 n'obtient pas un hébergement d'urgence". Outre les sans-domicile fixe, des familles expulsées de leur logement se retrouvent prises en charge par l'Etat lorsqu'elles sont prioritaires au titre du droit opposable au logement (Dalo). Ainsi, "chaque année, 40.000 personnes sont hébergées à l'hôtel, ce qui coûte 200 millions d'euros à l'Etat", constate M. Gueguen. "On pourrait subventionner le maintien des personnes dans leur logement plutôt que de financer un système hôtelier quasi mafieux", suggère-t-il. La Confédération nationale du Logement demande, elle, la mise en place d'une véritable "sécurité sociale du logement", soit une "caisse de solidarité alimentée par les bailleurs, les locataires et l'Etat" pour indemniser les ménages. Le Haut comité pour le logement des personnes défavorisées (HCLPD) demande par ailleurs que "les procédures d'expulsion de personnes bénéficiaires du Dalo" soient suspendues "tant qu'une possibilité de relogement n'a pas été proposée". "La loi Alur, adoptée en 2012, prévoyait déjà toutes les dispositions annoncées", ironise Christophe Robert, délégué général de la fondation Abbé Pierre, qui rappelle que cette année encore, "il y a encore du monde sur le carreau". Plusieurs associations, dont le Dal et la Confédération syndicale des familles, appellent à une manifestation samedi à Paris "contre le logement cher et les expulsions locatives sans relogement".

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