Revendiquer sa ville, son département ou son quartier est quelque chose de très courant dans le rap. En revanche, inscrire une ville normande sur la carte du rap français l'est beaucoup moins. Orelsan l'a fait. Et il continue, album après album, de porter Caen partout avec lui.
Dernier exemple en date : son nouvel album La fuite en avant. Pour lancer la tournée, le rappeur a choisi de commencer par trois Zéniths à Caen, les 16, 17 et 18 janvier. Trois dates complètes en seulement quelques minutes. Une manière de rappeler que, malgré le succès national, Caen reste son point de départ.
Des lieux devenus emblématiques
La ville est très présente dans ses chansons. On l'entend dans Dans ma ville, on traîne sur l'album La fête est finie, mais aussi dans Civilisation avec le morceau Du propre. Orelsan y rend hommage au kebab Magic Beau Gosse avec la punchline devenue culte : "C'est pour ma ville, sauce Magic Beau Gosse." Quatre ans après la sortie du titre, Ahmad Pourmand, le gérant du kebab, se souvient encore de l'impact : "On est passé de stars de Caen à stars nationales. Les gens viennent en vacances et passent nous voir. On m'en parle tous les jours." Les deux hommes se connaissent depuis longtemps. "On était à l'école ensemble, son père était le directeur de mon collège", raconte-t-il, en parlant du collège Henri-Brunet, où Orelsan arrive à Caen en 1998. Ce collège fait aujourd'hui partie d'un parcours touristique imaginé par Romain Desclos, guide caennais, qui propose de visiter les lieux liés à Orelsan. "J'ai imaginé cette visite à la sortie de Civilisation. C'est une manière de montrer que l'histoire de Caen s'écrit aussi de manière contemporaine", explique-t-il. La visite commence logiquement au collège Henri-Brunet, avant de traverser des lieux cités dans les chansons ou les films d'Orelsan, devenus de véritables points de passage pour les fans. Parmi eux, le bar Au Chef Raide, renommé L'Embuscade dans Comment c'est loin, reconnaissable à son balcon rouge, l'Hôtel des Quatrans, où Orelsan travaillait comme veilleur de nuit et écrivait ses premiers textes, ou encore le port de Caen, évoqué dans Du propre.
Le Cargö, berceau d'un parcours artistique
Impossible également de passer à côté du Cargö, salle emblématique des musiques actuelles. Dès son ouverture, Orelsan y répète et y effectue sa première résidence pour l'album Perdu d'avance. Stéphane Bruscolini, responsable de l'accompagnement et du développement artistique au Cargö, se souvient : "Il avait dans nos studios de quoi travailler sereinement." Selon lui, le succès d'Orelsan repose sur sa capacité à toucher toutes les générations : "Ma mère écoute ses albums, mon fils aussi. Il a rendu le rap accessible, notamment grâce à des productions qui sortaient du cadre hip-hop classique." Après la sortie de Civilisation, l'engouement est tel que le Cargö devient lui aussi un lieu de passage. "Des gens venaient de partout en France, et même du Canada, pour voir où il répétait ", raconte-t-il. Une dynamique renforcée par la série Ne montre jamais ça à personne, qui a permis à un nouveau public de découvrir ses débuts.
Toujours fidèle à Caen, Orelsan continue d'y revenir pour les moments importants. Il y a débuté chacune de ses tournées, lancé la promotion de Civilisation au Magic Beau Gosse puis au Stade Malherbe. On peut trouver une vingtaine de références à la ville dans ses clips depuis le début de sa carrière. Pour Ahmad Gourman, ces choix sont logiques : "Il représente les jeunes du centre-ville. Quand on écoute ses chansons, on sent qu'il est caennais."
Quel héritage pour les artistes caennais ?
A Caen, le parcours d'Orelsan a profondément marqué la scène musicale locale. Son succès a encouragé l'émergence de nombreux artistes, renforçant leur légitimité et leur envie de se professionnaliser, tout en offrant une visibilité nouvelle aux talents issus de la région.
La carrière d'Orelsan influence aussi toute une génération d'artistes émergents à Caen.
L'émergence de nouveaux noms
Selon Stéphane Bruscolini, responsable de l'accompagnement des artistes au Cargö, le succès national de l'album Le chant des Sirènes a agi comme un véritable déclic : "Son parcours a donné de l'espoir à de nombreux jeunes, en prouvant qu'il était possible de réussir sans venir de Paris ou de Marseille."
Cette réussite a renforcé le sentiment de légitimité chez les artistes locaux."Beaucoup se sont sentis autorisés à essayer, à expérimenter, à venir enregistrer des morceaux et à s'inscrire dans une démarche professionnelle." A une autre échelle, d'autres artistes ont également contribué à mettre Caen sur la carte, comme Jyeuhair, dont la participation à la deuxième saison de Nouvelle Ecole sur Netflix a récemment offert une nouvelle visibilité à la scène locale. Autant de trajectoires qui confirment que l'héritage d'Orelsan dépasse largement sa musique : il a ouvert un champ des possibles pour toute une génération.
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