"Le cidre, le Calvados, le cheval, les fromages ou encore le Débarquement..." Telles sont les références qui viennent spontanément à l'esprit des étudiants de Christophe Manoeuvrier, enseignant-chercheur en histoire à l'université de Caen, lorsqu'il leur demande ce que leur évoque la Normandie, réunifiée il y a tout juste 10 ans. Autant de repères issus d'une histoire régionale partagée, qui se sont enracinés durablement, malgré l'existence d'une distinction administrative entre Basse et Haute-Normandie. La séparation entre les deux territoires apparaît dès le XIVe siècle, à la fin du Moyen-Age. "A cette époque, une Normandie puissante s'organise autour de Rouen, alors deuxième ville du royaume de France. Son influence s'étend largement le long de la vallée de la Seine et déborde même sur des territoires qui correspondront plus tard à la Basse-Normandie contemporaine", explique le chercheur. Parallèlement, un autre pôle se structure autour de Caen : une ville moins importante que Rouen sur les plans économique et démographique, mais suffisamment forte pour organiser un espace régional autour d'elle.
Le rôle de la Région réaffirmé
Christophe Manoeuvrier souligne qu'avant la réunification de 2016, "l'échelon régional restait peu lisible pour les habitants". Les régions administratives de Haute et Basse-Normandie comptaient moins que le département, référence identitaire du quotidien. "Le numéro départemental, fièrement affiché sur les plaques d'immatriculation, symbolisait cette appartenance", développe Christophe Manoeuvrier. Alors que beaucoup d'habitants ignoraient les compétences exactes des régions, perçues comme lointaines et abstraites, "la réunification a changé la donne en dotant la Normandie de compétences élargies et plus visibles, permettant aux habitants de mieux percevoir l'action régionale".
"La Normandie obéit à une organisation qui a permis d'éviter les frustrations"
Ce projet de réunification ne relevait pas d'un camp politique en particulier : Christophe Manoeuvrier se souvient que l'ensemble des élus, de droite comme de gauche, y était favorable. "Des inquiétudes subsistaient néanmoins, notamment autour du choix de la capitale, ou de la crainte que la Basse-Normandie ne se fasse 'avaler' par Rouen. On imaginait qu'il ne pouvait y avoir qu'une seule capitale." La décision politique majeure a pourtant été de penser la région comme un réseau de centres complémentaires : Caen, Rouen et Le Havre, les trois grandes agglomérations. "Une organisation encore rare en France, peu habituée à ce type d'équilibre, et qui a permis d'éviter les frustrations." Aujourd'hui, le drapeau aux deux léopards flotte davantage sur les façades, se glisse sur les pulls ou s'affiche lors d'événements culturels. Des éléments qui nourrissent une identité normande" et "qui se seraient réaffirmés depuis une dizaine d'années," selon l'historien, période de la réunification administrative des "deux Normandie", "cela se traduit par une certaine fierté des habitants à vivre dans leur région".
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