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Pédocriminalité: à Lourdes, l'heure des décisions pour l'épiscopat catholique

France-Monde. C'est une attente forte des victimes: un mois après la publication du rapport choc de la commission Sauvé, les évêques catholiques réunis à Lourdes annoncent lundi "des gestes" et un "échéancier" de mesures pour lutter contre la pédocriminalité dans l'Eglise.

Pédocriminalité: à Lourdes, l'heure des décisions pour l'épiscopat catholique
Une messe est célébrée à la basilique Notre-Dame-du-Rosaire après une cérémonie pour les victimes de pédocriminalité, le 6 novembre 2021 à Lourdes - Valentine CHAPUIS [AFP]

Les 120 évêques doivent adopter ces décisions lundi matin lors d'un vote à huis clos, en conclusion de plusieurs jours de travail.

Cette réponse se veut "la traduction concrète" des 45 recommandations de la commission, a souligné devant la presse dimanche soir Mgr Luc Crépy, évêque de Versailles et président du Conseil de prévention et de lutte contre la pédophilie de la Conférence des évêques de France (CEF).

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase) a secoué toute l'institution en estimant à 330.000 le nombre de personnes de plus de 18 ans ayant fait l'objet de violences sexuelles depuis 1950, quand elles étaient mineures, de la part de clercs, religieux ou personnes en lien avec l'Eglise.

A Lourdes, les évêques ont planché sur plusieurs thèmes: "versement financier (aux victimes, ndlr) et financement" d'un fonds, "prévention et formation", "gouvernance et contrôle", "doctrine, droit canonique et justice" ou "responsabilité et reconnaissance"...

Certaines mesures, qui concernent la réparation aux victimes, relèvent de l'Eglise de France et peuvent être mises en place rapidement. D'autres nécessiteront du temps ou relèvent du Vatican.

Parmi les premières devrait figurer la question du dispositif d'indemnisation financière.

Un premier pas dans le processus de réparation a été franchi vendredi: sous la pression du rapport Sauvé et des associations de victimes, les 120 évêques ont reconnu "la responsabilité" de l'Eglise catholique dans les crimes sexuels commis par des prêtres et religieux et leur dimension "systémique" depuis 1950.

L'indemnisation envisagée par les prélats devrait concerner les personnes victimes de faits prescrits mais pas seulement: toutes les demandes seront honorées, a assuré le porte-parole de la CEF, Hugues de Woillemont.

Comme annoncé en mars, une instance nationale indépendante instruira les demandes.

Indemnisation individualisée

Le nom de sa présidente - une femme magistrate spécialisée dans la protection de l'enfance, selon une source proche du dossier - doit être annoncé lundi. Elle composera ensuite sa commission.

Un premier point est acquis: l'indemnisation sera individualisée. Les évêques sont d'accord pour examiner "les dégâts" causés chez chaque victime, affirme à l'AFP Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg.

Les évêques devront dire également si le fonds ad hoc, mis sur pied cet été, devra continuer à être abondé par les dons des fidèles, en plus des dons du clergé. Ou s'il doit être uniquement financé "à partir du patrimoine des agresseurs et de l'Eglise de France", comme le recommande le rapport Sauvé.

Selon une source interne à l'épiscopat, les évêques pourraient ne pas interdire les dons des fidèles, mais éviter d'en faire un appel public. Et "s'il faut vendre des biens immobiliers, on vendra", affirme un autre évêque sous couvert de l'anonymat.

Les montants des indemnisations ne seront pas connus immédiatement. Ils devront en outre être harmonisés avec le dispositif mis en place pour les victimes de religieux de congrégations ou d'instituts.

En mars, la CEF avait promis le versement des premières contributions financières en 2022.

Les évêques devraient par ailleurs s'engager à renforcer les cellules d'écoute de victimes dans les diocèses et à mettre en place une "cartographie des risques", comme recommandé par la Ciase.

La CEF devrait également indiquer lundi selon quelles modalités elle souhaite ouvrir le chantier de la présence des laïcs, dont les femmes, au sein des structures de l'Eglise.

L'épiscopat confirmera aussi la mise en place d'un tribunal pénal canonique interdiocésain en France. Composé de laïcs, formés, et de prêtres, il devrait notamment permettre de rendre une justice de plus spécialisée et plus compétente.

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