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Allemagne: l'ex-secrétaire d'un camp nazi garde le silence à l'ouverture de son procès

France-Monde. L'ancienne secrétaire d'un camp de concentration nazi, âgée de 96 ans, est restée silencieuse au premier jour de son procès mardi en Allemagne auquel elle s'est présentée après une rocambolesque tentative de fuite trois semaines plus tôt.

Allemagne: l'ex-secrétaire d'un camp nazi garde le silence à l'ouverture de son procès
L'ex-secrétaire de camp nazi Irmgard Furchner, 96 ans, à l'ouverture de son procès à Itzehoe, le 19 octobre 2021 en Allemagne - Christian Charisius [POOL/AFP]

Arrivée dans une chaise roulante et tenant une canne à la main, Irmgard Furchner a écouté sans dire un mot l'acte d'accusation pour complicité et tentatives de meurtres dans plus de 11.000 cas au sein du camp de concentration de Stutthof, dans l'actuelle Pologne, entre 1943 et 1945.

Elle "ne fera aucune déclaration pour le moment. Elle ne répondra pas non plus aux questions", a déclaré son avocat Wolf Molkentin.

Mme Furchner n'a pris la parole que pour confirmer son identité à la demande du président du tribunal d'Itzehoe (nord). En tout, 27 audiences, limitées à deux heures par jour en raison du grand âge de l'accusée, sont prévues jusqu'en juin 2022.

Son procès avait débuté le 30 septembre de manière rocambolesque: la nonagénaire, qui vit dans une résidence pour personnes âgées près de Hambourg, avait pris la fuite au lieu de se rendre au tribunal, obligeant la justice à repousser la première audience au 19 octobre.

Elle comparaît libre mais des mesures de surveillance ont été prises pour assurer sa présence aux audiences.

Le parquet l'accuse d'avoir "aidé et encouragé au meurtre perfide et cruel" de milliers de prisonniers entre juin 1943 et avril 1945 dans ce camp où elle travaillait en tant que dactylographe et secrétaire du commandant du camp, Paul Werner Hoppe.

Au courant des crimes ?

Dans ce camp proche de la ville de Gdansk (Dantzig à l'époque) où périrent 65.000 personnes, "des détenus juifs, des partisans polonais et des prisonniers de guerre soviétiques" ont été systématiquement assassinés, a rappelé le parquet.

De par ses fonctions, elle "assurait le bon fonctionnement du camp" et "avait connaissance de tous les événements et faits survenus dans le camp de Stutthof", notamment les mises à mort par balles ou gazage, a expliqué le procureur Maxi Wantzen.

Dans une récente interview donnée en 2019 au journal NDR, l'ex-secrétaire avait indiqué "n'avoir rien su" des massacres commis dans ce camp.

Expliquant que Mme Furchner ne niait pas l'Holocauste et les crimes nazis, son avocat a cependant mis en doute sa responsabilité pénale, se demandant "dans quelle mesure une dactylo de la direction du camp avait effectivement une connaissance approfondie des procédures et des actes" qui y étaient commis.

Avant son procès, l'accusée avait annoncé dans une lettre au président de la Cour qu'elle ne voulait pas se présenter devant ses juges.

Le premier jour de l'audience, elle était montée dans un taxi et avait disparu quelques heures, avant d'être retrouvée. Placée en détention provisoire, elle avait été remise en liberté une semaine plus tard.

La prochaine audience est prévue le 26 octobre lors de laquelle des témoins seront invités à la barre ainsi qu'un historien.

Justice tardive

Soixante-seize ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne continue de rechercher d'anciens criminels nazis encore en vie, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée très tardive par les victimes, de sa justice.

Les enquêteurs ont également élargi les investigations aux exécutants, parfois subalternes, de la machinerie nazie.

Un autre accusé, Josef Schütz, âgé de 100 ans, a commencé à comparaître le 7 octobre devant le tribunal de Brandebourg-sur-la-Havel (nord-est), où il clame son innocence.

Plus vieil accusé de crimes nazis, cet ancien sous-officier de la division SS "Totenkopf" ("Tête de mort") est poursuivi pour "complicité de meurtres" de 3.518 prisonniers lorsqu'il opérait dans le camp de concentration de Sachsenhausen, entre 1942 et 1945.

"Les individus suspectés de crimes nazis encore en vie aujourd'hui étaient très jeunes au moment des faits et occupaient plutôt des fonctions subalternes", explique à l'AFP Guillaume Mouralis, directeur de recherche au CNRS et membre du Centre Marc Bloch à Berlin.

"Le paradoxe est que les +criminels de bureau+ aux échelons intermédiaires et supérieurs de la hiérarchie ont finalement été peu inquiétés", ajoute-t-il.

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