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Lacrymos sur des militants écolos pacifiques à Paris: émoi politique et ouverture d'une enquête

Le parquet de Paris a ouvert lundi une enquête confiée à la "police des polices" après l'intervention controversée vendredi des forces de l'ordre à Paris pour déloger des militants écologistes non-violents, qualifiée de "scandale" par la gauche.

Lacrymos sur des militants écolos pacifiques à Paris: émoi politique et ouverture d'une enquête
Le logo de l'Inspection Générale de la Police Nationale le 13 juin 2019 - STEPHANE DE SAKUTIN [AFP/Archives]

Des policiers aspergeant abondamment et à bout portant de gaz lacrymogène des militants participant pacifiquement à un sit-in: ces images filmées vendredi sur le pont de Sully dans le centre de Paris sont à l'origine de la polémique.

En trois jours, elles ont été abondamment partagées et dénoncées sur les réseaux sociaux, y compris par des personnalités, notamment la comédienne Marion Cotillard.

Lundi, l'opposition de gauche est montée à son tour au créneau: le député européen (EELV) Yannick Jadot et le premier secrétaire du PS Olivier Faure ont dénoncé un "scandale" et réclamé des "explications" voire des excuses.

Et en fin de journée, cette polémique a finalement pris un tour judiciaire avec l'ouverture par le parquet de Paris d'une enquête préliminaire pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique". Les investigations sont confiées à l'inspection générale de la police nationale (IGPN).

Dès dimanche, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait demandé un rapport au préfet de police de Paris sur "les modalités" de cette évacuation des militants écologistes membres de l'organisation Extinction Rebellion (XR).

Né au Royaume-Uni en 2018, ce mouvement prône la "désobéissance civile" pour lutter contre le changement climatique.

Citant volontiers Gandhi ou Martin Luther King, le mouvement mise sur une escalade de la désobéissance civile en organisant des actions radicales, mais non-violentes. Des centaines de militants ont été interpellés ces derniers mois à Londres, mais jusqu'ici la branche française avait peu fait parler d'elle.

Lundi, dans un communiqué, le groupe a réaffirmé que son action respectait le principe de la non-violence: selon lui, il n'y a eu "aucune atteinte à l'intégrité physique et morale des individus, pas de séquestration, pas de dégradation matérielle".

La jeune Suédoise Greta Thunberg, égérie du combat pour le climat, a elle-même posté les images sur Twitter: "Regardez cette vidéo et demandez-vous: qui défend qui ?"

Camille Hassanaly, 34 ans, militant XR et qui était sur le pont vendredi, dénonce auprès de l'AFP la responsabilité du gouvernement: "le gros problème, c'est la chaîne de responsabilité, les policiers appliquent des ordres et le cadre est lui-même posé par le gouvernement".

Consternation

"C'est indigne d'avoir des jeunes qui se battent pour notre climat, qui se battent pour notre avenir... et la seule réaction du gouvernement ce n'est pas d'agir, c'est de leur balancer des gaz lacrymogènes", a notamment dénoncé l'eurodéputé EELV Yannick Jadot.

"Au lendemain de ces images, le gouvernement aurait dû s'excuser, il aurait dû dire +c'est insupportable+. On ne peut pas avoir dans ce pays des forces de l'ordre qui se mettent à gazer à bout portant des manifestants pacifiques, assis", qui sont "20, 30, 40" et "ne sont pas des casseurs", a dénoncé Olivier Faure.

Au sein même de la majorité, certains n'ont pas caché leur consternation: la députée LREM Barbara Pompili s'est dite "assez choquée".

La porte-parole du gouvernement avait parlé dimanche d'"images extrêmement choquantes" mais rappelé "que les militants participaient à un rassemblement qui n'était ni déclaré ni autorisé".

Les syndicats policiers appellent en effet à remettre cette intervention dans son contexte.

"Je comprends le choc des images mais il faut recontextualiser", explique à l'AFP Grégory Joron, secrétaire national CRS à Unité-SGP-FO, qui évoque une action "non déclarée avec une occupation de la voie publique et une entrave à la liberté de circuler" et des "gars qui veulent faire un coup médiatique".

"Les collègues ont fait au mieux. A mon sens, c'était la manière la plus équilibrée de procéder", conclut-il.

"Est-ce qu'il était d'une urgence vitale de faire dégager le pont? Qui a donné l'ordre?, s'interroge pour sa part Philippe Capon, secrétaire général de l'Unsa-Police. Avec usage de la contrainte physique, les images auraient été tout autant catastrophiques".

"On ne veut pas que les agents intervenants soient les boucs émissaires", poursuit-il.

Cette nouvelle polémique intervient alors que les forces de l'ordre ont déjà été accusées de recours excessif à la force durant les manifestations des "gilets jaunes" marquées par de nombreux blessés touchés par des tirs de lanceur de balle de défense ou des grenades de désencerclement.

nal-mch-grd-meh-tib/sp

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