Fermeture de classes: la fronde des écoles rurales qui s'estiment "sacrifiées"

Fermeture de classes: la fronde des écoles rurales qui s'estiment "sacrifiées"

Des jeunes enfants attendent d'entrer dans leur classe le 2 septembre 2005 à Stotzheim, en Alsace, le jour de la rentrée scolaire. © OLIVIER MORIN [AFP/Archives]

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Depuis quelques jours, la fronde gagne les écoles rurales: élus, enseignants et parents d'élèves protestent contre les nombreuses fermetures de classes prévues pour la rentrée 2018, afin de libérer des postes pour les dédoublements de CP et CE1 en éducation prioritaire, dans les villes.

"Les classes rurales sont les sacrifiées de la prochaine rentrée", s'indigne Dominique Dhumeaux, maire de Fercé-sur-Sarthe (Sarthe) et vice-président de l'association des maires ruraux de France.

Dans son département par exemple, une cinquantaine de fermetures de classes sont prévues, dont une quarantaine en milieu rural. Le directeur académique "doit trouver 32 postes pour les dédoublements de classes de CP et CE1 en REP+ (éducation prioritaire renforcée) pour l'agglomération du Mans. Comme il n'y a pas eu de postes supplémentaires, sa seule solution a été de fermer des classes en milieu rural", dit-il.

Mêmes doléances dans l'Indre. Les discussions sont encore en cours mais 28 classes rurales devraient fermer en septembre. Certes, le nombre d'élèves baisse dans ces campagnes mais le nombre de classes supprimées est supérieur au recul démographique, déclare Sophie Grenon, directrice d'une école à Eguzon-Chantôme et déléguée syndicale Snuipp-FSU, première organisation chez les professeurs des écoles.

Le département doit "libérer" six postes pour des dédoublements en éducation prioritaire, ajoute-t-elle. Elle se garde d'"opposer éducation prioritaire (dont les établissements se trouvent quasiment tous en zone urbaine) et écoles rurales" mais "nous sommes lassés d'être toujours la variable d'ajustement".

Faute de moyens suffisants pour accompagner le dédoublement des CP et CE1 en éducation prioritaire, mesure phare du ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer et qui s'étale de 2017 à 2019, "ce sont les écoles rurales qui payent l'addition", s'agace la directrice.

Emmanuel Macron avait pourtant promis en juillet, lors de la conférence des territoires, qu'il "n'y aura(it) plus de fermetures de classes dans les écoles primaires" des territoires "les plus ruraux", rappellent élus et enseignants en grinçant des dents.

"On ne comprend plus"

Jean-Michel Blanquer a été interpellé à ce sujet lors des deux dernières sessions des questions à l'Assemblée nationale par une députée de la France Insoumise puis par un député des Républicains.

Il a jugé "démagogiques" ces questions qui n'évoquent que les fermetures de classes, alors que "dans chaque département rural de France, on comptera à la rentrée prochaine plus de professeurs par élève que cette année". "Si nous tenions compte de la démographie (en milieu rural), nous devrions supprimer des postes", a-t-il encore dit.

"On nous parle de chiffres, de 23, 22 élèves par classe!! Mais en rural, pour faire des classes de 23 élèves, il faut que les enfants fassent des dizaines de km en bus" se désole Martine Fournier, maire de Bellefont-La Rauze (Lot).

Sur sa commune, regroupement de trois villages, l'école à classe unique de Cours risque de fermer. Ses 18 enfants seront répartis sur deux écoles "si les surfaces sont suffisantes", alors que l'établissement venait de réaliser plusieurs aménagements pour l'accueil d'une enfant malvoyante.

"C'est vrai qu'on a une baisse démographique. Mais c'est surtout que la métropole toulousaine a besoin de postes supplémentaires pour ses dédoublements de CP et CE1. On doit se battre car nous sommes en territoires ruraux et que les enfants sont notre avenir", ajoute cette élue.

"On ne comprend plus. Les écoles, les agriculteurs... Veut-on mettre tout le monde en ville?", demande-t-elle. "Après sa visite, un inspecteur de l'Education nationale avait déclaré +je viens de Cours et je me suis dit que c'était peut-être ça le bonheur+".

Des manifestations sporadiques se déroulent depuis quelques jours, organisées souvent par des parents d'élèves, dont certains occupent des écoles.

"Ce sont des territoires en souffrance", résume Dominique Dhumeaux, de la Sarthe. "Difficile d'expliquer à ces habitants, qui se sentent déjà délaissés et abandonnés, qu'on ferme leurs classes pour que les enfants des villes soient dans des classes à 12".

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