Procès Merah: un policier suscite la polémique en reprenant la thèse du "loup solitaire"

Procès Merah: un policier suscite la polémique en reprenant la thèse du "loup solitaire"

Abdelkader Merah dessiné lors de sa comparution devant la cour d'assises de Paris, le 3 octobre 2017 © Benoit PEYRUCQ [AFP]

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La cour d'assises de Paris a poursuivi mercredi le récit par la police de la traque de Mohamed Merah entamé la veille par un commissaire qui a suscité l'émoi en reprenant la thèse du "loup solitaire", alors même que le frère du "tueur au scooter" est jugé pour "complicité".

Abdelkader Merah est accusé par la justice d'avoir "sciemment" facilité la préparation des assassinats de trois militaires ainsi que de trois enfants et un enseignant juifs à Toulouse et Montauban en aidant notamment son frère à dérober le scooter utilisé lors des tueries.

Il comparaît aux côtés de Fettah Malki, 34 ans, un ami délinquant de Mohamed Merah accusé d'avoir fourni un gilet pare-balles, un pistolet mitrailleur et des munitions utilisés pour perpétrer les crimes commis entre le 11 et le 19 mars 2012.

Invités mercredi à s'exprimer sur les faits reprochés, les accusés les ont contestés, Abdelkader Merah, 35 ans, affirmant que s'il était bien "présent" lors du vol du scooter par son frère, il n'y avait "pas participé".

La surprise est surtout venue de l'intervention à la barre du premier policier à témoigner dans le cadre des auditions des enquêteurs ayant conduit la traque du tueur, abattu le 22 mars par des policiers d'élite du RAID dans son appartement.

Ce policier a repris à son compte la thèse de l'action d'un "loup solitaire", développée à l'époque par les autorités pour justifier les difficultés de l'enquête et qui a, depuis, été remise en cause, notamment par les magistrats instructeurs.

"Merah a choisi seul ses cibles, a fait seul ses repérages et commis seul ses crimes", a expliqué le commissaire Eric Voulleminot, ex-sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la Direction centrale de la police judiciaire, seul policier à avoir accepté de témoigner sans réclamer l'anonymat.

'Je suis choquée'

"Comment expliquez-vous alors qu'Abdelkader Merah soit renvoyé devant cette cour pour complicité?" lui a demandé Me Olivier Morice, avocat de la partie civile.

"Il ne m'appartient pas de me prononcer sur une décision judiciaire", a éludé le policier, aujourd'hui numéro deux de la Direction centrale de la police judiciaire.

"Vous vous rendez compte que votre témoignage peut conduire à un probable acquittement des accusés", lui a lancé Me Jean Tamalet, représentant une partie civile.

"Nous pensons qu'un loup solitaire peut avoir été aidé notamment dans sa formation et sa préparation mais en l'espèce Mohamed Merah a bien agi seul au moment où il a perpétré les meurtres, pour le repérage et le ciblage des victimes", a insisté le policier, provoquant la colère de l'avocate générale.

"Je suis choquée. Vous nous faites un long résumé détaillé de votre enquête et vous oubliez un fait majeur: la revendication laissée par Merah où il fait allégeance à Al-Qaïda. Que je sache, Al-Qaïda, ce n'est pas un loup solitaire", a souligné la magistrate Naïma Rudloff.

Les attaques ont été revendiquées par le groupe jihadiste Jund al Khalifat, affilié à Al-Qaïda, que Mohamed Merah avait rencontré lors d'un voyage dans les zones tribales du Pakistan.

La cour d'assises a ensuite retrouvé un semblant de sérénité pour écouter le témoignage anonymisé d'un responsable du SRPJ de Toulouse.

Apparaissant à contre-jour sur les écrans de la salle d'audience, le policier a expliqué comment son équipe était parvenue à identifier Mohamed Merah après avoir évacué plusieurs hypothèses.

L'assassinat de la première victime, contactée via la petite annonce qu'il avait passée pour vendre sa moto où il précisait être militaire, pouvait être un règlement de compte. Celui des deux militaires de Montauban a orienté l'enquête sur un déséquilibré, un militaire évincé de l'armée ou vers l'extrême droite, les victimes étant maghrébine ou antillaise. Ceci avant que les assassinats de l'école juive ne change la donne, a-t-il précisé.

Regroupés en ateliers de recherche sur les armes utilisées, la vidéosurveillance, le scooter ou encore les connexions à la petite annonce, les policiers ont vu apparaître à deux reprises le nom des Merah dont les deux enfants étaient fichés pour radicalité : d'une part pour des consultations de l'annonce, d'autre part dans la fréquentation d'un magasin de moto. Les arrestations ont été alors programmées.

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