Migrants à Vintimille: "Même si c'est condamné, on veut aller en France"

Migrants à Vintimille: "Même si c'est condamné, on veut aller en France"

Des migrants attendent au bord d'une route dans la vallée de la Roya, près de Vintimille à la frontière franco-italienne, le 8 août 2017 © Marco BERTORELLO [AFP]

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"Même si c'est condamné, on veut quand même aller en France", affirme Mouctar, 22 ans. Taillé comme une armoire, ce Tchadien tue le temps sur un parking de Vintimille (Italie). La frontière française, toute proche, n'est pas étanche, mais les gendarmes et les policiers sont partout.

Jamais les contrôles n'ont été aussi sévères. Ce n'est pas dissuasif pour les migrants qui ont fui l'instabilité dans leur pays et se pressent depuis trois ans à Vintimille, souvent via la Libye.

Mouctar a tenté le passage vers la France "trois fois par le train, une fois par la montagne". "Même si on ne passe pas, on doit passer, on n'a plus d'autre solution", dit-il à l'AFP.

Dans la vallée de la Roya, côté français, les forces de l'ordre ont reçu des renforts. Sur ces petites routes panoramiques qui montent au parc national du Mercantour, les voitures sont systématiquement stoppées à plusieurs check-points, les coffres ouverts.

Au lendemain de la condamnation du militant Cédric Herrou, l'association Roya Citoyenne qui aide les "exilés", ne baisse pas les bras.

Les bénévoles sont toutefois moins enclins à ouvrir leur porte: il y a moins de risques en plein été pour les migrants errant en tongs dans la montagne, mais aussi la peur des poursuites.

L'agriculteur militant pour l'accueil des migrants et la défense de leurs droits a été condamné en appel cette semaine à quatre mois de prison avec sursis. Il s'est pourvu en cassation mais risque d'autres poursuites à Grasse depuis son arrestation à Cannes avec 156 migrants qu'il accompagnait à Marseille pour demander l'asile.

"Tout le monde est stressé", confie une bénévole. La loi de décembre 2012 accorde l'immunité pénale à ceux qui apportent une aide humanitaire et désintéressée aux migrants. Mais "beaucoup ont fait de la garde à vue en emmenant des migrants chez Cédric. Les gens sont mal à l'aise car c'est compliqué de garder quelqu'un plus d'une nuit, il mange, il dort mais ce n'est pas la solution", dit-elle.

Vintimille sature

A Sospel, toujours côté français, Catherine Germain encadre la préparation de 800 repas qui seront distribués à Vintimille. "Ils peuvent être 400 à 500 et certains ont vraiment faim !", dit-elle. Chaque village prépare à tour de rôle cette distribution. A Saorge, le maire a prêté une cave pour entreposer des provisions.

Sans solution d'hébergement, les migrants interpellés côté français sont systématiquement remis aux Italiens. Même ceux qui avaient désigné et fait condamner leur passeur éthiopien ont été refoulés.

Deux centres doivent ouvrir dans les Hauts-de-France mais pas dans les Alpes-Maritimes, frontalières avec l'Italie : les élus de droite LR s'y refusent. Les socialistes, qui sont pour, ont écrit au chef de l'Etat.

Pendant ce temps, Vintimille sature. Une église ouverte à l'appel du pape en mai 2016 est en voie d'évacuation: ordre de la préfecture d'Imperia et demande de la mairie, les autorités veulent concentrer l'accueil au camp de la Croix-Rouge.

La principauté de Monaco, qui vient d'acheter le port de Vintimille et espère y amarrer ses yachts de luxe en 2019, prête son concours depuis juillet. La Croix-Rouge monégasque a des navettes à la gare de Vintimille pour transporter les migrants vers les préfabriqués du camp de la Croix-Rouge. Porté à 500 places, le camp est hors de l'agglomération.

Malgré cela, de nombreux migrants sont en ville. Disséminés le long de la rivière la Roya, ils se lavent, mangent, dorment, attendent. "Sur cette rive, ce sont les Soudanais. Les Erythréens se mettent avec eux. De l'autre côté, ce sont les francophones mais il y a aussi des groupes de Kurdes, d'Afghans et du Maghreb", désigne Sara, une militante de l'association marco bertorello.

La police italienne intervient régulièrement, interpelle et les renvoie en bus dans le sud de la péninsule. C'est parfois mouvementé, selon Sara.

A la Caritas, le secours catholique italien, on enregistre moins de dons et pourtant, indique Alessandra, une volontaire, "il manque des produits d'hygiène, des vêtements, des sacs à dos, des chaussures" de grande taille pour hommes.

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