Une "Antigone" entre Orient et Occident en ouverture du festival d'Avignon

Une "Antigone" entre Orient et Occident en ouverture du festival d'Avignon

Antigone, de Sophocle, mis en scène par le Jpaonnais Satoshi Miyagi le 4 juillet 2017 à Avignon © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT [AFP]

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Un miroir d'eau sur lequel semblent glisser des silhouettes comme autant de voiles blanches: c'est à une féérie que convie le maître japonais Satoshi Miyagi avec "Antigone" dans la Cour d'honneur du Palais des papes, en ouverture du festival d'Avignon.

Les premières mesures de tambours japonais cèdent bientôt la place aux cloches de la fameuse "Messe pour le temps présent", le temps d'un hommage au compositeur Pierre Henry, décédé dans la nuit de mercredi à jeudi.

C'est ensuite un "petit résumé" drolatique d'Antigone de Sophocle que propose le malicieux Satoshi Miyagi, comme pour souligner l'étrangeté de cette version nippone de la tragédie grecque, dans ce symbole de la chrétienté qu'est le Palais des papes.

"Quand le festival nous a offert de jouer dans la Cour d'honneur du Palais des papes, lieu qui représentait l'autorité chrétienne, j'ai pensé que la pièce la plus adaptée à ce lieu était Antigone" dit-il.

C'est une "Antigone" imprégnée de tradition bouddhiste que propose le metteur en scène, comme un pont tendu entre Orient et Occident.

Sur le lac, un batelier traverse lentement, évoquant la traversée du Styx des Grecs. Lorsque tout aura été consumé, qu'Antigone et Hémon seront morts, que le roi Créon pleurera sa folie, le batelier reviendra déposer délicatement à la surface de l'eau les lanternes allumées du culte des morts japonais.

Entre les deux scènes, le spectateur est plongé dans un bain visuel d'une grande beauté, où des silhouettes projetées sur l'immense mur du Palais des papes dédoublent les acteurs à la manière du théâtre d'ombre indonésien.

Sur le plan d'eau, ils sont une vingtaine tout de blanc vêtus à accomplir le rituel implacable de la tragédie. Mouvements lents des corps, comme chorégraphiés, sur les rythmes des percussions joués par autant de musiciens sur le plateau.

Zen

C'est bien le texte d'Antigone, avec sa révolte contre la raison d'Etat, sa fidélité à ce frère qu'il lui faut enterrer contre l'avis du tyran.

Mais lorsque les cris et les larmes ce seront tues, une sorte de réconciliation paisible règne sur le plan d'eau où défilent les interprètes avec des gestes comme suspendus.

"L'Antigone de Sophocle n'était pas bouddhiste, mais, dans ses répliques, nous trouvons des pensées similaires du bouddhisme japonais d'aujourd'hui, particulièrement sa volonté d'aimer tous les êtres humains sans les diviser", commente Satoshi Miyagi.

Un esprit très "zen" que ne renierait sans doute pas la ministre de la Culture Françoise Nyssen, présente jeudi soir pour l'ouverture du festival, elle qui a confié pratiquer chaque jour une demi-heure de méditation.

La ministre a prévu de rester jusqu'à samedi à Avignon. Vendredi, elle assistera à un spectacle jeune public ("Nuit blanche") dans le Off, le festival parallèle aux 1.480 spectacles, avant de visiter le village du Off.

La 71e édition du plus grand festival de théâtre d'Europe avec celui d'Édimbourg présente cette année 41 spectacles de théâtre, de danse et d'"indiscipline", à la croisée de tous les arts.

Parmi les temps forts, l'ancienne Garde des Sceaux Christiane Taubira proposera une sélection des grandes voix politiques qui l'ont inspirées avec la metteure en scène Anne-Laure Liégeois, dans un feuilleton porté par 70 acteurs amateurs et professionnels, en plein air au Jardin Ceccano tous les midi.

L'enfant terrible du théâtre européen Frank Castorf, qui quitte la Volksbühne de Berlin, a choisi d'explorer le conflit entre l'artiste et le pouvoir avec "Le Roman de Monsieur de Molière" d'après le Russe Mikhaïl Boulgakov.

De grandes figures du théâtre européen sont présentes, comme la Britannique Katie Mitchell ("Les bonnes" de Jean Genet), l'Italienne Emma Dante ("Bestie di scena") ou le Portugais Tiago Rodrigues avec le portrait d'une des dernières souffleuses au théâtre, "Sopro" ("Souffle").

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