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À Nice, la bataille de fleurs lance le Carnaval, mais le coeur n'y est pas

Seize chars piqués chacun de 3.000 tiges de fleurs, cinq tonnes de mimosa, des dizaines d'artistes de rue et de danseurs: côté spectacle, le Carnaval de Nice, qui a démarré samedi, est toujours aussi impressionnant, mais, côté public, le souvenir de l'attentat du 14 juillet est présent dans toutes les têtes.

À Nice, la bataille de fleurs lance le Carnaval, mais le coeur n'y est pas
Carnaval de Nice, le 11 février 2017 - VALERY HACHE [AFP]

"On a comme un sentiment de flottement", relève Louis, "Corse et Niçois", comme il se définit, un trentenaire venu assister aux premiers défilés carnavalesques avec deux amis roumains : "C'est comme si les autorités avaient senti la nécessité d'organiser le carnaval mais, on le voit aux tribunes qui ne sont pas pleines, on a l'impression que ce n'est pas comme d'habitude".

Plus de bombes à serpentin, mais aussi un parcours qui évite la promenade des Anglais au profit d'un circuit en centre-ville, avec des portiques de sécurité pour pénétrer sur le parcours, comme dans une fan-zone : la sécurité est omniprésente cette année.

"C'est une édition particulière, les gens sont moins dans l'amusement que les autres années, surtout les Niçois. Mes amis étrangers, eux, profitent à fond du spectacle, ils sont émerveillés, mais nous, les Niçois, on regarde aussi sur le côté", souligne encore le jeune homme en désignant les tireurs d'élite perchés en haut de l'hôtel Aston, un établissement situé en surplomb du circuit emprunté par les chars du carnaval, dans le centre-ville de Nice.

De fait, l'affluence laisse un peu dépités les organisateurs de la manifestation. "Nous n'avions jamais fait un lancement de carnaval à moins de 9.000 ou 9.500 spectateurs", note Denis Zanon, le directeur de l'office du tourisme. "Là, on doit être à 7.000", estime-t-il sur une capacité totale de 14.000 places debout ou assises. "On s'y attendait un peu", poursuit-il, espérant que "la clientèle locale et régionale, celle qui réserve en dernière minute, va embrayer dans les jours qui viennent"

Pour l'heure, les réservations totales sont en baisse de 20% par rapport à l'édition 2016, qui avait enregistré 240.000 entrées payantes sur un total de 600.000 visiteurs pendant la quinzaine du carnaval.

'Les attentats, on y pense forcément'

"Le carnaval, on le fait parce qu'on l'a toujours fait", pointe devant son étal de confettis, lapins lumineux et pistolets à bulles, Eliane, 69 ans, une costumière qui participe au carnaval depuis ses 14 ans. "On ne lâche pas l'affaire, et on ne veut pas perdre notre place. Mais on ne s'attend pas à faire des miracles, et on sera content si on ne perd pas d'argent et qu'on arrive à payer les vendeuses."

Avant le début des festivités, le préfet Georges-François Leclerc, accompagné des élus de la ville et des responsables des forces de l'ordre, a inspecté le dispositif de sécurité. " J'ai obtenu du gouvernement des renforts très importants", a-t-il souligné. Dans les airs, un petit avion tournoie en permanence, parfois rejoint par un hélicoptère. D'autres moyens ont aussi été mis en oeuvre, mais tenus secrets, à la fois dans la zone fermée du carnaval et aux alentours.

Pas de quoi dissuader Yannick et Virginie, un couple venu de Nîmes avec ses trois filles, de faire la fête. Tous les cinq se sont déguisés, le papa en vache, la maman en panda, les enfants en Minions ou en cochon. "C'est la première fois qu'on vient voir le carnaval de Nice, on en avait envie depuis longtemps", raconte le couple. "Nous sommes originaires de Lorraine, où le carnaval est une tradition très forte, alors on voulait transmettre ça à nos enfants. Les attentats, on y pense forcément, mais on ne peut pas s'arrêter de vivre."

Alexandra, descendue chez ses parents à Cagnes-sur-Mer avec ses enfants, n'a pas voulu non plus renoncer à la tradition. "C'est sûr, ça change des autres années, le parcours a été réduit, c'est sécurisé et on sent qu'il y a beaucoup moins de monde, mais il faut bien vivre", dit-elle. Ravie que ce soit "aussi joli que les années précédentes", et pour une fois sans être "obligé de jouer des coudes."

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