Alors que les meublés de tourisme explosent autour de Caen, des maires craignent que cette activité ait un impact négatif sur le parc immobilier. Au niveau mondial, des villes comme New York ou Milan ont pris des mesures fortes pour stopper ce phénomène récent. A Caen, les chiffres montrent que l'activité est exponentielle, avec des centaines d'annonces disponibles chaque jour sur l'application Airbnb. Le nombre de meublés de tourisme a augmenté entre 2023 (1 287) et 2024 (près de 1 800).
Une manne financière importante
Cécile Cottenceau est adjointe au maire de Caen. L'élue, chargée du tourisme, remarque un essor conséquent de l'activité touristique ces dernières années, après les périodes du Covid et l'engouement autour du Millénaire de Caen, accompagné du passage du Tour de France : "Nous sommes dépassés par l'affluence." Pour preuve, la ville est classée "zone tendue" depuis 2023, définissant un déséquilibre entre l'offre et la demande dans le parc immobilier caennais. La solution serait donc de se tourner vers les meublés de tourisme et de réguler cette activité, sauf que celle-ci est essentielle pour la ville : "27 % des nuitées touristiques viennent d'Airbnb et les taxes de séjour rapportent près de 500 000 euros à Caen la Mer chaque année." Ces locations sont aujourd'hui concentrées sur le centre-ville et les alentours du château. Cécile Cottenceau aimerait "rééquilibrer la carte" en délocalisant l'activité touristique dans d'autres quartiers de la ville, libérant ainsi des logements dans le centre.
Pas seulement des touristes
Louis Perin travaille avec des propriétaires pour les aider à s'occuper de la location d'un ou plusieurs logements, avec sa conciergerie "Mana". En tout, il en gère 25 à Caen, qui ne servent pas qu'aux touristes : "On a aussi des étudiants qui ont une formation dans le coin. Ça sert aussi aux ouvriers qui veulent avoir un pied-à-terre", explique-t-il. Dans un second temps, cette activité génère aussi de l'emploi. Agathe Langlois, gérante de la conciergerie "Josie", emploie "des femmes de ménage en sous-traitance" pour la propreté de sa quarantaine de logements à Caen. A Ouistreham, cette propriétaire ouvre par exemple les portes de son appartement à des familles venant de l'Orne, profitant d'un rendez-vous médical pour passer quelques jours à la mer.
Les deux gérants remarquent que l'activité de conciergerie fait face à de nouveaux usages et pratiques : "Les gens ne consomment pas comme il y a 40 ans", explique Louis Perin, qui n'est pas fermé à réguler à condition que "les règles soient fondées, avec des chiffres clairs et un impact positif sur le tourisme et l'immobilier".
Un quota de logements mis en place ?
Afin d'avoir une vision et des données précises sur la location des meublés de tourisme, notamment via Airbnb, la loi Le Meur, promulguée en 2024, devrait pouvoir "donner des outils aux maires" selon Cécile Cottenceau. Cette loi vise notamment à instaurer un numéro d'enregistrement pour chaque meublé de tourisme : "Cela permettra ou non de définir des quotas par propriétaire dans une ville en manque, pour que ces meublés reviennent dans le parc immobilier, en location ou logement principal", explique la maire adjointe.
Cependant, la loi n'a pour le moment pas été suivie d'effets et la plateforme d'enregistrement promise par l'Etat n'est toujours pas en ligne. Et si Cécile Cottenceau reste prudente quant à l'évolution de la situation - "On ne peut pas prévoir car ça va très vite" - la location sur les nombreuses plateformes existantes devrait, en l'absence de régulation effective, poursuivre son essor.
A Ouistreham, 600 biens sur 7 000 sur Airbnb : quel impact ?
Dans cette commune de 9 200 habitants, le nombre de meublés de tourisme a explosé en dix ans.
Maire d'Ouistreham depuis 2014, Romain Bail observe une forte hausse des meublés de tourisme dans sa commune de 9 200 habitants : "Il y a dix ans, les Airbnb n'existaient pas ici. Aujourd'hui, on en est à 600" sur les 7 000 biens de la ville. Même si on pourrait penser qu'ils sont plus proches de lamer, ils se concentrent dans le vieux bourg : "Le quartier est redevenu attractif avec ses commerces et ses vieux biens qui permettent d'investir pour les propriétaires."
De moins en moins d'habitants
Le maire note une baisse de la population, avec 200 habitants en moins entre 2020 et 2023. "Il y a moins de personnes pour faire vivre la commune", ce qui entraîne une diminution de la fréquentation de certains services publics.
Trouver l'entre-deux
Romain Bail plaide pour un équilibre entre habitants et touristes : "C'est le rôle du maire de trouver l'entre-deux, en proposant des solutions." Il évoque notamment une obligation de déclaration en mairie pour les propriétaires, afin d'avoir une "meilleure connaissance du sujet" : "C'est un des points centraux de la loi Le Meur."
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