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"Des siècles" de violences raciales en discussion à l'ONU

De hauts responsables onusiens et le frère de George Floyd ont dénoncé mercredi avec force les violences et les discriminations subies "depuis des siècles" par les Africains et personnes d'origine africaine aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, lors d'un débat exceptionnel à l'ONU.

"Des siècles" de violences raciales en discussion à l'ONU
Des manifestants réclament justice à Palmdale (Californie) le 16 juin 2020 après la mort de Robert Fuller, un jeune homme noir retrouvé pendu à un arbre - ARIANA DREHSLER [AFP]

Aux Etats-Unis, qui se sont retirés en 2018 du Conseil des droits de l'Homme, le président Donald Trump a lancé la veille une réforme limitée de la police avec un décret interdisant les prises controversées d'étranglement, sauf en cas de danger pour la vie du policier. Des mesures qui ne devraient guère satisfaire les manifestants américains qui réclament entre autres l'interdiction pure et simple de ces prises.

A l'ouverture du débat à Genève, la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet, a dénoncé, sans mentionner directement les Etats-Unis, "la violence raciale, le racisme systémique et les pratiques policières discriminatoires d'aujourd'hui", déplorant "l'incapacité à reconnaître et à affronter l'héritage de la traite des esclaves et du colonialisme".

"Nous devons faire amende honorable pour des siècles de violence et de discrimination, au travers notamment d'excuses officielles, de processus de vérité et des réparations sous diverses formes", a-t-elle dit.

Le débat à Genève, demandé par les pays africains et qui devrait se poursuivre jeudi, a été engagé dans le contexte du mouvement historique qui secoue les Etats-unis depuis la mort, le 25 mai à Minneapolis (Minnesota), de George Floyd, un quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc.

Son frère, Philonise Floyd, s'est s'adressé par lien vidéo à cette instance, demandant "une commission d'enquête indépendante chargée d'enquêter sur les meurtres de Noirs par la police en Amérique et sur la violence utilisée contre les manifestants".

"Cet acte de brutalité gratuite en est venu à symboliser le racisme systémique qui nuit à des millions de personnes d'origine africaine", a déclaré pour sa part Mme Bachelet.

Avant l'ouverture des débats, une vingtaine de hauts fonctionnaires des Nations unies d'origine ou d'ascendance africaine, parmi lesquels le chef de l'Organisation mondiale de la santé Tedros Adhanom Ghebreyesus, avaient eux aussi signé à titre personnel une déclaration pour indiquer que "la simple condamnation des expressions et des actes de racisme ne suffit pas".

'Transparence'

Le Conseil doit se prononcer sur le projet de résolution présenté par le groupe africain condamnant "les pratiques raciales discriminatoires et violentes des forces de l'ordre contre les Africains et les personnes d'origine africaine et le racisme endémique structurel du système pénal, aux Etats-Unis et dans d'autres parties du monde".

Dans sa version initiale, le texte réclamait l'établissement d'une commission d'enquête internationale indépendante, une structure de haut niveau généralement réservée aux grandes crises comme le conflit syrien.

Une nouvelle mouture du texte se contente de demander à Michelle Bachelet "d'établir les faits et les circonstances relatives au racisme systémique, aux violations présumées du droit international en matière de droits de l'Homme et les mauvais traitements contre les Africains et les personnes d'origine africaine".

Andrew Bremberg, ambassadeur américain auprès des Nations unies à Genève, a souligné la "transparence" dont fait preuve son pays en matière de lutte contre la discrimination et l'injustice raciales, citant la réforme lancée par Donald Trump.

'Point de non-retour'

Il faut "rapprocher la police et les communautés, pas les éloigner", a affirmé mardi M. Trump, martelant sa volonté de restaurer la "loi et l'ordre". Seul un "très petit" nombre d'agents commet des fautes, a-t-il insisté dans des remarques prenant parfois des allures de discours de campagne.

S'il a déploré la mort de George Floyd et d'autres victimes noires, le président républicain a depuis le début des manifestations esquivé le débat sur le racisme.

Le président américain n'a qu'un pouvoir limité sur les services de police, qui dépendent surtout des Etats et des villes. Le décret utilisera le levier des subventions fédérales pour les "encourager" à respecter les "normes professionnelles les plus élevées".

Sans attendre l'administration Trump ou le Congrès, plusieurs villes ont interdit des pratiques policières controversées depuis la mort de George Floyd.

La colère a été ravivée par la mort vendredi soir à Atlanta (Sud) sous les balles d'un policier blanc d'un autre Afro-Américain, Rayshard Brooks. Et plusieurs affaires continuent d'alimenter l'indignation.

burs-apo/mc

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