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Algérie: démission d'un ex-proche de Bouteflika visé par la constestation

Incarnation d'un "système" dont la contestation algérienne réclame la fin, le président du Conseil constitutionnel algérien Tayeb Belaiz a à son tour démissionné mardi, deux semaines après le chef de l'Etat Abdelaziz Bouteflika, dont il était un très proche.

Algérie: démission d'un ex-proche de Bouteflika visé par la constestation
Le président du Conseil constitutionnel algérien, Taïeb Belaiz, donne une conférence de presse à Alger, le 18 avril 2014 - Farouk Batiche [AFP/Archives]

M. Belaiz, 70 ans, faisait partie, avec le chef de l'Etat par intérim Abdelkader Bensalah et le chef du gouvernement Noureddine Bedoui, des "3B" dont les contestataires réclament le départ, depuis la démission le 2 avril, sous la pression conjuguée de la rue et de l'armée, de M. Bouteflika après 20 ans de pouvoir.

Son poste en faisait un des plus importants personnages de l'Etat algérien et lui conférait un rôle-clé dans la présidentielle prévue le 4 juillet pour élire un remplaçant à M. Bouteflika. Le Conseil constitutionnel est notamment chargé de valider les dossiers de candidatures aux présidentielles et de contrôler la régularité des opérations de vote en Algérie.

- "Au tour de Bensalah" -

Dans la soirée, le chef de l'Etat par intérim a nommé le magistrat Kamel Feniche, nouveau président du Conseil constitutionnel en remplacement de M. Belaiz, a indiqué un communiqué de la présidence cité par l'agence de presse APS.

Il prend la tête du Conseil où il siège depuis 2016 en qualité de membre élu au sein du Conseil d'Etat.

M. Feniche sera chargé de l'intérim si M. Bensalah devait à son tour démissionner, selon la Constitution.

Un scénario dont certains se mettent à rêver, notamment après le discours mardi du chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd Salah, qui a réitéré l'importance d'une transition dans le cadre institutionnel actuel - rejeté par les manifestants - tout en faisant savoir que "toutes les options restent ouvertes".

"Au tour de Bensalah!", ont d'ailleurs clamé des milliers d'étudiants rassemblés à Alger à l'annonce de la démission de M. Belaiz.

Pour les contestataires algériens, le maintien à la tête de l'Etat des structures et personnalités telles que MM. Belaiz et Bensalah, héritées du "système" mis en place par M. Bouteflika, ne permettent pas de garantir un scrutin libre et équitable pour élire son successeur.

"Nous allons marcher jusqu'à la mise en place d'une période de transition dirigée par des personnalités propres", c'est à dire n'ayant pas participé au régime Bouteflika, a expliqué à l'AFP Mira Laifa, 20 ans, étudiante en médecine.

Ancien magistrat, ministre de façon quasi-ininterrompue durant plus de 10 ans - essentiellement à la Justice et à l'Intérieur -, M. Belaiz, 70 ans, avait été nommé le 10 février à la tête du Conseil constitutionnel par M. Bouteflika - dont il était conseiller spécial - pour remplacer Mourad Medelci, décédé quelques jours auparavant.

Il avait déjà présidé le Conseil constitutionnel de mars 2012 à septembre 2013. A ce titre, c'était à lui que revenait de déclencher le processus devant constater "l'empêchement" de gouverner du chef de l'Etat, lorsque M. Bouteflika, victime d'un AVC, avait été hospitalisé 80 jours en France en 2013.

Il avait résisté aux multiples appels de l'opposition et de la presse en ce sens. Comme il avait résisté fin mars aux appels sybillins du général Gaïd Salah suggérant cette procédure constitutionnelle pour écarter M. Bouteflika afin de mettre fin à la crise née de la contestation populaire.

"instructions claires"

Des dizaines de milliers d'étudiants ont manifesté mardi sans incident dans plusieurs villes d'Algérie, Alger mais aussi notamment à Oran, Constantine, Annaba ou Béjaïa. Dans la capitale ils ont scandé "silmiya" (pacifique en arabe) face à un important dispositif policier.

Après s'être initialement vu interdire l'accès au parvis de la Grande Poste, bâtiment devenu le point de ralliement de la contestation au coeur d'Alger, les étudiants ont fini par accéder à la place sous la pression du nombre.

La police restreint de plus en plus la liberté d'action des manifestants, sauf le vendredi, jour de repos hebdomadaire en Algérie et de mobilisations monstres depuis le 22 février.

Le mardi précédent, les policiers avaient, pour la première fois depuis le début du mouvement, tenté de disperser une manifestation d'étudiants.

Mardi, le général Gaïd Salah a assuré que l'armée ne tournerait pas ses armes contre le peuple et qu'avaient été données "des instructions claires et sans équivoque pour la protection des citoyens, notamment lors des marches" de protestation dont l'Algérie est le théâtre depuis le 22 février.

Une allusion possible à une demande que cessent les récentes tentatives de répression policière qui ont fait monter la tension, alors que l'éventuel rôle de l'armée dans la transition post-Bouteflika continue de susciter de nombreuses questions en Algérie.

Le général Gaïd Salah, qui était en conflit ouvert avec une partie du clan présidentiel, a replacé la puissante armée algérienne au centre du jeu politique depuis qu'il a lâché le 2 avril Abdelaziz Bouteflika, dont il était un fidèle soutien, rendant inéluctable sa démission après 20 ans au pouvoir.

amb-ad-cnp-abh/hj.

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