NDDL: les expulsions reprennent toujours sur fond d'affrontements

Au troisième jour des expulsions sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, de nouveaux heurts ont éclaté entre gendarmes mobiles et zadistes positionnés derrière des barricades, tandis que les opposants historiques, scandalisés par l'ampleur des destructions, battent le rappel de leurs soutiens.

NDDL: les expulsions reprennent toujours sur fond d'affrontements

Un zadiste renvoit avec une raquette de tennis des gaz lacrymogènes sur les gendarmes, le 10 avril 2018 lors d'une opération d'évacuation à Notre-Dame-des-Landes © LOIC VENANCE [AFP]

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Les gendarmes sont arrivés vers 06H30 dans la zone où se sont concentrés mardi les heurts, non loin de la D281, route dite "des chicanes", entre les "Fosses noires" et les "Vraies rouges", a constaté un journaliste de l'AFP.

Des affrontements ont éclaté vingt minutes après sur la route des Fosses noires jouxtant les lieux, perpendiculaire à la D281, qui avait été obstruée pendant plus de cinq ans par des obstacles en tous genres avant d'être dégagée en janvier après l'annonce de l'abandon du projet d'aéroport. Les gendarmes ont répliqué aux projectiles lancés par un groupe d'environ 70 zadistes par des tirs de grenades lacrymogènes et de désencerclement.

Les zadistes se sont positionnés derrière l'une des barricades de 2 à 3 mètres de haut constituées de palettes, taules et débris de bois, qui sont apparues dans la nuit. Ils ont ensuite mis le feu à une barricade.

Un hélicoptère survole la zone tandis qu'un convoi de plus d'une vingtaine de fourgons de gendarmerie s'est positionné sur la D281, a constaté l'AFP.

Mardi, les heurts ont été plus violents que la veille. Quatorze gendarmes ont été blessés, selon un nouveau bilan du ministère de l'Intérieur, dont quatre après un tir manqué de grenade avec effet de souffle et lacrymogène, tandis qu'une dizaine souffrent également d'acouphènes. Le ministère a fait état d'une nouvelle interpellation.

Selon l'équipe médicale des zadistes, une trentaine d'opposants ont été blessés, dont deux blessés graves hospitalisés.

L'importance de l'opération a amené les opposants à appeler à la mobilisation. "Si ce soir (mardi), la préfecture ne retire pas ses troupes, c'est la mobilisation générale", a annoncé Julien Durand, porte-parole de l'Acipa, principale association d'opposants à l'ex-projet d'aéroport.

"Floués"

En détruisant les lieux de vie installés autour de la D281, où se cristallisaient les tensions depuis l'abandon du projet d'aéroport, les gendarmes ont détruit au passage des projets agricoles collectifs.

D'où la colère de l'Acipa et un sentiment de trahison exprimé mardi par des zadistes comme Sarah, qui vivait au lieu-dit "Les 100 noms" dont la bergerie a été détruite malgré des discussions ces dernières semaines avec les autorités: "On a joué le jeu (avec la préfecture) et on a été floués".

Les gendarmes mobiles ont ensuite ciblé un potager collectif, situé lui aussi à plus d'une centaine de mètres de la D281.

Selon la préfecture, 16 sites ont été évacués lundi et mardi. Parmi eux, 15 ont été démolis. La préfète de la région a annoncé mardi que l'objectif était de démanteler "de 30 à 40" sites.

"On a atteint nos objectifs lundi et mardi et aujourd'hui on attaque la suite", a confirmé mercredi à l'AFP une source proche du dossier.

L'intervention pourrait "durer jusqu'à la fin de la semaine", selon le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb qui a mobilisé près de 2.500 gendarmes.

Malgré les tensions, Mme Klein a assuré mardi soir que "le dialogue" n'était "absolument pas interrompu" et "reprendra(it)" "aussi vite que possible".

Le Premier ministre Édouard Philippe a lui insisté mardi sur l'enjeu des terres agricoles: "Nous voulons récupérer les terrains pour que des projets agricoles puissent s'y développer, nous le faisons avec beaucoup de maîtrise dans l'emploi de la force mais aussi avec beaucoup de résolution, beaucoup de fermeté", a-t-il dit.

Le 17 janvier, lorsqu'il a mis fin au projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, il s'était engagé à éradiquer la "zone de non droit" que constituait la ZAD.

Nicole Klein a cependant assuré qu'il n'y aurait "pas d'évacuation totale" de la ZAD, précisant: "On ne touche pas au bâti". "On ne s'est occupé que des squats, qui étaient des planches".

Cette opération prévoit d'expulser toute personne n'ayant pas régularisé sa situation en déclarant de nouveaux projets agricoles individuels.

"Le gouvernement, avec cette opération militaire, est dans une stratégie de tri, de chantage et de nettoyage de la zone que nous refusons", ont martelé les occupants de la Zad qui ont appelé à un pique-nique mercredi midi dans l'attente d'une mobilisation élargie.

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