Filière jihadiste de Lunel: cinq hommes au tribunal et de nombreux absents

Filière jihadiste de Lunel: cinq hommes au tribunal et de nombreux absents

Photo tirée d'une vidéo, le 27 janvier 2015, montrant des policiers du GIPN arrêtant une personne lors d'une opération antijihadiste à Lunel, dans l'Hérault © CAROLINE ROSSIGNOL [AFP/Archives]

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Cinq hommes au tribunal, l'ombre des morts et des absents : pour la première fois la filière jihadiste de Lunel, petite ville de l'Hérault qui avait vu une vingtaine de ses jeunes partir pour le jihad en Syrie, est au centre d'un procès qui s'ouvre jeudi à Paris.

Cette vague de départs, échelonnés entre 2013 et 2014, fut l'une des plus importantes de France, à l'échelle de cette commune de 26.000 habitants. Elle a fait de Lunel, localité de Petite Camargue située entre Nîmes et Montpellier, un symbole de l'ampleur du phénomène jihadiste jusque dans de petites villes françaises.

Les "enfants perdus" de Lunel, partis en Syrie en famille ou entre amis, avaient d'abord rejoint le Jaysh Mohamed ("l'armée de Mahomet"), un groupe armé proche du Front Al-Nosra, alors allié à Al-Qaïda. Puis l'organisation État islamique (EI).

La plupart de ces jeunes nourris de propagande étaient amis de longue date, fréquentaient ensemble la mosquée de la ville, des réunions sur la religion ou le snack "Le Bahut" tenu par Abdelkarim, le premier à avoir pris la route du jihad.

Quinze ne sont jamais rentrés et font toujours l'objet de mandats d'arrêts. Ils sont présumés morts en Syrie pour au moins huit d'entre eux, toujours en vie là-bas pour les autres.

Cinq hommes seulement seront donc jugés, jusqu'au 11 avril, pour association de malfaiteurs terroriste par la 16ème chambre correctionnelle.

Âgés de 29 à 47 ans, ils avaient été interpellés fin janvier 2015.

Deux d'entre eux sont accusés d'être partis en Syrie : Adil Barki et Ali Abdoumi. Barki, 39 ans, n'avait passé que quelques semaines au Jaysh Mohamed, où il aurait été cantonné aux tâches ménagères en raison de violentes crises de panique. Abdoumi, qui à 47 ans fait figure d'ancien et se dit non musulman, a nié pendant l'enquête être parti pour la Syrie.

"Tragédie"

Les trois autres prévenus, Hamza Mosli, lui aussi détenu, et Jawad S. et Saad B., (sous contrôle judiciaire) n'ont pas quitté Lunel.

Mosli, dont deux frères ont été tués en Syrie, est considéré par l'accusation comme "un personnage central" dans le groupe, soupçonné d'avoir joué un rôle de relais avec la Syrie. Devant les enquêteurs, il a contesté toute activité de recruteur.

Jawad S. est accusé d'avoir incité au jihad en animant des "assises religieuses" en ville.

Quant à Saad B., dont le frère Abdelkarim a lui aussi été tué, il est soupçonné d'avoir convoyé sa belle-soeur à l'aéroport et de lui avoir transmis 190 euros - il sera aussi jugé pour financement du terrorisme, comme Mosli.

Le groupe de Lunel "a créé les conditions d'une émulation jihadiste collective", selon les juges qui ont instruit l'affaire.

Il régnait en ville à l'époque "une ambiance un peu jihad", une surenchère entre jeunes, "à celui qui ne parle que de ça", avait rapporté Jawad S. aux enquêteurs. "Lunel, c'est la ville de France la mieux représentée au sein de l'État islamique!", se réjouissait Mosli, placé sur écoute, fin 2014.

Les quinze Lunellois recherchés font toujours l'objet d'une enquête pour des faits passibles de la cour d'Assises, selon une source judiciaire.

Cette enquête est centrée sur l'un des principaux recruteurs français, Mourad Fares, dont le lien avec Lunel est toutefois ténu -- par le biais de contacts d'un de ses proches avec Hamza Mosli. Il est mis en examen et écroué dans cette procédure.

En visite en février 2015 à Lunel, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Bernard Cazeneuve, avait décrit la "tragédie" de cette petite ville : "Des jeunes qui ont grandi ici, et qui partent animés par un leurre, la violence".


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