Sexe, tourments et libido: une hotline pour les jeunes Afghans

Sexe, tourments et libido: une hotline pour les jeunes Afghans

Une Afghane en consultation chez une sexologue dans un centre pour les jeunes à Kaboul,le 12 décembre 2016 © SHAH MARAI [AFP]

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"Je n'y arrive pas sans Viagra", murmure un jeune Afghan au téléphone, soucieux de ne pas être entendu de sa famille. Au bout du fil, une voix posée le rassure d'un ton professionnel. "Cher frère, ne sois pas gêné. Tu n'es pas le seul. Nous allons t'aider à résoudre ton problème".

Dans l'Afghanistan conservateur et hostile à la mixité, évoquer publiquement ses difficultés sexuelles est culturellement impensable, assimilé à de la perversité. Mais la jeunesse peut désormais trouver une oreille attentive et des conseils, qu'il s'agisse des troubles de l'érection ou d'homosexualité.

"Si vous demandez un conseil contre l'impuissance à un ami ou un membre de la famille, vous passez immédiatement pour un être immoral, sans vergogne ou efféminé", confie à l'AFP ce jeune homme d'une vingtaine d'années.

"Ce service est une bénédiction", ajoute-t-il.

Créée en 2012 avec l'aide du Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap), la hotline pour la jeunesse est animée par une dizaine de personnes à Kaboul, des hommes et femmes formés par un sexologue professionnel et qui répondent chaque jour à des centaines d'appels de jeunes Afghans en détresse.

Les écoutants offrent aussi leurs conseils aux amoureux éconduits ou sur des sujets délicats comme la dépression et les mariages forcés.

Mais 70% des appels concernent des troubles de la sexualité, indique le directeur du centre, Abdullah Shahed. "Les jeunes appellent pour parler de tout, de la masturbation à l'éjaculation précoce", explique-t-il à l'AFP.

"Quant aux filles, elles appellent pour une contraception, un hymen déchiré ou sur comment aborder leur nuit de noces", dit-il.

Frustration et violence

La jeunesse afghane, souvent désignée comme la "génération 11-Septembre", née après l'intervention américaine qui a chassé le régime taliban en 2001, est particulièrement écartelée entre tradition et modernité, entre ses désirs impétueux et sa volonté de respecter un islam puritain.

Plus de 60% de la population a moins de 25 ans, dans un pays qui ignore l'éducation sexuelle et considère les sexologues comme une fiction occidentale.

Le mariage est la plupart du temps la seule possibilité d'assouvir son appétit sexuel puisque les rencontres, ou toute forme d'interaction entre sexes opposés, sont strictement condamnées.

Or beaucoup de jeunes gens ne peuvent s'offrir le coût d'un mariage ni celui de la dot à payer à la belle-famille.

La frustration à un âge en proie aux poussées d'hormones n'est pas indifférente aux explosions de violence qui secouent régulièrement le pays, estiment certains experts.

"Les problèmes sexuels génèrent souvent les violences domestiques, la polygamie et les séparations", assure M. Shahed. "Nous essayons de persuader les jeunes gens et jeunes femmes qu'il y a toujours une solution et qu'ils ne sont pas seuls".

Le ministère afghan de la Santé a ouvert en 2016 quelques cliniques "pour les jeunes" dans Kaboul, où ils peuvent évoquer tous les sujets, y compris sexuels, avec des conseillers. Nombre de femmes les fréquentent et le concept remporte du succès.

"J'étais incapable d'aborder mes problèmes avec ma mère ou ma soeur", avoue à l'AFP Rayhana, 21 ans. "Ici je peux parler librement".

Entre autres choses, les centres d'appels et les cliniques mettent en garde les jeunes gens contre les dangers de l'addiction au sexe, des relations non protégées ou de l'abus de Viagra.

La petite pilule bleue - surnommée localement "le cobra", "la roquette" ou "l'ami des grandes familles" - était inconnue de la plupart des Afghans jusqu'à l'intervention américaine fin 2001. Depuis, elle est devenue si populaire que la rumeur veut que la CIA l'ait utilisée pour récompenser ceux qui l'aident à lutter contre les chefs de guerre et les insurgés.

Prosélytisme immoral

"Nous conseillons plutôt à nos patients de traiter leur anxiété et d'adopter un mode de vie plus sain", indique Adbullah Shahed.

Mais bien souvent c'est un autre tabou majeur de la société afghane qui revient dans les conversations: l'homosexualité, diabolisée comme une déviance et interdite par l'Islam.

La question est régulière: "Existe-t-il un traitement contre l'homosexualité?"

"Une femme a appelé une fois pour dépression parce que sa partenaire venait de se marier", se souvient Abdullah Shahed qui doit se limiter à aider les appelants à réfléchir et à se poser des questions comme "Penses-tu pouvoir continuer de vivre en Afghanistan en tant que lesbienne?"

Son programme doit lui-même braver les conservatismes.

Quand des responsables de la santé ont récemment lancé une campagne de sensibilisation à l'Université de Kaboul, des étudiants en colère les ont accusés de promouvoir l'immoralité.

"Nous avons essayé de leur expliquer que ce programme était en accord avec la loi coranique", assure à l'AFP un responsable du ministère de la Santé. "Mais nous nous sommes heurtés à un mur. Pour beaucoup, parler de sexe relève toujours d'un prosélytisme immoral".

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