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[Reportage]. À Rouen, on dépollue Internet pour le rendre moins énergivore

Informatique. Dans le contexte actuel de hausse du prix de l'énergie, les acteurs normands du monde de l'informatique proposent des solutions aux entreprises et aux collectivités pour rendre plus sobre leur usage du numérique.

[Reportage]. À Rouen, on dépollue Internet pour le rendre moins énergivore
David Julien, directeur commercial de Ftel Édition, spécialiste de l'écoconception web, prône un usage plus sobre d'Internet pour le rendre moins consommateur d'énergie.

C'est l'obsession des collectivités et des entreprises ces derniers mois : la hausse du coût de l'énergie. On y pense moins, mais le numérique aussi pèse sur la consommation. Conscients de cette nouvelle difficulté à surmonter, à Rouen, institutions et entrepreneurs s'engagent dans la sobriété numérique. Il faut dire que le secteur, en plus d'être particulièrement énergivore, est aussi mauvais pour la planète.

"On ne fait pas de déplacements permanents, on n'est pas des industriels, mais on s'est rendu compte que notre secteur polluait beaucoup, nos data centers (les hébergeurs de serveurs) consomment énormément", explique David Julien, directeur commercial de Ftel Editions, une start-up rouennaise qui s'est donné la mission de dépolluer la toile en optimisant la création des sites internet avec sa marque Mon Site Vert. Si l'on prend en compte uniquement la partie web du secteur numérique, ce sont 600 millions de tonnes de CO2 qui sont émises chaque année dans le monde, et 16 millions rien qu'en France. "C'est comme si je faisais 125 vols Paris-New York tous les jours pendant 300 ans. C'est ce que représente le web français en une année", précise David Julien. L'éditeur de sites web chasse ainsi les données qui sont trop lourdes. "Ce qui va peser le plus, c'est ce qu'on appelle les assets, ce sont tous les médias importés par le concepteur du site, les photos, les gifs, les vidéos, etc. Avec son code source, Mon Site Vert va tout optimiser pour les alléger."

"On ne parle plus de high-tech
mais de low-tech"

En plus de son code source "vert", conçu selon les règles du Green It, pionnier de l'informatique responsable, l'entreprise stocke ses sites sur de très petits serveurs appelés Rasberry Pi, de la taille d'une carte bleue. Un seul serveur tourne à quatre watts à l'heure, "c'est l'équivalent d'une ampoule basse consommation, sachant qu'on est capables de stocker 100 sites internet dessus", précise David Julien. Ces derniers sont alimentés par des panneaux solaires chez Webaxys, spécialiste normand du green data center, le premier centre de données informatiques écologiquement responsable en Normandie, dont le siège se trouve à Sotteville-lès-Rouen. Avec ces différentes solutions, la jeune société rouennaise se targue de réduire de 90 % l'empreinte carbone des sites qu'elle optimise. "Chez Mon Site Vert, on ne parle plus de high-tech mais de low-tech."

Pour David Julien, la sobriété numérique passe aussi par les petits gestes du quotidien. Éviter de trop publier sur les réseaux sociaux, penser à vider régulièrement sa boîte mail, privilégier le stockage en local sur un disque dur plutôt que d'utiliser le "cloud" (stockage de fichiers sur Internet), et enfin se connecter en wifi dès que c'est possible. "La 4G ou la 5G, c'est horrible en termes de consommation énergétique", précise David Julien, qui insiste également sur l'importance de garder son matériel informatique le plus longtemps possible. "L'un ne va pas sans l'autre, on ne peut pas demander à quelqu'un d'optimiser son site internet et de changer d'ordinateurs tous les ans."

"Nous faisons durer nos ordinateurs jusqu'à sept ans au lieu de deux"

Rouen. "Nous faisons durer nos ordinateurs jusqu'à sept ans au lieu de deux"
Matthieu de Montchalin, adjoint au maire chargé de la modernisation administrative, revient sur le plan de sobriété numérique de la Ville.

Pour contenir sa facture énergétique, la Ville de Rouen a mis en place un plan de sobriété avec une attention particulière portée au numérique, très consommateur.

La Ville de Rouen, confrontée elle aussi à une explosion de ses coûts liés à l'énergie, qui se traduit par des millions d'euros, doit trouver des solutions pour réduire le poids du numérique. Matthieu de Montchalin, adjoint au maire chargé de la modernisation administrative, revient sur le plan de sobriété numérique de la Ville.

Que représente l'usage du numérique
pour la collectivité ?

Nous sommes 2 800 agents à la Ville de Rouen, donc ce sont des milliers d'ordinateurs, autant de téléphones portables, ce sont énormément de mails qui sont échangés, et tout cela a un impact écologique et énergétique.

Quelles démarches avez-vous engagées pour contenir ces impacts ?

Nous faisons durer nos ordinateurs jusqu'à sept ans au lieu de les changer tous les deux ans. Ils commencent leur vie dans les bureaux et après, ils sont reconditionnés, avant d'être mis à disposition des élèves dans les écoles, dans les bibliothèques ou les centres sociaux pour des usages plus simples. On a essayé aussi d'être plus sobres dans la composition du site internet de la Ville en évitant de multiplier les contenus afin qu'ils pèsent moins en bande passante et en mémoire.

Il y a aussi un travail
sur les serveurs ?

Oui, on travaille à la mutualisation de nos serveurs avec la Métropole. Au lieu d'avoir deux sites de stockage réfrigéré, nous n'avons qu'un. Mises bout à bout, toutes ces actions permettent de réduire notre impact.

Le numérique responsable a le vent en poupe

Sotteville-lès-Rouen. Le numérique responsable a le vent en poupe
Webaxys, à l'origine du premier data center écoresponsable en Normandie, possède 600 clients directs.

Souvent décriés pour leur forte consommation d'énergie, les data centers se mettent au vert, à l'instar de Webaxys, spécialisé dans l'hébergement écoresponsable de serveurs en Normandie, dont le premier a été construit à Sotteville-lès-Rouen.

"Souvent, quand on entend parler de numérique responsable, on parle des data centers qui polluent beaucoup et sont très énergivores. C'est vrai, mais ils sont déjà extrêmement optimisés en réalité", explique David Raulin, chargé d'inclusion numérique pour Terra Num à Mont-Saint Aignan et Reboot Écosystème au Petit-Quevilly (lire ailleurs). Bien qu'optimisés, les data centers sont toujours surveillés par le monde du numérique responsable. Terra Num accompagne d'ailleurs les entreprises qui stockent leurs données chez les hébergeurs dans l'acquisition du label Numérique Responsable, délivré par l'agence LUCIE. "Lorsqu'on applique une politique de numérique responsable, on fait des économies, donc finalement, les entreprises commencent à jouer le jeu", explique David Raulin.

Un data center de "proximité"

Pour ce faire, chaque geste est scruté à la loupe : le recyclage du matériel informatique, l'emplacement des données stockées, leur consommation d'énergie, la bonne mise en veille des appareils, etc. "C'est une sorte d'audit de maturité concernant le numérique responsable", précise David Raulin.

La société Webaxys fait partie de ces entreprises labélisées depuis longtemps. C'est le pionnier en Normandie de ce qu'on appelle le "green data center". Avec trois sites dans la région, Webaxys se veut être le spécialiste du "data center de proximité", comme aime à l'appeler son directeur Emmanuel Assié. Infirmier de profession reconverti dans le milieu du numérique, l'entrepreneur a eu le déclic en visitant les premiers data centers au début de son aventure, avec Webaxys dans les années 2000. "J'ai découvert de grandes fermes de plusieurs milliers de mètres carrés où personne ne se souciait d'un brin d'écologie, on posait des grille-pains et on refroidissait à foison."

Sa société, elle, a pris le virage écologique en 2010, en ouvrant son tout premier data center à Sotteville-lès-Rouen, en faisant notamment du sur-mesure pour ses clients. "On adapte aux besoins de chacun. Pourquoi louer 100 gigas d'espaces sur un serveur alors que vous en avez besoin de 50 ?", demande Emmanuel Assié, qui prône le bon sens. L'entreprise mise également sur l'autoconsommation, depuis 2013, sur ses autres sites grâce au photovoltaïque qui permet d'alimenter, en partie, ses serveurs. Le système de refroidissement, lui, est assuré globalement par l'air extérieur en fonction des heures de la journée. "Chez Webaxys, on a remonté les températures entre 26 et 28 degrés. Il y a quelques années, pour plein de gens, c'était de 19 à 20", poursuit le patron. L'entreprise a également fait le choix de prolonger d'une douzaine d'années la vie de ses serveurs, contre un standard de trois à quatre ans chez les autres data centers. Grâce à un partenariat avec Eaton et Nissan, Webaxys utilise également de vieilles batteries de voitures pour faire tourner les serveurs via un système intelligent de gestion de l'énergie. Cette technologie, née en Normandie avec Webaxys, s'est même exportée aux Pays-Bas, dans le Johan Cruyff Arena, stade de l'Ajax Amsterdam.

Reboot Ecosystème, le spécialiste du reconditionnement d'ordinateurs

Rouen. Reboot Ecosystème, le spécialiste du reconditionnement d'ordinateurs
Reboot Ecosystème travaille actuellement sur près 1 800 ordinateurs collectésdans l'agglomération rouennaise.

L'agence fait partie d'un consortium qui travaille autour du numérique responsable. Une de ses missions est de retaper les ordinateurs des entreprises et des collectivités afin de prolonger leur durée de vie.

Reboot Ecosystème s'occupe de la réparation d'ordinateurs au Kaléidoscope, au Petit-Quevilly. Selon David Raulin, chargé d'inclusion numérique, la pollution due à l'informatique tient pour l'essentiel à la fabrication des ordinateurs. "L'impact écologique d'un ordinateur, c'est à peu près 70 % à la fabrication et 30 % à l'usage", explique le spécialiste. En cause, l'extraction de terres rares indispensables à la conception des composants d'un PC ou de la batterie qui permet de l'alimenter.

Des ordinateurs recomposés

"Cette extraction nécessite beaucoup d'eau, on va chercher dans des carrières et il y a tout un procédé chimique derrière. Résultat, on pollue l'eau mais aussi les sols." Pour rentabiliser cet impact, il faut donc que la durée de vie d'un ordinateur soit assez longue. On estime pourtant à 3 ans la durée de vie moyenne des ordinateurs dans les entreprises contre 7 ans préconisés par Reboot Ecosystème. L'association s'est donc donné le défi de donner une seconde vie aux vieux équipements informatiques collectés dans l'agglomération. Près de 1 800 ordinateurs attendent ainsi de renaître dans les locaux de Reboot Ecosystème, qui n'achète pas de nouvelles pièces mais se sert d'autres ordinateurs usagés pour en réparer d'autres. "C'est un peu un jeu de Tetris", confie David Raulin. La Métropole de Rouen lui a confié un lot de 600 ordinateurs, près de 400 sont déjà réparés.

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