En ce moment : Less than zero - THE WEEKND Ecouter la radio

[Reportage] Calvados. Football et arbitrage : raviver la flamme

Football. Le monde de l'arbitrage connaît une pénurie dans le Calvados. Pourtant, des passionnés de football continuent de sillonner les terrains chaque week-end. Instances comme bénévoles, ils cherchent tous à raviver la flamme et à attirer de nouveaux sifflets.

[Reportage] Calvados. Football et arbitrage : raviver la flamme
Le football traverse une crise de l'arbitrage et connaît une véritable pénurie. - Ligue de Football de Normandie

Les arbitres de football sont trop peu nombreux dans le Calvados. Selon le District, il en manque une quarantaine pour obtenir un confort idéal, et, selon la Ligue de Football de Normandie, 150 nouveaux sifflets seraient les bienvenus. Mais s'ils sont de moins en moins nombreux à plonger dans le grand bain, certains font régner l'ordre sur les pelouses depuis de nombreuses années, avec toujours la même passion. Maxime Simon ne cache pas sa "petite fierté", quand il revêt l'écusson sur son habit d'officiel. S'étant lancé pour "prendre de la maturité et des responsabilités", il accorde beaucoup d'importance à l'entraide entre arbitres. Lui a commencé en 1991. Arbitre de troisième division en Roumanie, Danut Sacuiu rejoint la France en 2011. Ses diplômes n'ont plus aucune valeur, tout est à recommencer, mais peu importe, il est bien trop passionné pour renoncer. "J'arbitre plusieurs matchs par semaine. Rencontre officielle ou amicale, de jeunes, de vétérans, de seniors, peu importe. J'ai toujours la même envie !", clame-t-il. Celui qui compare son rôle sur les pelouses à celui d'un manager souhaite transmettre sa passion le plus possible, toujours avec son grain de folie. "Un jour, le président du club sortait du travail pour voir son fils jouer. Il était en costard, mais je lui ai donné le drapeau et lui ai dit 'allez, tu es mon arbitre assistant'."

Lui aussi a commencé en 1991. Mikaël Lesage arbitre en Ligue 2, au niveau professionnel. "On peut débuter ce métier par hasard, un peu comme moi, mais on ne peut pas y rester sans une passion démesurée", formule-t-il. À 47 ans, il ne se lasse pas d'être le garant des lois du jeu. "Tant que le sac n'est pas trop lourd à mettre dans la voiture, c'est que l'envie est toujours là", illustre le Falaisien. Cantonné au monde professionnel, il ne perd pas de vue le monde amateur, et sait "à quel point il est difficile de s'y inscrire désormais".

Ambiance dégradée

Constat partagé par tous les acteurs. "On a des jeunes qui commencent et qui arrêtent au bout de deux matchs, ils sont dégoûtés par l'ambiance générale, affirme Bertrand Voisin, président du District du Calvados. On demande aux clubs de faire de la prévention, de dire aux spectateurs et aux parents de respecter l'arbitre." "Il faut dépassionner le débat", poursuit de son côté Pierre Leresteux, président de la Ligue de Football de Normandie. Il reconnaît volontiers qu'arbitrer une rencontre devient de plus en plus difficile. "Même les bénévoles se font allumer sur le bord des terrains. Ce sont parfois les spectateurs qui nous font perdre des arbitres." Maxime Simon, président de l'UNAF14, l'Union nationale des arbitres français, pointe aussi les "parents qui braillent" sur le bord de la pelouse. Il est notamment connu pour ne pas hésiter à stopper les rencontres s'il sent que la sécurité de quiconque n'est pas assuré. L'image négative du foot amateur n'est pas qu'un fantasme, et il essaye à sa manière d'accroître la protection des arbitres. Pour lutter contre ce fléau et stopper la pénurie, les acteurs se plient en quatre pour trouver des solutions.

"Il faut plus de partage entre le monde de l'arbitrage et les clubs"

Caen. "Il faut plus de partage entre le monde de l'arbitrage et les clubs"
Fredy Fautrel, ex-arbitre international, a pris sa retraite en 2016. Il occupe depuis un an la fonction de coordinateur technique en arbitrage au sein de la Ligue de football de Normandie

Nous avons posé trois questions à Fredy Fautrel. 

Fredy Fautrel est un ex-arbitre international, qui a participé aux plus grandes compétitions européennes de football. Retraité en 2016, il occupe depuis un an la fonction de coordinateur technique en arbitrage au sein de la Ligue de football de Normandie. Nous lui avons posé trois questions.

C'était important pour vous de rester
dans le monde de l'arbitrage ?

Au-delà d'un métier, l'arbitrage est une passion, on a du mal à quitter cette carrière. C'est une fonction magique qui m'a apporté le sens des responsabilités, du courage, du sang-froid… C'est un juste retour que de pouvoir redonner l'expérience acquise. La transmission est primordiale.

Quel constat faites-vous après un an ?

Il faut plus de partage entre le monde de l'arbitrage et les clubs. Avec le temps, une véritable scission s'est créée entre les deux parties. Il faut stopper l'engrenage. Dans beaucoup de clubs, on ne trouve pas de place pour l'arbitre, mais il faut réussir à construire des liens. On fait en sorte que nos officiels aillent aux entraînements des clubs, cela leur permet de s'exercer mais aussi d'expliquer certaines décisions.

Comment soutenir vos arbitres ?

On démultiplie les stages, on essaie d'être humainement présents pour nos garçons. Je veux créer des référents pour chaque catégorie d'arbitres, qu'ils puissent avoir quelqu'un à contacter. On a aussi mis en place des formations continues. Toutes les deux ou trois semaines, ils reçoivent des petits sujets techniques. Ils se sentent plus suivis par les instances.

Quelles initiatives sont mises en place ?

Caen. Quelles initiatives sont mises en place ?
La Ligue de football de Normandie essaie de susciter le plus de vocations possible, en enrôlant des arbitres dès le plus jeune âge. - Ligue de Football de Normandie

Quelles initiatives sont mises en place ?

Comment faire pour attirer de nouveaux arbitres et conserver ceux qui le sont déjà ? Bertrand Voisin, président du District du Calvados, vient de mettre en place une nouvelle mesure. "Tous les membres du comité directeur doivent accompagner au minimum deux fois un jeune arbitre sur la saison, explique-t-il. Pas pour évaluer, mais plutôt pour donner des conseils sur le comportement à adopter." Maxime Simon, arbitre de niveau régional, va dans ce sens d'accompagnement. "Il faut plus d'encadrements, surtout pour les plus jeunes. Ils doivent se sentir épaulés", selon lui. Le District réfléchit également à récompenser les clubs qui présentent plusieurs arbitres, en opposition aux sanctions envers ceux qui n'en ont pas. Un club ne possédant pas d'arbitres au cours de la saison est interdit de grimper à l'échelon supérieur. Pour éviter que certains enfilent une tunique seulement guidés par la volonté d'éviter les sanctions, Bertrand Voisin souhaite désormais rencontrer le président du club en même temps que le futur arbitre, pour s'assurer qu'un vrai projet germe. Autre volonté, embaucher un CTDA, Conseiller technique départemental en arbitrage. "Mais on attend des aides pour cela", regrette Bertrand Voisin.

Le référent, élément clé

Côté Ligue de Normandie, une websérie d'une dizaine d'épisodes a été lancée sur l'arbitrage. "On va amplifier notre formation et nos contacts avec les clubs pour les soutenir", prévient Pierre Leresteux, son président. Il insiste énormément sur un aspect : la présence d'un référent arbitre par club. "Afin d'avoir un interlocuteur reconnu. C'est aux gros clubs de montrer l'exemple et d'entraîner les plus petits avec eux." Mikaël Lesage tempère. "Avoir un référent arbitre, c'est déjà obligatoire pour chaque club en principe. Mais on met souvent un nom pour en avoir un." Lui s'occupe de l'équipe de Falaise, sa ville de naissance. Le plus dur selon l'arbitre de Ligue 2, c'est de fidéliser. "J'ai une présence permanente auprès de nos arbitres. Je les encourage avant un match, les aide à rédiger un rapport…", explique-t-il. Développer l'arbitrage dans les clubs est selon lui essentiel, en proposant des entraînements collectifs par exemple. Danut Sacuiu est le référent de l'USON Mondeville. "C'est très important de soutenir nos arbitres. Je n'hésite pas à les accompagner lors de matchs chauds par exemple", évoque-t-il. Initiative mise en place par le sifflet roumain au début de chaque saison, il réunit tout le monde : coachs, président, joueurs, bénévoles, parents… pour expliquer le rôle de l'arbitre. Objectif ? Que tout le monde se rende compte de la difficulté du métier, mais aussi éventuellement de donner envie à certains de s'engager. Si la Ligue et le District mettent en place des mesures pour contrer cette pénurie arbitrale, c'est bien dans les clubs que réside le nerf de la guerre. C'est à eux de susciter des vocations, et, grâce à leurs éléments passionnés, de donner envie aux arbitres de rempiler chaque année. Car comme le rappelle Pierre Leresteux, "s'il n'y a plus d'arbitre, il n'y a plus de match".

La rémunération, un argument suffisant pour attirer ? 

Caen. La rémunération, un argument suffisant pour attirer ? 
Le bouillant et passionné Danut Sacuiu, arbitre venu tout droit de Ploiești, en Roumanie, sensibilise à l'arbitrage tous les membres de son club, l'USON Mondeville.

La rémunération, un argument suffisant pour attirer ?

Les arbitres officiels sont évidemment rémunérés lors de chaque match arbitré. Une différence est opérée en fonction du prestige de la rencontre, mais pour avoir un ordre d'idée, "la rémunération moyenne pour un match de départemental, c'est entre 70 et 75 €", pose Bertrand Voisin, président du District du Calvados.

Payer plus pour recruter plus ?

Pour s'aligner légèrement sur l'inflation, les frais kilométriques ont été augmentés il y a peu. Les arbitres de niveau régional gagnent logiquement plus d'argent chaque week-end, notamment par le fait qu'ils doivent effectuer des déplacements beaucoup plus longs. Danut Sacuiu, licencié de Mondeville, évoque par exemple des matchs arbitrés au Havre ou à Cherbourg. "L'argent peut être une source de motivation, mais il ne faut pas penser qu'à ça. Puis l'argent ne nous garantira pas d'avoir de meilleurs arbitres", lance Bertrand Voisin. "Arbitre, c'est une vocation, il faut être passionné", assure Pierre Leresteux, président de la Ligue de Normandie.

Tous les acteurs du milieu sont unanimes, l'argent n'est pas la motivation première de ceux qui se déplacent chaque semaine pour assurer le bon déroulé des rencontres. "Faire venir plus de monde avec de l'argent n'a aucun intérêt, poursuit Bertrand Voisin. On veut les garder, nos arbitres, pas qu'ils viennent un ou deux ans encaisser quelques chèques puis qu'ils partent."

Newsletter
Restez informé ! Recevez des alertes pour être au courant de toutes les dernières actualités.
Réagir à cet article

L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créer un compte pour pouvoir commenter cet article.

A lire aussi
En direct
Lire les journaux
Inscrivez vous à la newsletter
La météo avec Tendance Ouest
Les pronostics avec Tendance Ouest
L'horoscope de Tendance Ouest
Les jeux de Tendance Ouest
Les petites annonces avec Tendance Ouest
L'emploi avec Tendance Ouest
Films et horaires dans vos cinémas en Normandie
L'agenda des sorties de Tendance Ouest
Les concerts avec Tendance Ouest
Les replays de Tendance Ouest
L'application mobile de Tendance Ouest
[Reportage] Calvados. Football et arbitrage : raviver la flamme