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Syrie: les évacuations se pourvuivent à Alep, réunion à l'Onu

Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit vendredi pour tenter d'obtenir le déploiement dans la ville syrienne d'Alep d'observateurs internationaux chargés de surveiller les opérations d'évacuation de civils et rebelles qui pourraient prendre des jours.

Syrie: les évacuations se pourvuivent à Alep, réunion à l'Onu
Des civils évacués d'Alep à leur arrivée le 15 décembre 2016 dans la région de Khan al-Aassal à l'ouest de la ville - Omar haj kadour [AFP]

Des milliers de personnes ont été évacuées jeudi d'Alep, un mois après une offensive dévastatrice du régime qui s'apprête à proclamer sa plus importante victoire de la guerre avec la reprise totale de la deuxième ville de Syrie.

Le président Bachar al-Assad, qui a bénéficié du soutien crucial de la Russie et de l'Iran, a affirmé que les Syriens "écrivaient l'Histoire" avec la "libération" en cours de la ville.

Mais cette victoire a un coût humain exorbitant, après le déluge de feu des troupes du régime qui ont déversé sans arrêt leurs missiles, barils explosifs et obus sur les quartiers encore tenus par les rebelles dans la cité septentrionale lors de leur dernière offensive lancée le 15 novembre.

Des centaines de civils tués, plus de 100.000 autres affamés et assiégés pendant quatre mois poussés à la fuite, sans compter les immenses destructions qui suscitent des comparaisons avec Berlin en 1945 ou Grozny en Tchétchénie. La communauté internationale s'est bornée à condamner mais est restée impuissante.

D'ailleurs 25 ONG internationales ont déploré la "faillite morale de la communauté internationale" au moment où "l'humanité rend son dernier souffle" à Alep.

Aux termes d'un accord d'évacuation des dernières poches rebelles, où les armes se sont tues jeudi à l'aube, trois convois de bus et d'ambulances ont fait sortir en grande majorité des civils dont des blessés, et des combattants.

"Nous reviendrons un jour"!

Le trajet est le même: du quartier Al-Amiriyah encore tenu en partie par les insurgés vers celui de Ramoussa aux mains du régime, avant de parvenir en territoire rebelle dans l'ouest de la province d'Alep.

Les personnes évacuées se sont agglutinées dans les bus, s'asseyant sur les sièges ou à même le plancher, a constaté un journaliste de l'AFP. Certaines, âgées, pleuraient mais d'autres étaient soulagées de sortir de l'enfer.

Quand les bus ont traversé Ramoussa, des femmes ont lancé des "youyous" des balcons.

Sur les vitres de certains bus couvertes de poussière, des évacués ont inscrit "nous reviendrons un jour".

Les trois convois formés de nombreux bus et ambulances étaient ouverts par des véhicules du Comité international de la Croix-rouge (CICR) et du Croissant rouge syrien.

Selon des correspondants de l'AFP et l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), il y avait un petit nombre de combattants à bord des bus et une majorité de civils.

"Personne ne sait combien de gens sont encore dans les quartiers rebelles" en passe de tomber aux mains du régime, a expliqué la représentante du CICR en Syrie, Marianne Gasser, en soulignant que l'évacuation "pourrait prendre des jours".

Néanmoins, l'émissaire de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a estimé à environ 40.000 le nombre de civils encore piégés dans le réduit rebelle et à entre 1.500 et 5.000 celui des combattants et leurs familles.

La Turquie, qui a promis d'accueillir des déplacés, a elle chiffré entre 80.000 et 100.000 le nombre de civils qui pourraient être évacués.

Dans le cadre de l'accord d'Alep, des blessés et malades des villages chiites de Foua et Kafraya sous contrôle du régime mais assiégés par les rebelles dans la province d'Idleb (nord-ouest), pourront aussi être évacués vers des zones prorégime.

"Idleb, prochaine Alep ?"

Alors que les multiples veto russes ont bloqué toute action du Conseil de sécurité de l'ONU sur Alep, une nouvelle réunion est prévue vendredi à la demande de la France. Elle prendra la forme de consultations à huis clos à partir de 12H00 (17H00 GMT) et portera sur l'évacuation des civils et sur l'aide humanitaire à apporter aux habitants d'Alep, ainsi que sur la nécessité de déployer des "observateurs internationaux" sous l'égide de l'ONU.

"Je n'imagine même pas" que la Russie puisse s'opposer à cette "résolution humanitaire", a déclaré le président français François Hollande jeudi soir à Bruxelles, à l'issue d'un sommet des dirigeants des 28 pays de l'Union européenne.

L'UE "n'est pas indifférente à la souffrance du peuple syrien", a assuré le président du Conseil européen Donald Tusk, après avoir admis que les Européens n'étaient "pas assez efficaces".

Les 28, qui se sont engagés à "exercer une pression sur les acteurs du conflit en Syrie par tous les moyens diplomatiques disponibles", ne sont toutefois pas allés jusqu'à menacer Moscou de sanctions liées à son rôle en Syrie, se contentant d'affirmer qu'ils considéraient "toutes les options disponibles".

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a averti qu'Alep risquait de devenir un "autre Srebrenica", du nom de cette ville de Bosnie où fut commis en 1995 le pire massacre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les personnes sorties d'Alep peuvent au final se rendre dans la province voisine d'Idleb, dernière place forte de la rébellion qui voit fondre les zones sous son contrôle.

Mais M. de Mistura, qui appelle de ses voeux à une reprise des négociations intersyriennes pour trouver une issue au conflit, a averti qu'Idleb risquait de devenir "la prochaine Alep" "s'il n'y a pas d'accord politique et de cessez-le-feu".

La perte d'Alep représente un revers cuisant pour la rébellion, qui en avait conquis la partie orientale en 2012. Pour le régime, aidé de combattants iraniens, irakiens et du Hezbollah libanais, cette victoire est son plus important succès depuis le début de la guerre en 2011.

L'intervention militaire de la Russie en septembre 2015 a permis aux troupes du régime, alors en déroute, d'inverser la situation.

Le conflit très complexe en Syrie, impliquant différents belligérants et leurs soutiens régionaux ou internationaux, a fait plus de 310.000 morts depuis mars 2011.

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