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Ouagadougou (AFP). Burkina: la veuve de Sankara souhaite que la justice aille jusqu'au bout

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Ouagadougou (AFP). Burkina: la veuve de Sankara souhaite que la justice aille jusqu'au bout
Mariam Sankara, veuve de la figure burkinabè Thomas Sankara assassiné en 1987, est interviewée par l'AFP à Ouagadougou, le 20 mai 2015 - AFP
La veuve de l'ex-président Thomas Sankara, interrogée mercredi par l'AFP, a plaidé pour que la justice burkinabè, qui l'a entendue lundi, "aille jusqu'au bout" dans le dossier de l'assassinat de son mari, tué lors d'un putsch qui porta Blaise Compaoré au pouvoir. La figure de Thomas Sankara, révolutionnaire loué pour son intégrité et icône du panafricanisme, mort le 15 octobre 1987, a été abondamment évoquée durant le soulèvement populaire qui a conduit à la chute de M. Compaoré fin octobre. "L'affaire Sankara", bloquée sous son règne, a été rouverte après sa chute. Q : Jeudi dernier vous êtes retournée pour la deuxième fois seulement dans votre pays après quasiment 30 ans d'exil en France. Quels sentiments avez-vous ressentis ? Comment avez-vous vécu ces trois dernières décennies ? R : "Je suis contente de retrouver la terre du Burkina Faso, contente de retrouver mes parents, mes amis. C'est une grande joie pour moi de revoir ce pays que je n'avais pas vu depuis longtemps. A un moment, je désespérais de ne pouvoir revenir. () Depuis le 15 octobre (1987), rien n'a été normal pour moi. Je me suis battue avec l'espoir qu'un jour la vérité se ferait. Pendant longtemps, même quand je n'étais pas au Burkina, j'ai attendu qu'il y ait des explications. Qu'on tue impunément une personne qui s'est vraiment donnée pour son peuple, c'était révoltant et difficile à supporter. Quand j'ai vu qu'on arrivait à la prescription, je suis arrivée à déposer cette plainte (contre X) qui, jusqu'à aujourd'hui, court." Q : Vingt-sept ans après l'assassinat de votre mari, vous avez été entendue par un juge d'instruction ce lundi. Avez-vous espoir que la lumière soit enfin faite sur la mort du président Sankara ? R : "Aujourd'hui, un juge a été nommé. Il a commencé les instructions et il m'a reçue. Ce n'est qu'un commencement, et je souhaite qu'avec l'appui du peuple burkinabè, on puisse amener ce dossier jusqu'au bout. Il ne s'agit pas seulement de la famille Sankara. Il y a douze personnes qui ont été assassinées en même temps que lui. Ces familles aussi attendent. Depuis que ce dossier a été déposé, il n'y a eu que déni de justice. Les avocats qui travaillent dessus ont déployé tout ce qu'ils pouvaient comme effort, comme recours, mais il n'y a jamais eu de réponse. Aujourd'hui, qu'on m'entende sur ma plainte donne beaucoup d'espoir. Je souhaite qu'on aille jusqu'au bout, qu'il y ait cette vérité que nous attendons, que tout le monde attend." Q : Vous avez décliné l'offre des partis sankaristes d'être leur porte-étendard pour les élections présidentielle et législatives d'octobre. Ne vous sentez-vous pas malgré cela une destinée politique au Burkina ? R : "Non. Je n'ai pas du tout l'intention d'être présidente. Au Burkina, il y a beaucoup de femmes et d'hommes capables de mener l'idéal et de porter un projet politique (sankariste). Ils l'ont montré en faisant cette convention et en choisissant un président (Me Bénéwendé Sankara - aucun lien de parenté - désigné par les sankaristes pour la présidentielle d'octobre, NDLR). Et puis, il y a cette jeunesse qui vient, elle qui n'a même pas connu Sankara mais qui se réclame de son idéal. Même dans cinq ans, il y aura toujours des personnes capables. Moi je suis la maman, je serai là, je serai toujours un soutien, je serai une personne morale. Mais je ne pense pas que c'est à moi de conduire cet idéal ou de porter ce projet de société." Interview réalisée par Romaric Ollo HIEN

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