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Istanbul (AFP). La Turquie bloque à nouveau les réseaux sociaux après la mort d'un procureur

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Istanbul (AFP). La Turquie bloque à nouveau les réseaux sociaux après la mort d'un procureur
Heurts entre policiers anti-émeutes et manifestants contre le gouvernement turc à Ankara, le 6 avril 2015 - AFP
Les autorités turques ont ordonné lundi le blocage des réseaux sociaux pour empêcher la diffusion de photos d'un procureur tué lors d'une prise d'otage, un an après une autre interdiction qui avait nourri les accusations de dérive autoritaire du gouvernement. A deux mois des élections législatives, l'accès à Twitter et YouTube était très largement interdit lundi après-midi dans tout le pays par "mesure administrative", selon un message de l'Autorité administrative des télécommunications (TIB) posté sur plusieurs sites internet consultés par l'AFP. Cette décision a été prise à la suite d'une décision du procureur d'Istanbul requérant le blocage de 166 sites internet qui avaient diffusé la photo du magistrat. Dans sa requête, le ministère public a estimé que cette image, ainsi que d'autres photos et vidéos, relevaient de la "propagande terroriste" et de "l'incitation à la haine" et qu'elles constituaient un "trouble à l'ordre public". Le fonctionnement normal de Facebook a été rapidement rétabli après la décision du réseau de supprimer les images litigieuses, a précisé le quotidien Hürriyet. Le 31 mars dernier, le procureur Mehmet Selim Kiraz a été retenu en otage le 31 mars pendant plus de six heures par deux militants armés d'un groupe radical d'extrême gauche turc, qui a publié sa photo sur les réseaux avec un pistolet sur la tempe. Le magistrat et ses deux ravisseurs ont été tués après une intervention de la police. Selon les résultats de l'autopsie rendus publics par le bureau du procureur d'Istanbul, M. Kiraz a été tué par des balles tirées par les militants du Parti/front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), un groupe qui a revendiqué depuis les années 1980 de nombreux attentats en Turquie. Dès le lendemain, la justice stambouliote avait ouvert une enquête contre quatre journaux turcs accusés d'avoir reproduit la photo du magistrat. Le Premier ministre islamo-conservateur Ahmet Davutoglu avait alors vertement critiqué ces titres. "La liberté de la presse est aussi importante que le deuil et le respect", avait-il tonné après les obsèques du magistrat. - 'Une réponse disproportionnée' - Ce nouveau blocage a valu une nouvelle volée de bois vert au gouvernement turc. "Encore une réponse disproportionnée qui restreint la liberté de la presse et la liberté d'expression", a déploré la députée européenne néerlandaise Marietje Schaake. Grand adepte des réseaux sociaux, l'ancien chef de l'Etat Abdullah Gül, bien que membre du parti au pouvoir, a tweeté: "j'espère que ça ne va pas durer trop longtemps". A l'inverse, le porte-parole du président Recep Tayyip Erdogan a justifié l'interdiction. La publication de ses photos est "inacceptable", a jugé devant la presse Ibrahim Kalin, "il n'existe pas de telle liberté nulle pas ailleurs au monde". Depuis un an, le gouvernement turc a multiplié les mesures controversées pour tenter de museler internet et les réseaux sociaux. En mars 2014, à la veille des élections municipales, M. Erdogan avait ordonné le blocage momentané de Twitter et Facebook, accusés de relayer des allégations de corruption qui le visaient, ainsi que des membres de sa famille et certains ministres. Il avait également fait voter une nouvelle loi renforçant le contrôle administratif sur le web. Au nom du respect de la liberté d'expression, la Cour constitutionnelle avait alors levé ces mesures et invalidé plusieurs dispositions de cet texte, dénoncé comme "liberticide" par l'opposition et les ONG de défense des libertés. Mais le mois dernier, le Parlement turc a profité d'une loi fourre-tout pour faire revoter une des dispositions les plus polémiques de ce projet, celle qui autorise le gouvernement à bloquer un site internet sans l'aval de la justice. Grand pourfendeur des réseaux sociaux, M. Erdogan, que ses détracteurs accusent de dérive totalitaire et islamiste, avait comparé en 2014 Twitter à "un couteau dans les mains d'un meurtrier".
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