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Saint Laurent : les coutures craquent

Le réalisateur Jacques Bonello et l'acteur Gaspard Ulliel sont venus débattre de leur dernier film dédié au couturier devant 400 personnes ce mercredi 17 septembre à l'Omnia : un public visiblement séduit.

Saint Laurent : les coutures craquent
Après la sortie d'Yves Saint Laurent par Jalil Lespert cette année, Jacques Bonello répond à une commande de producteur avec une version inédite de la vie du grand couturier, se focalisant sur une décénnie particulièrement emblématique pour le créateur. Il prend le parti d'achever le film en apothéose avec le défilé de 1976 ayant pour thème les ballets russes : un projet de grande ampleur et un pari risqué puisqu'il s'agissait essentiellement d'évoquer les affres du couturier, l'angoisse de la page blanche, et ses dérives sans le soutien de Pierre Bergé, le compagnon et collaborateur d'Yves Saint-Laurent.
 
Un Gaspard Ulliel au ton juste
 
Le couturier est interprété par Gaspard Ulliel, qui trouve le ton juste pour faire état des tourments d'un esprit complexe, d'un personnage fragile sans cesse sur le fil et qui s'obstine a vivre dans une bulle hors du temps, dans un monde décadent où le champagne coule à flot et où les moeurs sont légères. "Le biopic est un genre difficile à aborder mais ce sujet m'offrait un personnage d'une richesse exceptionnelle tellement excessif qu'il aurait été difficile de l'inventer", explique le réalisateur.
 
C'est dans ce monde de la démesure qu'Yves Saint Laurent trouve l'inspiration qui fera de lui le génie que l'on connait, changeant à jamais l'image de la femme. Esthète salué par Warhol, inspiré par Mondrian et Matisse, on le voit ainsi évoluer de la sobriété minimaliste des débuts vers l'univers chamarré de l'apogée. Gaspard Ulliel brode de fil en aiguille un personnage à la poursuite de ses rêves, fasciné par la peinture, qui crée finalement des collections de prêt à porter profondément picturales : "je souhaitais autant retrouver Gaspard qu'Yves Saint Laurent dans le personnage", nous confie Bernard. Gaspard adopte la diction si caractéristique du personnage, des mots posés d'une colère contenue: "j'ai écouté beaucoup d'enregistrements de sa voix, je voulais m'en imprégner afin que la voix résonne de manière organique", explique t-il.
 
"Je voulais briser toutes les barrières"
 
Les choix de cadrages inventifs tels que les split screen, les jeux de miroirs et les points de vues diffractés concourrent à transmettre le chaos sur lequel Yves Saint Laurent bâtit son oeuvre. La dimension du film est tellement picturale que l'on croit parfois y voir un motif décoratif envahissant façon Klimt. La trame qui respecte au début la chronologie, tend à devenir chaotique voire décousue plus la fin du film approche, avec des sauts dans le temps destabilisants et quelques longueurs malgré l'interprétation pertinente d'Helmut Berger dans le rôle d'YSL en 1989, lorque le créateur n'est plus que l'ombre de lui-même. Bertrand Bonello justifie ce choix : " plus on s'approche de l'année 76, point culminant dans la carrière de l'artiste, plus son mental et son affect s'effondrent. Je voulais briser toutes les barrières y compris temporelles pour traduire l'état de confusion dans lequel Yves Saint Laurent se trouve alors".
 
"Ce défilé de 1976 devait être présenté de manière peu conventionnelle". Le réalisateur sort des codes de représentation traditionnelle, focalisant sur les ambiances en coulisses ou zoomant sur les matières pour mieux en révéler les potentialités. "Les costumières ont fait un énorme travail puisqu'elles ont dû reconstituer un grand nombre de pièces de collection. Nous ne pouvions pas utiliser les vraies robes qui sont aujourd'hui des pièces de musée. Mais nous avons puisé dans les archives pour être le plus proche possible de la réalité. On voit apparaître de nombreux dessins d'Yves Saint Laurent dans l'atelier par exemple, et Gaspard Ulliel qui a un bon coup de crayon dessinait lui-même devant la caméra, nous n'avons pas utilisé de doublure. Ce qui m'importait était de retranscrire ces atmosphères d'atelier, de montrer les petites mains en tension permanente soumises au desiderata du maître. Quand au défilé lui-même, il est montré à la façon d'une peinture. Yves Saint Laurent disait d'ailleurs que ce fut son seul défilé de peintre".
 
Sortie le 24 septembre.
 
Elodie Laval
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