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[Enquête] Rouen. Insécurité nocturne : population et forces de l'ordre à bout

Police. L'insécurité nocturne dans les rues rouennaises se ressent chez la population mais aussi chez les forces de l'ordre. La police nationale ne peut plus assurer les patrouilles de nuit, faute d'effectifs.

[Enquête] Rouen. Insécurité nocturne : population et forces de l'ordre à bout
"Les femmes ont raison de se sentir en insécurité dans les rues la nuit", confie un policier rouennais

"Si vous nous voyez passer dans les rues, c'est uniquement pour aller d'une intervention à une autre", raconte un policier de la brigade de nuit à Rouen. Cet agent travaille de 22 heures à 6 heures du matin depuis quelques années, il a 20 ans de service derrière lui. Il souffre encore d'une "BS", une blessure en service, arrivée il y a peu lors d'une intervention difficile dans le centre-ville de Rouen. "On était quatre face à une dizaine d'individus", raconte le policier. Il a été roué de coups. "Ça n'a pas duré longtemps, mais ça a suffi pour avoir une blessure relativement importante." Le policier a dû être arrêté plusieurs mois. "Ce soir-là, j'ai eu la chance que les renforts arrivent rapidement, c'est grâce à ça que ça n'a pas été plus grave." Depuis 2018, la Direction départementale de sécurité publique (DDSP) aurait perdu "près de 300 effectifs qui n'ont pas été remplacés", explique Karim Bennacer, secrétaire départemental du syndicat Alliance police nationale. "Aujourd'hui, si on a un véhicule rive droite et un rive gauche la nuit, on est bien", assure le syndicaliste.

Les brigades de police secours, celles qui répondent aux appels d'urgence du 17, sont à l'agonie. "Des collègues de nuit se sentent eux-mêmes en insécurité", confie un fonctionnaire. Sur un bassin d'un demi-million d'habitants, en comptant les renforts d'autres services comme la brigade anticriminalité ou encore la brigade canine, le nombre de policiers déployés la nuit n'atteint pas, et de très loin, la centaine. Et dans le même temps, la délinquance augmente. En Seine-Maritime, le nombre de cas de coups et blessures volontaires et de violences intrafamiliales a largement augmenté entre 2020 et 2021, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur : + 22 % pour les dernières soit 8 points de plus qu'au niveau national, déjà élevé. Et quand les forces de l'ordre sont appelées pour des violences intrafamiliales, elles ne peuvent plus patrouiller dans les rues de Rouen. "On ne fait plus du tout de sécurisation ou de prévention. Pas le temps", déplore l'agent de nuit.

L'attente après la promesse

La circonscription de sécurité publique de Rouen-Elbeuf a une particularité, sa taille. "C'est quasi-impossible à couvrir. On peut partir de Malaunay jusqu'à Grand-Couronne pour intervenir", renchérit le policier de nuit. Son collègue opérateur qui prend les appels du 17 est obligé de faire un tri. Toutes les demandes ne sont pas traitées et une "certaine lassitude" s'installe dans les brigades.

Gérald Darmanin avait fait la promesse de soixante agents supplémentaires lors de sa visite à Rouen en octobre 2021. Depuis, "on est loin du compte, ils sont quatre" à avoir rejoint les services de police, commente Karim Bennacer. Sept autres agents arriveront au cours de l'été à la DDSP. Même avec cette promesse tenue, ce serait "un bon signal, mais ça ne suffirait pas", reconnaît le syndicaliste. Passé au Havre au mois de février, le ministre de l'Intérieur a signé un contrat de sécurité avec le maire et ancien chef du gouvernement. Quarante-six policiers nationaux sont venus renforcer les effectifs de la Ville d'Édouard Philippe.

En chiffres

Rouen. En chiffres
Le nombre de coups et blessures a augmenté de 17 % entre 2020 et 2021 en Seine-Maritime.

Découvrez les chiffres clés de l'enquête de Tendance Ouest sur l'insécurité nocturne dans la métropole de Rouen.

60 policiers

Promis par l'ancien ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin en octobre dernier, soixante agents de la police nationale doivent gonfler les brigades de la circonscription de sécurité publique de Rouen-Elbeuf. Depuis cette annonce, quatre policiers sortis de l'école sont arrivés à la DDSP et sept policiers supplémentaires devraient arriver au cours de l'été.

22 %

Le nombre d'intervention de la police pour des cas de violences intrafamiliales a augmenté de 22 % en Seine-Maritime entre 2020 et 2021 selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.

De 20 heures à 3 heures

Une brigade de la police municipale composée d'une dizaine d'agents viendra en renfort la nuit pour effectuer des missions de tranquillité publique de 20 heures à 3 heures du matin (lire par ailleurs).

7 étudiants sur 10

Sept étudiants rouennais sur 10 disent avoir été victimes de violences. Plus d'un millier a répondu à un questionnaire sur la sécurité nocturne commandé par la Ville de Rouen en partenariat avec la FEDER, un syndicat étudiant. Très peu d'étudiants déclarent avoir signalé cette violence à la police.

17

Le numéro d'appel d'urgence de police secours. Un opérateur du commissariat prend les appels et détermine les missions prioritaires.

Des patrouilles de police municipale la nuit

Rouen. Des patrouilles de police municipale la nuit
"Si une rue est mal éclairée, je ne passe pas. Je préfère faire un détour ou alors je marche très vite", raconte une étudiante.

Une brigade de nuit de la police municipale voit le jour dans les rues de Rouen. Les agents de la Ville effectueront des patrouilles en renfort des services de la police nationale.

"À partir de 22 heures, je commence à regarder derrière moi. On se sent vulnérable le soir", raconte Léa Martins. À 20 ans, cette étudiante et ses amies ne sentent pas en sécurité dans les rues de Rouen la nuit. "On marche vite, au moindre bruit, on psychote beaucoup", renchérit Mélina Sabalic. "J'aimerais voir un peu de policiers." Mais les forces de l'ordre ne peuvent plus assurer des missions de patrouille de nuit dans les rues de Rouen tant ils sont peu nombreux sur le terrain. Quelques dizaines couvrent une circonscription de sécurité publique entre la métropole de Rouen et la ville d'Elbeuf (lire par ailleurs). "Il y a plus de quarante communes à couvrir. On ne peut pas être complètement efficaces, même si les policiers font leur maximum", explique Karim Bennacer, le secrétaire départemental du syndicat Alliance police nationale. Quand les habitants sortent le week-end, "ce sont des jours où on est les moins nombreux", confie un agent de nuit de police secours, celle qui répond aux appels du 17. "On n'est plus au stade du sentiment d'insécurité, on est en insécurité", insiste le syndicaliste. "Il y a urgence à remettre des effectifs sur le terrain."

"Recréer du lien et une présence sur le terrain"

Alors, chacun a sa technique pour se sentir mieux. Léa Martins a une bombe lacrymogène dans son sac. "Dès qu'un mec s'approche, je ne le regarde pas, je trace", raconte Romane Perrot, son amie. Ronan Petit, un étudiant en géographie est devenu le Sam piéton de ses amies : "C'est normal de les raccompagner. Moi, je n'ai pas peur le soir, mais elles, oui." Pour pallier ce manque de force de l'ordre, la Ville de Rouen a annoncé mercredi 25 mai la création d'une brigade de nuit de la police municipale, "pour recréer du lien et une présence sur le terrain", explique la municipalité. Composée de onze agents, elle sera mise en place d'ici la fin de l'année, le temps de former les policiers. Deux à trois équipages seront sur le terrain chaque soir, de 20 heures à 3 heures du matin. "Ce sont des forces complémentaires, c'est utile, mais ça ne permettra pas de désengorger les services de nuit de la police nationale", rappelle Karim Bennacer. "Ils n'ont pas la qualité d'effectuer les contrôles d'identité, d'établir les procès-verbaux. Ils vont constater l'infraction, mais c'est la police nationale qui va devoir traiter le dossier." En complément de cette brigade de nuit, la municipalité veut augmenter le nombre de caméras de vidéosurveillance dans les rues. Une soixantaine est déjà installée et il n'y en aura près de quatre-vingt-dix en tout fin 2022. La Feder, la Fédération des étudiants rouennais travaille sur la sécurité nocturne avec la municipalité. Le syndicat a lancé un questionnaire "pour pouvoir mettre des chiffres sur les inquiétudes qu'on avait déjà et proposer un meilleur accompagnement", explique Ibtissam Madi, vice-présidente de la Feder en charge des affaires sociales. Au total, 1 185 étudiants ont répondu. Plus de 7 sur 10 révèlent avoir été victimes de violences, le harcèlement de rue arrivant en tête pour les jeunes femmes. Peu d'étudiants disent avoir signalé ces faits à la police.

L'application Umay pour se déplacer en sécurité

Rouen. L'application Umay pour se déplacer en sécurité
L'application Umay permet aux utilisateurs de signaler en temps réel un problème dans la rue et référence les "safeplaces" autour de soi.

Une nouvelle application sur smartphone fait son apparition à Rouen, pour compléter le dispositif Angela. Umay permet aux utilisateurs de signaler un problème dans les rues et trouver refuge en cas de danger dans les "safeplaces".

En attendant de voir plus de patrouilles de policiers dans les rues le soir, les habitants peuvent toujours compter sur Angela. Le dispositif contre le harcèlement de rue lancée à Rouen en 2018 permet à des victimes de se réfugier dans des bars partenaires de l'opération.

Un premier pas dans la prise en charge

"Angela s'est un peu essoufflé après la pandémie", assure Ibtissam Madi, vice-présidente en charge des affaires sociales à la Feder. "Ces mêmes établissements étaient en demande d'un autre outil pour mieux sécuriser les victimes."

Présenté mercredi 25 mai au bureau des étudiants, l'application mobile gratuite Umay vient en complément d'Angela à Rouen. Umay permet à son utilisateur de signaler un problème dès l'extérieur grâce à une carte interactive et communautaire. Il peut indiquer des personnes de confiance à alerter qui peuvent suivre en temps réel sa localisation et son trajet.

La personne se sentant en danger peut envoyer un message d'urgence et trouver refuge dans les "safeplaces", des lieux sûrs. Une vingtaine de bars, pharmacies ou encore restaurants sont pour l'instant référencés, avec les commissariats du centre-ville. L'outil servira aussi aux services de police pour adapter leurs missions de sécurité publique. Umay est disponible dans plusieurs villes depuis la signature d'une convention en février 2022 avec le ministère de l'Intérieur.

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