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Paris (AFP). Illettrisme: en partant de A je me suis dit que Z était loin

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Paris (AFP). Illettrisme: en partant de A je me suis dit que Z était loin
Gérard Louviot pose avec son livre Orphelin des mots à Plougonven, en Bretagne, le 6 novembre 2014 - AFP
"Quand j'ai commencé à la lettre A, je me suis dit +la lettre Z est vachement loin, est-ce que j'y arriverai?+": Gérard Louviot revient de loin. Illettré, comme certains ex-salariés des abattoirs Gad ainsi qualifiés par Emmanuel Macron, ce Breton de 46 ans a appris à lire et écrire il y a seulement dix ans. "Orphelin des mots", -le titre du livre qu'il vient de publier avec l'aide d'une journaliste- chez XO, M. Louviot lui aussi ouvrier, n'a guère connu qu'une suite d'humiliations et d'échecs, partagés par les 2,5 millions de personnes illettrées recensées en 2013 par l'Insee en métropole. Comment un chiffre aussi élevé, 7% des 18-65 ans, est-il possible dans une France championne du prix Nobel de littérature avec quinze lauréats, et qui se flatte de son taux record de 87,9% d'admis au baccalauréat en juin dernier? Gérard Louviot, marié et père de cinq enfants, ne se pose pas la question. Il n'a connu que la honte: "je le cachais tout le temps". "J'étais incapable de faire un chèque, de m'orienter, de comprendre une consigne () j'étais paralysé, tétanisé par la peur", dit-il à l'AFP dans le salon de sa maison de Plougonven, près de Morlaix. Chez lui, les tableaux de conjugaison sont affichés en grosses lettres noires sur la porte de ses "toilettes-bureau" pour ne perdre aucune précieuse minute de révision. Mais pour se lancer à son âge, il faut "de la force, un moral d'acier, du courage". Au départ, il devait sortir de sa voiture pour déchiffrer les panneaux de signalisation sur la route. - 'J'ai tellement été traité d'idiot!' - "J'ai tellement été traité d'idiot dans mon passé que j'avais envie de montrer qu'un illettré aussi est capable de s'en sortir", dit M. Louviot, qui écrit aujourd'hui des poèmes pour sa famille. A l'autre bout de la France, Amandine, 21 ans, qui vit près d'Arras dans la région la plus touchée par l'illettrisme avec un taux de 11,5%, raconte à l'AFP les mêmes souffrances: "j'étais harcelée à l'école, ils m'insultaient, je pleurais seule dans mon coin". La jeune fille, blonde et fluette, qui suit des cours pudiquement baptisés "savoirs fondamentaux" via l'association AFP2i à Arras, a quitté l'école en 2012 avec un diplôme de CAP d'Agent polyvalent de restauration en poche. Elle s'est résolue à se remettre à niveau, dans l'espoir de trouver un emploi, après avoir multiplié les petits boulots dans la restauration. Comme elle, ceux qu'on nomme illettrés sont allés à l'école. Peu à peu, au fil de déménagements, ruptures familiales, maladies ou en raison de problèmes (ouïe, vision, dyslexie) non détectés, ils ont décroché, puis "oublié" le peu qu'ils savaient. Et se sont débrouillés avec la vie à coup de stratégies de contournement, ou en s'appuyant sur des proches, comme le montre bien un court métrage diffusé sur internet par le syndicat de la presse sociale, avec l'actrice Emmanuelle Seignier. "Ils font appel à leur mémoire visuelle et auditive", prétendent qu'ils ont "oublié leurs lunettes", mémorisent les "logos, les couleurs" pour se repérer dans l'espace et le temps et compenser leurs lacunes, explique Claudie Delzenne, formatrice responsable du pôle illettrisme de AFP2i, qui anime un atelier pour préparer l'examen du code de la route. "Certains ne comprennent pas le mot laissé par les enseignants dans le cartable de leurs enfants. D'autres ont passé le code cinq-sept fois sans l'obtenir", ajoute-t-elle. Ces échecs répétés agissent parfois comme des prises de conscience de leur "problème" qui va au delà du simple "déchiffrage". "Je lis la phrase, mais je ne la comprends pas", résume Laetitia, 18 ans, qui peine pendant l'atelier code de la route, sur un exercice consistant à expliquer oralement un article qu'elle a lu pourtant facilement sur un accident de la route. Au lycée, la jeune-fille est allée jusqu'en première. Son rêve: devenir aide-soignante. Pour l'AFP2i qui accueille 150 personnes par an à Arras dans ses cours de savoirs fondamentaux -lecture, écriture, calcul- l'enjeu est de les faire parvenir à l'autonomie, soit un niveau de fin de CM2. - La moitié des illettrés travaillent -
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