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[Enquête] Caen. Églises : très cher patrimoine

Patrimoine. Des travaux débutent dans l'église Saint-Etienne de Caen pour cinq mois. Comment est protégé le patrimoine caennais au quotidien ? Enquête.

[Enquête] Caen. Églises : très cher patrimoine
La Ville de Caen met les moyens pour préserver son patrimoine culturel et religieux. L'église Saint-Etienne subit des travaux dès le mois de septembre.

Comme son voisin rouennais, la Ville de Caen se targue d'être "aux cent clochers". En réalité, on est bien loin du compte. Si l'on s'en tient au recensement de la municipalité, 18 églises et chapelles sont classées ou inscrites au titre des monuments historiques. Bien qu'il n'en existe pas cent, la Ville tient à préserver ce patrimoine historique qui n'a pas été démoli par la guerre de 1944. Avant la fin du mois de septembre, des travaux d'urgence vont débuter dans l'église Saint-Etienne de l'Abbaye aux Hommes, derrière l'hôtel de ville. "Il faut s'en occuper de cette vieille dame", sourit Fabrice Fleury, directeur des bâtiments pour la Ville de Caen, plan des travaux à la main. Une douzaine de techniciens assurent le contrôle de l'état sanitaire du patrimoine caennais au quotidien. Pendant l'été, à l'issue d'un diagnostic, il a été repéré un affaissement au niveau de la charpente. "Il y a des pièces de bois usées. Certaines d'entre elles reposent sur les voûtes, mais elles ne sont pas faites pour supporter ce poids, alerte Emmanuelle Dormoy, maire adjointe en charge du patrimoine à la Ville de Caen. C'est dangereux car il y a un risque de chutes de pierres."

Ce bâtiment, joyau gothique de l'art normand, date de 1063. Afin de conserver ce patrimoine, une opération spécifique va avoir lieu pendant cinq mois. Une décision prise par la Ville en étroite collaboration avec l'État, sous l'égide de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). "Dans un premier temps, on ne remplace pas le bois. On le solidifie. On verra plus tard s'il faut aller plus loin et lancer une opération de restauration", détaille Fabrice Fleury.

Ouverte mais limitée au public

C'est la deuxième fois qu'elle subit d'importants travaux. En 2017, la Ville avait déjà investi 150 000 €. La charpente avait été restaurée sur la partie basse de la toiture, au niveau du chevet de l'église. Trois ans plus tard, une enveloppe exceptionnelle de 80 000 € avait été fléchée pour des réparations à la suite de la tempête Ciara. "Les travaux de la charpente vont essentiellement consister à travailler sur le chœur et l'abside et sur le transept nord", ajoute-t-il. Ces deux parties, situées au bout de la partie centrale de l'église, seront fermées au public pendant l'installation du chantier, au mois d'octobre. Des entreprises spécialisées en architecture du patrimoine sont mandatées par la Ville de Caen.

La seconde étape, courant les mois de décembre et janvier, concerne la nef. Pendant ces travaux, la totalité du rez-de-chaussée sera accessible au public. "Les ouvriers peuvent travailler en haut sans danger. Ils sont protégés par les voûtes." Cette partie-là sera à nouveau fermée aux visiteurs lors du démontage de l'échafaudage, au mois de février. "Il faut toujours faire ces travaux dans le respect du patrimoine. Si on ne s'en occupait pas, il finirait par se dégrader", poursuit Fabrice Fleury. Ces travaux n'auront pas d'impact, ni sur les touristes, ni sur les cérémonies religieuses. Il est prévu dans le calendrier que les ouvriers ne travaillent pas lors des messes.

Les édifices religieux en quelques chiffres

Caen. Les édifices religieux en quelques chiffres
L'église Saint-Etienne est classée au titre des monuments historiques.

La Ville de Caen est propriétaire de trente édifices classés ou inscrits au titre des monuments historiques. Découvrez quelques chiffres.

30

C'est le nombre de bâtiments classés ou inscrits au titre des monuments historiques appartenant à la Ville de Caen. Parmi les églises classées, il y a par exemple l'Abbaye aux Dames et l'Abbaye aux Hommes, l'église Saint-Pierre, l'église Saint-Jean, l'église Saint-Julien ou encore l'église Notre-Dame de la Gloriette.

Deux

Comme le nombre d'églises menacées de fermer à Caen. La première est l'église Saint-Ouen, pour des soucis structurels et d'humidité. La seconde concerne l'église Saint-Sauveur-le-Vieux, rue Froide, pour des faiblesses au niveau des clochers. Aucune décision n'est prise pour le moment.

Cinq

De 2016 à 2019, l'église Saint-Pierre a subi de grands travaux de rénovation au niveau de la façade, de la charpente et des cloches. Coût total de l'opération : cinq millions d'euros.

300 000

Le coût des travaux d'urgence qui vont être réalisés à partir d'octobre 2022 sur l'église Saint-Etienne à l'Abbaye aux Hommes représente une enveloppe de 300 000 €, à charge de la Ville de Caen et de l'État par le biais de la Direction régionale des affaires culturelles de Normandie (DRAC).

400 000

C'est l'enveloppe moyenne allouée par la Ville de Caen pour des travaux de rénovation annuels des bâtiments historiques.

"Certaines églises sont sous surveillance"

Caen. "Certaines églises sont sous surveillance"
L'église Saint-Etienne va subir cinq mois de travaux. Elle ne sera fermée qu'en partie au public.

En lien avec les services de l'État, la Ville de Caen a lancé, il y a deux ans, un diagnostic important sur ses édifices religieux. Certaines églises sont sous surveillance.

Après le Débarquement sur les plages du Calvados le 6 juin 1944 et la bataille de Caen, environ un tiers des bâtiments de la ville ont été détruits par les bombardements. Malgré la perte de certains monuments historiques, la ville de Caen compte encore de nombreux bâtiments protégés. Certains datent du précédent millénaire, d'autres du siècle dernier. Ce patrimoine historique est devenu un pouvoir d'attractivité fort. Au-delà de choix politiques, préserver et protéger ces joyaux devient une priorité. Pour ses églises, la Ville a fait le choix d'entrer dans une démarche préventive depuis deux ans, sous l'impulsion d'Emmanuelle Dormoy, première adjointe en charge de la culture et du patrimoine. "Il faut faire une photographie de l'état sanitaire de tous les édifices religieux. Ces diagnostics très poussés sont réalisés par des professionnels." Auparavant, ce diagnostic sanitaire était réalisé de manière ponctuelle, sur certains monuments classés. Désormais, elle souhaite mettre en place un plan de restauration et conservation patrimonial. Lorsqu'elle est propriétaire du bâti, seule la Ville est à l'initiative des études et travaux à mener sur les bâtiments. "Les services de la DRAC apportent conseils et expertises pour aider la collectivité à hiérarchiser les travaux selon les urgences sanitaires", précise la Direction régionale des affaires culturelles de Normandie (DRAC).

"S'occuper d'un patrimoine,
c'est comme aller chez le médecin"

Chaque étude est réalisée par un architecte du patrimoine. La phase de travaux doit être précédée d'une déclaration administrative à l'urbanisme et d'une déclaration auprès de la DRAC. "S'occuper d'un patrimoine, c'est comme aller chez le médecin. Parfois, il y a des grosses opérations puis des plus petites", image Fabrice Fleury, directeur des bâtiments pour la Ville de Caen. Par exemple, en 2012, il avait été décidé de manière urgente de fermer l'église Saint-Jean pour des fissures inquiétantes. Des travaux de consolidation et d'étaiement de la voûte de l'entrée principale avaient été réalisés. Il en va de même pour l'église Saint-Pierre. Entre 2016 et 2019, la Ville avait investi cinq millions d'euros pour des travaux de rénovation. Dans le cadre de chaque projet, "la DRAC émet les prescriptions, conditions et réserves" du chantier. Si la Ville assure qu'il n'y a aucune église en péril à ce jour, "certaines sont sous surveillance plus que d'autres". C'est le cas de l'église Saint-Jean, mais aussi de l'église Saint-Ouen. Pour cette dernière, "l'un des renforts de l'époque n'est pas fondé sur un sol stable", détaille Fabrice Fleury. Afin de scruter l'état sanitaire du bâti au quotidien, la Ville a mis en place "des instruments de mesure capables de mesurer les mouvements des structures au demi-millimètre près. Quand il y a des mouvements anormaux, on sait qu'il y a un problème".
Le bilan du diagnostic lancé il y a deux ans devrait être transmis à la Ville à la fin du mois de septembre. En attendant, les édifices religieux caennais seront encore sous le feu des projecteurs ce week-end, à l'occasion des Journées européennes du patrimoine. 

Qui finance l'entretien et la restauration du patrimoine ?

Caen. Qui finance l'entretien et la restauration du patrimoine ?
Lors de travaux exceptionnels, la Ville de Caen débloque des budgets pluriannuels qui peuvent atteindre jusqu'à cinq millions d'euros.

Le patrimoine est une source de revenus touristique, mais il coûte aussi beaucoup d'argent. À Caen, la Ville investit beaucoup d'argent pour préserver ses églises, bien aidée par l'État.

Hôtel de ville, Château de Caen, Abbaye aux Dames… Le patrimoine caennais n'a jamais autant plu aux touristes. La visite guidée estivale du centre historique en témoigne, avec 25 % de visiteurs de plus qu'à l'été 2021. Le paradoxe est bien là : le patrimoine rapporte, mais il coûte aussi.

Un enjeu économique fort

Pour l'entretenir et le mettre à disposition du public, la Ville de Caen prévoit un budget annuel d'environ 400 000 €. Dès lors que cela dépasse la maintenance et la réparation quotidienne, des diagnostics sont déclenchés, en lien avec les architectes en charge des monuments historiques et la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Cette dernière finance ces diagnostics à hauteur de 60 % pour des monuments classés et 40 % pour des bâtiments inscrits au titre des monuments historiques. Pour les opérations spécifiques comme pour l'église Saint-Etienne, la Ville déclenche des budgets propres. Lors de lourds travaux, la DRAC prend en charge soit 40 %, soit 20 % en fonction de la nature du bâtiment. "Il faut optimiser notre capacité d'investissement en fonction de l'urgence des travaux et de l'attractivité d'un lieu. Le classement joue dans nos choix budgétaires", admet Emmanuelle Dormoy, maire adjointe à la Ville de Caen en charge du patrimoine. Les élus ne sont pas fous. Au-delà de l'aspect financier, devenu parfois le nerf de la guerre, le prestige y joue beaucoup.

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