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Rouen. L'histoire d'une vie brisée, "l'enfant caché" s'en est allé

Faits Divers. À Sotteville-lès-Rouen, il fut "l'enfant caché" de la rafle des juifs en 1943. L'histoire d'une vie brisée : José vient de disparaître.

Rouen. L'histoire d'une vie brisée, "l'enfant caché" s'en est allé
Nathalie Salmon, romancière rouennaise, aux côtés de José Mizrahi, tous deux "lointains cousins". José Mizrahi vient de s'éteindre, à l'âge de 87 ans, au moment même où à l'emplacement de l'ancienne maison familiale, deux "pavés de la mémoire" ont été posés en souvenir de ses parents déportés. - Philippe Bertin

C'est un petit bonhomme, toujours discret, pas facile à approcher, pas très causant non plus, un taiseux, avec "un caractère pas toujours commode", dit avec beaucoup d'affection Nathalie, qui le voyait de temps à autre et avec qui elle bavardait en se rendant certains jours au cimetière. Lui allait sur la tombe de son oncle, elle se recueillait sur celle de ses grands-parents. Nathalie Salmon, romancière rouennaise, et José Mizrahi, ancien chaudronnier, sont des "lointains cousins". Ils se sont rencontrés lorsqu'à l'occasion d'une présentation de l'un de ses livres, Nathalie a vu débarquer dans la librairie où elle dédicaçait son ouvrage ce petit bonhomme à l'allure toute simple qui s'est présenté à elle.

Les victimes du nazisme honorées
par des pavés de la mémoire

De cette rencontre, est née une histoire peu commune, faite de souvenirs et d'une douloureuse mémoire dont José était l'incarnation. "Ce qu'il a bien voulu me raconter de sa vie m'a beaucoup touchée. Il m'a émue", dit aujourd'hui Nathalie. José s'en est allé en mars dernier, inhumé au moment même où l'on posait devant l'emplacement de la maison où il vécut à Sotteville-lès-Rouen deux pavés gravés aux noms de ses deux parents, Raphaël et Kalo, tous deux déportés à Auschwitz. Ces pavés de la mémoire, ou Stolpersteines, honorent le souvenir des victimes du nazisme. Plusieurs ont été ainsi posés dans l'agglomération rouennaise à l'initiative de l'association que préside Corinne Bouillot. Il en a été aussi posé de la même façon au Havre et à Fécamp.

José n'a malheureusement pas eu le temps de voir cette installation en mémoire de ses parents assassinés, il en aurait été très ému. Ces pavés, c'est toute l'histoire de sa vie marquée par l'absence et l'infini chagrin d'avoir été "l'enfant caché" de la rafle de 43. Son père Raphaël, marchand de tissus, fut arrêté en août 1941 à Paris puis déporté à Auschwitz par le convoi N°32 du 14 septembre 1942. Sa mère, Kalo, fut arrêtée dans le logement familial, lors de la rafle des juifs à Rouen, la nuit du 15 au 16 janvier 1943.

"Faites-leur réciter leurs prières"

La maman de José eut juste le temps de le mettre à l'abri avec son frère Isaac chez leurs voisins, le couple Vain, propriétaire du logement qu'elle occupait alors avec ses deux enfants au 31 de la rue du Cours à Sotteville. Edouard et Joséphine Vain cachèrent les deux garçons dans leur lit !

La maman de José demanda à ses voisins de bien s'occuper de ses enfants et "de leur faire réciter leurs prières". Les Vain élevèrent les petits Mizrahi dans le respect de leur religion juive. Le couple reçut en février 2001 le titre de "Juste parmi les nations". Les deux frères habitèrent tous les deux très longtemps la maison des Vain, ils n'eurent jamais d'enfants. "José m'expliquait qu'il ne voulait pas prendre la responsabilité d'une famille dans ce monde-là. D'une certaine façon, il s'est recroquevillé sur son histoire familiale", confie Nathalie. Kalo Mizrahi, avant d'être embarquée, eut le temps de remettre à ses voisins l'album photos de famille. C'est José qui le conservait depuis.

Kalo fut déportée à Auschwitz par le convoi N°47 du 11 février 1943. José avait à peine huit ans. Son frère Isaac un an de plus. Il est décédé il y a une dizaine d'années. La famille originaire de l'ancien Empire ottoman s'était installée dans les années 30 à Rouen. Marchands forains, ils habitaient aux côtés d'autres familles juives, dans le même quartier, la rue du Cours à Sotteville. Beaucoup connurent le même triste sort que les Mizrahi. Les arrière-grands-parents de Nathalie habitaient aussi cette rue, restée célèbre aussi pour avoir abrité dans les années 20 l'un des membres de la fameuse bande à Bonnot !

José avait raconté à Nathalie qu'au petit matin du 16 janvier 43, il s'était inquiété de ne pas voir sa maman. "Elle a dû partir", lui avaient alors dit les voisins qui l'avaient recueilli pour échapper à la rafle.

José, le "taiseux", restera à jamais "l'enfant caché" de la rue du Cours.

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