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[Enquête] Caen. Marché de Noël : ça rapporte ?

Noël. Être à l'équilibre entre coûts et recettes est un enjeu de taille pour les commerçants lors du marché de Noël de Caen. Est-ce qu'il rapporte ? Enquête.

[Enquête] Caen. Marché de Noël : ça rapporte ?
Le marché de Noël de Caen a quitté la place Saint-Sauveur pour s'installer boulevard Maréchal-Leclerc, place de la République et place du théâtre.

Exit la place Saint-Sauveur, le marché de Noël de Caen revient à ses premières amours sur la place du théâtre et le boulevard Maréchal-Leclerc. À l'époque où Nicole Daragont participait à son premier marché pour vendre ses santons - il y a 20 ans -, il avait traditionnellement lieu à cet endroit, avant que la patinoire ou encore la piste de luge ne s'y invite certaines années. En 2021, le voilà disséminé place du théâtre, boulevard Maréchal-Leclerc et place de la République. S'il y a différents sons de cloche sur cette nouvelle répartition, il est certain que le marché de Noël fait l'unanimité : il fait partie des "rendez-vous incontournables du programme d'animation de fin d'année", comme l'indique la Ville, autant pour la municipalité, que pour Caen Événements, l'organisateur, que les commerçants et les riverains. Accessoires de mode, décoration, cadeaux, bijoux, jeux et jouets, restauration… Au total, 54 chalets sont clairsemés dans les différentes rues et places du centre-ville. Les places sont chères et les commerçants ne choisissent pas. "On prend ce que l'on peut nous donner", indique Emmanuelle Montaigne, artisane céramiste et vendeuse de bijoux.

"Noël est l'occasion de
bien travailler. Le marché est
une vitrine pour la boutique"

Elle a, comme les autres, fait la demande auprès des organisateurs dès le mois de juin, le 31 août étant la date butoir pour envoyer sa candidature. Pour exposer sa marchandise, elle a dû avancer environ 2 000 € pour la location du chalet pour cinq semaines, soit presque 60 € par jour. Le prix varie en fonction de la taille du chalet. Il faut compter 3 570 € HT pour les plus grands (6mx2m) et 1 580 € HT pour les plus petits (3mx1,50m). "On met aussi en location des chalets éphémères. Certains commerçants peuvent réserver à la semaine ou deux semaines ou pour la totalité du marché", indique Sylvie Fatou, chef de projet de la société Caen Événements. Deux commerçants ont opté pour cette formule cette année.

Dans ce cas, le prix varie en fonction de la période. Par exemple, entre le 20 décembre et le 31 décembre, le chalet coûte 712 € HT contre 536 € HT la semaine précédente. L'électricité est incluse dans la location et le commerçant doit aussi verser une caution de 500 €. Caen Événements se charge de la mise en place (deux jours d'installation). Géré sous la forme d'une Délégation de service public (DSP) entre la Ville et l'organisateur, le marché de Noël devrait permettre à Caen Événements, selon nos estimations, de tirer a minima un chiffre d'affaires de 147 000 € HT. Il s'agit là d'une source de revenus non négligeable pour l'équipe de Paul Séchaud qui organise, entre autres, la foire de Caen et la quasi-totalité des salons au parc des expositions de Caen.

Du côté des commerçants, qui doivent avancer des frais avant même d'être installés, "la période de Noël est l'occasion de bien travailler, indique Sylvie Orcier, gérante de la boutique de chapeaux Elle n'en Fée qu'à sa Tête et présidente de l'association de commerçants Les vitrines de Caen. Le marché est une vitrine pour la boutique."

Entre bénéfices économiques et visibilité

Caen. Entre bénéfices économiques et visibilité
Le marché de Noël de Caen se terminera le 31 décembre. Qu'est-ce que cela rapporte aux commerçants ? Enquête.

Le marché de Noël de Caen accueille 54 chalets cette année. Quels bénéfices pour les commerçants qui y participent ? Enquête.

Participer au marché de Noël est un calcul bien réfléchi. S'il peut représenter un très bon retour sur investissement, il est aussi un pari pour les commerçants. Chacun fait a sa manière. Certains commerçants, déjà présents avec une boutique à Caen, louent un chalet pour avoir un point de vente supplémentaire. "On va capter une nouvelle clientèle à chaque fois que l'on déplace notre boutique, explique Sylvie Orcier qui tient sa boutique de chapeaux rue Arcisse de Caumont. En général, on a quatre à cinq clients par jour qui viennent à la boutique après nous avoir découverts sur le marché de Noël." Pas question pour elle de fermer sa boutique. Alors, elle a embauché un salarié supplémentaire pour tenir le chalet et la vente sur le marché. "C'est un salaire de 2 500 € en plus !", dit-elle, bien consciente du prix à payer pour que ça fonctionne.

"Arriver à l'équilibre, c'est déjà gagné !"

Pour d'autres, la présence sur le marché est une grande première. William Bethus est torréfacteur ambulant chez Les Cerises du café. Il a abandonné ses traditionnels marchés au profit du marché de Noël. "Le coût est bien plus élevé, mais l'amplitude de travail est bien plus importante, avec une visibilité accentuée." Il vend des cafés et autres boissons chaudes à emporter, mais aussi des sachets en grain, place du théâtre. Il compte aussi sur le marché de Noël pour communiquer sur son espace de vente en ligne. Cette période de Noël, qualifiée de "moment à part" par tous les commerçants, laisse tout d'abord la possibilité de se faire connaître.

Si les clients ne sont pas toujours prêts à mettre la main au porte-monnaie sur le marché de Noël, les commerçants y gagnent néanmoins en visibilité. À William Bethus d'abonder : "Le bénéfice le plus important à mes yeux est d'accroître la notoriété de marque et de transmettre les valeurs de la société." Sylvie Orcier est du même avis. "Le marché de Noël représente mon budget communication à l'année." Mais tout cela ne va pas sans bénéfices. "Noël représente 25 % de mon chiffre d'affaires sur l'année. Le marché compte environ 10 % de ces 25 %. Ce n'est pas énorme, mais c'est un plus pour le reste de l'année", poursuit la commerçante. Il serait impossible pour elle de faire sans le marché de Noël. Non pas en termes de survie de l'entreprise, mais en termes de visibilité. Idem pour Nicole Daragont, qui vend traditionnellement des santons venus d'Aubagne depuis 2002. Elle participe à son dernier marché de Noël. "Au début, il a fallu créer la clientèle car la région Normandie n'est pas la terre des santons, explique la retraitée qui travaille un mois par an. Plus on est connu, plus c'est rentable. Entre les coûts et les bénéfices, je retombe toujours sur mes pieds. Je suis à l'équilibre, sinon je ne reviendrais pas."

De manière générale, participer au marché "n'est jamais perdu" pour les commerçants. "À partir du moment où les frais sont payés (marchandises, TVA, coûts salariaux, etc.), tout le reste c'est du bonus !", lâche Sylvie Orcier. William Bethus la rejoint. "Arriver à l'équilibre, c'est déjà gagné ! L'objectif minimum est de rembourser la location du chalet et, dans un deuxième temps, anticiper les futurs investissements." D'ici trois semaines, ce sera déjà l'heure de faire le bilan.

"Démultiplier son activité n'est pas toujours évident pour un commerçant"

Caen. "Démultiplier son activité n'est pas toujours évident pour un commerçant"
Paul Séchaud, directeur de la société événementielle Caen Événements.

Paul Séchaud, directeur de Caen Événements, organisateur du marché de Noël de Caen. Comment s'organise cette manifestation ? Découvrez les coulisses.

Comment organisez-vous le marché
de Noël ?

"Chaque année, on déploie entre 55 et 60 chalets pour les commerçants. Deux autres sont destinés aux besoins logistiques et un troisième est utilisé pour l'accueil du père Noël, l'une de nos animations phares. On organise l'implantation des chalets dans le centre-ville, en concertation avec la Ville, en essayant d'offrir aux Caennais le plus large choix de produits. C'est la même organisation qu'un salon, mais en extérieur."

Les places sont-elles prisées ?

"On commence à les commercialiser à partir de juin. Certains exposants ne se sont décidés qu'en début novembre avec l'incertitude de la crise sanitaire. Il n'y a pas de file d'attente. Il existe beaucoup de marchés de Noël aujourd'hui, on fait très peu de déçus. En général, on a 65 % de fidèles d'une année sur l'autre. Il n'est pas toujours évident pour un commerçant de démultiplier son activité. Il faut pouvoir le faire d'un point de vue humain et financier. Un exposant qui décide de faire le marché de Noël veut développer son business."

Combien vous coûte le marché de Noël ?

"Il faut prendre en compte l'entretien des chalets, le transport, l'éclairage, le plan de communication et d'animation, la mise en place d'un agent de sécurité pendant cinq semaines, auxquels s'ajoutent les salaires du personnel. Il y a un dispositif d'électricité assez important. Pendant 34 jours, nos agents doivent assurer la bonne tenue de l'événement. Le chiffre d'affaires se compte en centaines de milliers d'euros [lire à gauche, nldr]."

Leur premier marché : un pari économique risqué

Caen. Leur premier marché : un pari économique risqué
Emmanuelle Montaigne et Pascal Jouen, artisans créateurs, viennent de la Manche pour participer à leur premier marché de Noël à Caen.

Emmanuelle Montaigne et Pascal Jouen, artisans créateurs, participent à leur premier marché de Noël à Caen. Ils espèrent réaliser un chiffre d'affaires d'au moins 10 000 €.

Sur le marché de Noël de Caen, il y a tous les profils. Les commerçants qui n'ont pas manqué une seule édition depuis sa création, les fidèles, ceux qui ont traversé la France, les locaux, mais aussi les petits nouveaux. Emmanuelle Montaigne et Pascal Jouen en font partie. Artisans céramistes dans la Manche, ils viennent pour la première fois exposer sur le marché de Noël caennais, place du théâtre.

"Atteindre un chiffre d'affaires dix fois supérieur au prix de la place"

Il n'était pas question pour les créateurs de Saint-Vaast-la-Hougue de faire la route tous les jours. Ils sont prêts à louer un logement le temps du marché, soit pendant cinq semaines. Cela a évidemment un coût, en plus des charges fixes (location du chalet, coût des matières premières, salaires, etc.). Pour eux, l'objectif premier est de "pouvoir en vivre", explique les commerçants, qui sont à leur compte. "Il faut faire un bon mois commercial. L'objectif est d'atteindre un chiffre d'affaires dix fois supérieur au prix de la place."

S'ils ont peu de visibilité sur ce mois de décembre, les deux commerçants espèrent "compter au minimum 10 000 € de chiffre d'affaires pour pouvoir être rentable", poursuit Emmanuelle. Une manière également d'anticiper le début d'année 2022, où la période de vente se veut toujours très calme.

Ils comptent, comme leurs voisins, sur la venue du public et une météo clémente d'ici le 25 décembre.

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