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Rouen. Qualité de la Seine : du mieux depuis les années 80

Environnement. Après les années noires qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, une prise de conscience s'est opérée à la fin des années 70 pour améliorer la qualité de l'eau de la Seine. Depuis les années 2000, le vivant reprend ses droits, même si des progrès restent à faire.

Rouen. Qualité de la Seine : du mieux depuis les années 80
Les poissons d'eau douce, migrateurs ou marins, sont revenus peupler l'estuaire, mais la question de la qualité de leur habitat ou de leur état de santé reste entière.

Une petite brasse dans la Seine ? L'image, encore insensée il y a quelques années, n'est plus forcément utopique aujourd'hui. La qualité de l'eau s'est nettement améliorée et les analyses "sont proches des critères de qualité des eaux de baignade", explique Cédric Fisson, chargé de projet pour le GIP Seine-Aval, un groupement qui fait le lien entre les décideurs et les chercheurs pour approfondir les connaissances sur la Seine dans l'Estuaire. La baignade et la pêche sont d'ailleurs dans l'ADN du fleuve. Ces activités étaient monnaie courante jusqu'au début des années 50. "Entre les deux guerres, l'industrie s'est développée avec principalement les raffineries, mais on n'a pas constaté de grosses manifestations de problèmes en Seine", détaille Cédric Fisson.

"La pollution massive des
années 50 à 70 nourrit encore
notre imaginaire de la Seine"

Tout s'est accéléré dans l'après-guerre, dans les années 50, 60 et 70. La pollution a explosé : rejets de l'industrie directement en Seine sans traitement, rejets de l'assainissement sans épuration… La Seine n'était plus qu'un gigantesque égout à ciel ouvert, avec les odeurs en prime. Pour la biodiversité, c'est un désastre, notamment à cause des épisodes d'anoxie, c'est-à-dire de pénurie d'oxygène. Plus d'oxygène, donc plus de vie… "Il n'y avait plus de poissons. Plus d'éperlans, plus de migrateurs…", rembobine Cédric Fisson. Ce n'est qu'à la fin des années 70 qu'une prise de conscience générale s'opère, chez les politiques, les industriels, les scientifiques et la population. Un plan d'action est mis en place avec le financement massif de stations d'épuration le long de la Seine et l'amélioration des process industriels qui ont permis la dépollution avant le rejet. L'oxygène, principal paramètre suivi dans les années 80, est remonté en flèche. Et comme il faut du temps à la nature pour faire preuve de résilience, les effets ont été vraiment visibles dans les années 2000, avec le retour de poissons migrateurs comme le saumon. "Aujourd'hui, une centaine d'espèces de poissons, marins, d'eau douce et migrateurs, vivent en Seine", explique Cédric Fisson. "Tout va mieux, mais ça ne veut pas dire que tout va bien", nuance-t-il tout de même. La qualité de l'eau s'est améliorée, mais un "cocktail" de polluants reste toujours présent et réduire encore leur concentration relève désormais du travail d'orfèvre. Quant au vivant, "en densité de poisson et en état de santé des individus, il reste beaucoup à faire". Le problème est désormais la qualité de leur habitat : les berges endiguées n'offrent que peu de lieux pour la reproduction, les polluants toujours présents peuvent entraîner des dysfonctionnements du système immunitaire… Et si la qualité de l'eau est moins un sujet, la pollution historique reste prisonnière des sédiments au fond de la Seine et sur les berges. Tenter de restaurer les milieux, c'est prendre le risque de la remettre en mouvement. Dépolluer représente de lourds investissements. Bref, le combat pour une Seine saine n'est pas encore gagné. 

La baignade ? "Demain non, mais un jour je l'espère. C'est un bel objectif !"

Entretien. La baignade ?

Marie Atinault, vice-présidente de la Métropole Rouen Normandie en charge des transitions écologiques, revient sur les missions de la collectivité en lien avec la qualité des eaux de la Seine.

Quel rôle a la Métropole pour la qualité
de l'eau de la Seine ?

Nous avons un rôle important à jouer vers le grand public, en matière de sensibilisation et de pédagogie et même presque de médiation scientifique. Par exemple, comme nous sommes en charge de l'assainissement, nous avons déployé des messages près des avaloirs en centre-ville, qui récupèrent les eaux pluviales, pour dire "la mer commence ici, merci de ne rien jeter". On a aussi un rôle dans nos échanges avec les entreprises du territoire.

Des filets à déchets ont été installés à
Malaunay sur le Cailly. Pour
quels résultats ?

Trois filets ont permis de collecter tous types de déchets. On a pu attraper des mégots, des déchets d'emballage, des morceaux de métal décomposé… L'expérience a très bien fonctionné, donc deux autres filets ont été installés sur le Cailly à Maromme et Déville. Là, on prépare la mise en place de filets pour collecter des déchets en Seine à Rouen, et ce d'ici la fin de l'année. On attend encore des autorisations, donc il est un peu tôt pour en dire plus.

Est-ce pour bientôt la baignade dans
la Seine à Rouen ?

Non. Demain, non. Mais un jour, je l'espère. C'est un bel objectif qu'il faut poursuivre. Pour que cette démarche ait du sens, il faut qu'en amont de Rouen, des actions soient mises en place et qu'il y ait une coopération entre les agglos de la Seine. Les maires des communes implantées en bord de Seine souhaitent vraiment que l'on puisse retrouver les usages récréatifs et nautiques sur la Seine.

Baignade ou pêche, certains ont déjà sauté le pas

Rouen. Baignade ou pêche, certains ont déjà sauté le pas

Alors que la population s'était largement détournée du fleuve lorsqu'il n'était plus qu'un égout à ciel ouvert, les usages récréatifs de la Seine font leur retour, même si la baignade n'est pas encore autorisée ou qu'il est interdit de consommer les produits de la pêche.

L'image a de quoi surprendre. En plein hiver, aux abords des pontons de l'Ile Lacroix utilisés par le club d'aviron, vous pouvez apercevoir une tête qui sort d'une Seine à 9 degrés… Inutile d'appeler les secours. Alexandre Fuzeau, nageur en eau glacée, est en totale maîtrise. Il a fait du fleuve son terrain de jeu pour entraîner son corps à résister aux assauts du froid, lui qui nage en compétition le 1 000 mètres dans une eau entre 0 et 5 degrés, sport extrême qui demande une préparation qui ne l'est pas moins. Médecin à la ville, "Ice doctor" comme il se fait appeler, ne s'est pas jeté à l'eau à la légère. Il recommande une certaine prudence. "Il faut éviter de boire la tasse et souvent, je me baigne la tête hors de l'eau", explique-t-il, rappelant aussi qu'il s'est fait plusieurs fois sortir de l'eau par la police. Car la baignade n'est pas autorisée, à cause de la qualité de l'eau, mais aussi de la navigation et des courants. La pêche en Seine, elle, est bien autorisée, même s'il est interdit de consommer les poissons qui en viennent, par précaution. "Il y a une belle population de poissons", juge Jean-Philippe Hanchard, de la fédération de Seine-Maritime pour la pêche, évoquant notamment les carnassiers comme le brochet, le sandre, la perche ou le silure, mais aussi les carpes ou les gardons. Un signe pour lui de l'amélioration de la qualité de l'eau. La tendance du street-fishing, ou pêche en ville, a d'ailleurs le vent en poupe. À Rouen, c'est le bassin Saint-Gervais qui est le spot de pêche principal.

La Seine, terrain d'expériences novatrices

Rouen. La Seine, terrain d'expériences novatrices

Des protocoles expérimentaux innovants ont été développés en Seine pour approfondir la connaissance du milieu, et notamment les effets des plastiques ou de la qualité de l'eau sur le vivant. Ces expériences doivent permettre d'orienter les prises de décision.

Le suivi de la qualité de l'eau de la Seine n'est pas nouveau et existe depuis 1956. Plus de 700 paramètres sont suivis sur différents points de prélèvements le long de l'estuaire. Des données nécessaires, mais non exhaustives. C'est ce qui pousse les scientifiques à développer de nouveaux protocoles innovants pour améliorer la connaissance du milieu. En 2020, le projet Biosurveillance a vu le jour en Seine pour la première fois, porté par l'UMR Sebio, une unité de recherche spécialisée dans l'étude des milieux aquatiques. Le projet consiste à immerger dans des cages, dans plusieurs points de la Seine, des espèces de poissons ou de crustacés qui sont saines pour ensuite observer l'impact du milieu sur leur organisme. "On va observer l'intégrité de leur ADN ou les effets sur leur système immunitaire", détaille Benoît Xuereb, écotoxicologue en charge du projet. Petit-Couronne a fait partie des points sélectionnés pour l'expérience, avec de nouvelles immersions mardi 5 octobre. Si la pertinence scientifique du suivi semble établie, l'interprétation des résultats commence à peine. "Il est difficile de voir des effets massifs, d'établir le risque", indique le scientifique.

L'omniprésence des plastiques

Un autre champ très étudié récemment est celui de la pollution par les plastiques. "Ces études existaient en mer, mais pas pour la Seine", indique Johnny Gasperi, directeur de recherche pour l'université Gustave-Eiffel et qui a travaillé pour les expériences Macroplast et Plastic-Seine. Dans la première, le marquage de déchets imposants et l'utilisation de balises GPS ont permis de mieux comprendre leur comportement. Conclusion : ces déchets mettent bien plus de temps qu'imaginé à atteindre la mer. "Ils vont finir par s'échouer assez vite sur les berges et peut-être ensuite être remobilisés par la marée", explique le chercheur. Une soixantaine de zones d'accumulation ont ainsi été identifiées, ce qui permet de définir des politiques de nettoyage plus efficaces. Car si ces déchets stagnent, ils ont davantage de chances de se décomposer en microplastiques. C'est là le champ d'étude de la seconde expérience, Plastic-Seine. Elle a permis de constater que l'on retrouve de 2 à 10 microplastiques (de moins de 5 mm) par mètre cube d'eau et plus d'une centaine par kilos de sédiment. Dans le vivant, ces microplastiques sont omniprésents : 2 à 3 en moyenne dans l'estomac des bars prélevés, jusqu'à 4 ou 5 pour des crevettes… Les effets de ces microplastiques sur le métabolisme de ces êtres vivants sont en revanche encore flous. Ces expériences ont pour vocation de guider dans leurs actions les financeurs et décideurs du GIP Seine-Aval, comme Haropa, les Ports de Rouen, du Havre et de Paris. Depuis 2011, le port agit surtout sur l'assainissement et le retraitement des eaux de pluies. "La loi sur l'eau impose de traiter les eaux avant le rejet en Seine. Sur les nouveaux projets, c'est prévu, mais sur les installations anciennes, ce n'est pas toujours le cas", explique Sandrine Sanson, directrice du projet transition écologique d'Haropa. Les réseaux sont donc revus un à un pour récupérer le ruissellement des eaux pluviales. Une pierre de plus à l'édifice massif qu'il reste à bâtir pour que la Seine retrouve sa santé d'antan.

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