Les "kei cars", ces cocasses mini-voitures japonaises

Les "kei cars", ces cocasses mini-voitures japonaises

Les "kei cars" sont nées dans le Japon d'après-guerre, sous l'impulsion d'un gouvernement désireux de promouvoir la motorisation d'un pays laissé exsangue par le second conflit mondial. © Toshifumi KITAMURA [AFP]

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"Daisuki desu!": Yoko Kojima, 75 ans, conduit une mini-voiture depuis plus de 30 ans et elle "l'adore". Tous les matins, elle prend place au volant de son véhicule de forme quasi cubique, facile à garer et à manier dans le trafic tokyoïte.

Dépourvue de séparation entre les portières avant et arrière, ce qui offre la sensation d'un large habitacle très accessible, sa Tanto, modèle vedette du constructeur japonais Daihatsu, est idéale pour transporter les fleurs qu'elle achète au marché et les livrer à ses clients.

Les "kei cars" répondent à des critères bien spécifiques, fixés par la loi, qui leur donnent souvent une allure cocasse: un moteur de cylindrée inférieure ou égale à 660 cm3, une largeur maximale de 1,48 m pour 2 m de haut et 3,4 m de long.

Elles sont nées dans le Japon d'après-guerre, sous l'impulsion d'un gouvernement désireux de promouvoir la motorisation d'un pays laissé exsangue par le second conflit mondial.

La législation a évolué au fil des ans, mais le succès, lui, s'est conforté grâce à un coût de revient bien moins élevé que celui des automobiles classiques. Outre un prix inférieur (environ 1,3 million de yens ou 10.000 euros, contre au moins 2 millions de yens pour les modèles traditionnels), l'utilisateur y gagne sur la consommation de carburant, l'assurance et un régime fiscal plus attractif.

Ventes fluctuantes

Reconnaissables à leur plaque d'immatriculation jaune, les "kei jidosha" (véhicules légers) représentent 35 à 40% du marché japonais, avec 1,72 million d'unités écoulées en 2016.

En général deuxième ou même troisième voiture de la famille, ces mini automobiles sont particulièrement prisées des femmes, et on en voit beaucoup dans les zones rurales. "Au Japon, 80% des routes sont très étroites (3,8 mètres de large seulement), donc conduire une mini-voiture fait vraiment sens", soulignent Osamu Matsuki et Kota Nakaoji, porte-parole de Daihatsu, groupe qui domine le marché avec Suzuki.

Honda est lui aussi présent sur ce créneau avec sa N-Box, au look de mini-fourgonnette se déclinant en multiples couleurs, modèle qui se vend le mieux actuellement dans l'archipel et dont une nouvelle version est sortie vendredi.

Tous les styles existent, de l'emblématique Subaru 360 (ressemblant à la Coccinelle de Volkswagen), qui a fait figure de pionnière en 1958, à la classique Suzuki Alto qui a fait décoller le marché en 1979, sans oublier les séduisants roadsters Suzuki Cappucino et Honda Beat des années 1990.

Bien que difficilement exportables du fait de leur faible puissance, de leur taille miniature et d'un équilibre précaire en cas de collision, leur popularité ne s'est pas démentie au Japon, même si les derniers temps ont été plus durs.

Après l'année record de 2014 (2,27 millions d'unités), les ventes ont fortement chuté depuis, conséquence d'une hausse de la taxe annuelle à payer. Un scandale chez Mitsubishi Motors a aussi affecté la production.

De ringarde à tendance

Un redressement se profile en 2017, mais ensuite les perspectives sont très mitigées "dans un Japon vieillissant, où les campagnes se dépeuplent", pronostique Yoshiaki Kawano, analyste au sein du cabinet d'études IHS Markit.

Pour autant, les mini-voitures "ne vont pas disparaître du paysage", juge Asako Hoshino, chargée du marché japonais chez Nissan qui propose la Dayz dans cette gamme.

Les grands constructeurs regardent plus loin: le partenaire du français Renault a ainsi pris l'an dernier le contrôle du spécialiste Mitsubishi Motors, tandis que Toyota s'est emparé de l'intégralité de Daihatsu, avec la volonté d'utiliser son savoir-faire technologique dans les pays émergents d'Asie.

"Il y a 20 ans, la voiture était un symbole de réussite, mais aujourd'hui ce n'est pas nécessairement vrai. La tendance est à la réduction de la taille", observe Mme Hoshino.

D'autant que les petites automobiles ont su se faire plus fantaisistes et sophistiquées pour attirer le chaland. "Il y a 10 ans, les fonctions étaient très limitées, elles avaient une image ringarde. Les gens les achetaient pour leur prix, sans conviction, mais désormais ils les achètent plus par choix", estime Abe Shuhei, qui travaille au département de planification des ventes chez Daihatsu. "Parce qu'elles sont aujourd'hui à la fois économes en énergie, sûres et stylées".

La charmante Mme Kojima a d'ailleurs pris soin de sélectionner un modèle doté de technologies de sécurité avancées. "Il y a tellement d'accidents de voitures impliquant des personnes âgées", souffle-t-elle.

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