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[Dossier] Orne. Bien vieillir : cette colocation adaptée aux anciens casse les codes

Seniors. C'est une version de "L'Auberge espagnole" en cheveux blancs : la colocation adaptée aux anciens, créée par Cettefamille dans l'Orne, est une alternative aux Ehpad ou au maintien à domicile pour les séniors. Reportage au cœur de la "silver économie".

[Dossier] Orne. Bien vieillir : cette colocation adaptée aux anciens casse les codes
Autour de la table de la salle à manger, les cinq colocataires de la maison d'Echauffour, aux côtés des encadrants de Cettefamille, les assistants de vie. - Philippe Bertin

Paulette, 94 ans, est une mamie espiègle. C'est la grand-mère de Paul-Alexis Racine Jourdren, 33 printemps, le fondateur ornais et chef d'orchestre de Cettefamille. Son petit-fils cherche bien de temps en temps à la convaincre de venir rejoindre l'une de ses maisons de colocataires du troisième âge. "Et à chaque fois, elle me répond : 'je ne quitterai jamais ma niche, même pour aller chez toi !'", sourit le trentenaire.

Le jeune chef d'entreprise natif d'Argentan voit en la réflexion de sa grand-mère comme une obligation à faire encore mieux pour apporter la preuve que son dispositif, lancé en 2017, est une alternative à la maison de retraite classique et à l'Ehpad. Au-delà du clin d'œil "familial", le concept même de Cettefamille est en train de se transformer en success story exemplaire lorsqu'on parle du bien vieillir. Paul-Alexis, qui a créé ce dispositif d'accueil d'un genre particulier, en a lui même une définition qui colle parfaitement à ce qu'il veut faire, tant pour les colocations du troisième âge que pour l'accueil des personnes âgées en familles d'aidants : "Le bien vieillir, c'est rechercher en permanence un bien-être social et mental qui contribue à l'autonomie. Cette autonomie est précisément la conséquence de ce bien-être."

S'y sentir bien, comme à la maison

Les résidences Cettefamille, comme celle d'Echauffour, sont conçues selon ce postulat qui fait d'un habitat partagé un lieu de vie qui resserre les liens et contribue à rester actifs. Cettefamille installe des maisons un peu partout en France sur ce modèle. La Normandie en compte quatre, d'autres sont en projet. Objectif : en créer une centaine d'ici la fin de l'année, en complément des 50 déjà ouvertes.

Le dispositif se veut vertueux et de bon sens : "Nos colocations sont pensées pour qu'on s'y sente bien, comme à la maison." Avec des coûts de participation pour les pensionnaires inférieurs à ce qui se pratique en Ehpad (-30 % en moyenne avec un reste à charge de l'ordre de 1 600 € mensuels, après déduction des aides sociales) et à contre-courant d'une politique du chiffre et du nécessaire, "alors qu'il faudrait d'abord penser à ce qui est souhaitable pour les personnes âgées", dit encore Paul-Alexis Racine Jourdren.

Cettefamille propose deux types d'accompagnement : soit les personnes âgées qui en font la demande sont orientées vers des familles d'accueil chez qui elles vivent, soit elles s'inscrivent comme colocataires au sein de maisons faites pour cela. À chaque fois, le nombre de colocataires est limité à huit personnes, avec à leurs côtés des assistants de vie qui veillent 24 heures sur 24 au bon fonctionnement et à l'accompagnement. Les colocataires sont logés, nourris, blanchis et accompagnés.

Pour développer son modèle économique, le fondateur de Cettefamille vient d'effectuer une levée de fonds de 14 millions d'euros. La silver économie, ou économie des séniors, est-elle un marché juteux ? "J'espère qu'elle ne le sera jamais. Si tel était le cas, ce serait au détriment de l'humain."

Un nouveau plan d'action départemental pour accompagner pour les séniors

Orne. Un nouveau plan d'action départemental pour accompagner pour les séniors
Autour de la table des Myosotis, la maison de retraite de Passais-la-Conception, l'un des 50 Ehpad du département. Aujourd'hui, les aides pour le maintien à domicile se sont multipliées. - Philippe Bertin

Au-delà des Ehpad et autres aides à domicile, l'Orne expérimente de nouveaux types d'accompagnement pour les séniors.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : s'il est un domaine d'action dans lequel le département de l'Orne est très présent, c'est bien celui qui concerne l'accompagnement de ses cheveux blancs, tant pour l'aide à domicile que pour l'accueil en maisons dédiées, Ehpad notamment. "C'est historique et de longue date", souligne la directrice générale adjointe des solidarités, Donatienne Castel-Chapelais.

Ce qui était vrai hier l'est encore plus aujourd'hui, démographie aidant, ajoutée au phénomène de l'après-confinement. "La crise liée à la Covid a marqué de ce point de vue un tournant. Les personnes entrant en établissements spécialisés sont dans une plus grande dépendance avec, pour beaucoup d'entre eux, la nécessité de bénéficier, au sein des structures d'accueil, d'une plus grande médicalisation."

Avec en filigrane ce changement de rapport au bien vieillir : "On parle aujourd'hui de silver économie pour désigner toutes les activités liées au troisième âge, ce n'est pas sans raison. Les comportements ont changé, le public qui avance en âge souhaite conserver toute sa place et son rôle dans la société et le revendique. Jusqu'à maintenant, nous étions face à la vieillesse dans une situation binaire : soit un placement en Ehpad, soit une aide à domicile. Les choses changent et les offres se diversifient et se multiplient. Nous ouvrons dans ce domaine tout le champ des possibles."

Un nouveau Schéma départemental
d'aide à l'autonomie

Dans l'Orne, on compte 4 000 places en Ehpad, 50 établissements sont répartis sur l'ensemble du territoire, 900 places dans les 20 résidences autonomie réservées aux personnes âgées dont la dépendance reste légère et une centaine de places dans quatre établissements séniors. L'aide aux personnes âgées et en situation de handicap approche les 100 millions d'euros. L'aide à domicile est de 28 millions, et il en est de même pour accompagner les établissements pour personnes âgées. Les délais de placement en structure d'accueil ne sont pas trop excessifs, estiment les responsables du Conseil départemental. "Cela varie selon les zones et les types de structures, mais cela n'excède jamais quelques semaines."

Le Département s'apprête à ouvrir une nouvelle page de son histoire à destination de ses cheveux blancs. Son Schéma départemental d'aide à l'autonomie prorogé de deux années, en raison de la situation sanitaire des récents mois, touche bientôt à sa fin. Un nouveau plan d'action va prendre le relais : le Conseil départemental y travaille en ce moment même.

En Ehpad ou à domicile : quels choix, quelles solutions pour nos séniors ?

Orne. En Ehpad ou à domicile : quels choix, quelles solutions pour nos séniors ?
En Normandie, 40 000 personnes âgées vivent en maisons de retraite. - Philippe Bertin

Point de situation sur le troisième âge dans l'Orne.

En Normandie, plus de quarante mille personnes âgées vivent en maisons de retraite. Le vieillissement de la population aidant, leur nombre a progressé de 16 % en dix ans. L'accueil dans ces établissements concerne une majorité de femmes (74,3 %), pour un âge moyen de 86 ans. Le département compte 50 établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes.

Des projets pour les séniors

L'habitat partagé, tel que pratiqué par Cettefamille, se développe en parallèle. Il concerne des personnes dont l'état de santé n'oblige pas à un placement en établissement hospitalier. Plusieurs projets sont notamment en cours. Par exemple, à Gacé, la mairie envisage de faire de l'ancienne école communale une structure de ce type. Cettefamille, sollicitée pour cette implantation, montre l'exemple d'une alternative au placement en établissements : 10 000 aînés vivent aujourd'hui en France dans des familles d'accueil. La colocation concerne, elle, pour l'instant, 144 personnes âgées sur l'ensemble du territoire, avec un maximum de huit colocataires par lieu de vie. Outre Echauffour (voir par ailleurs), c'est aussi le cas à Vendeuvre, dans le Calvados, La Barre-en-Ouches, dans l'Eure, et Yquebeuf, en Seine-Maritime. Cette dernière résidence accueille des colocataires atteintes de troubles neurodégénératifs, souffrant notamment de la maladie d'Alzheimer. L'aide au maintien à domicile figure parmi les priorités du Département. En témoigne la mise en œuvre, par le Pôle Solidarité du Conseil départemental, d'un système départemental de téléalarme à destination des personnes âgées. Une délégation de service public gérera le dispositif.

"Cette maison a changé nos vies"

Aux cotés des colocataires d'Echauffour, la vie devant soi.

C'est un jour comme les autres. Avec un petit rituel de rien du tout mais qui fait beaucoup : autour de la table de la salle à manger, dont les portes-fenêtres lorgnent à l'arrière sur la basse-cour où logent Brigitte, Solange et Antoinette, les trois poules de la résidence qui n'en est pas vraiment une, c'est l'heure du goûter. Au menu : cake aux fruits, brioche aux pépites de chocolat et café ou thé, c'est selon.

Côte à côte, Andrée, 95 ans, Marie, 96 ans, Didier, 67 ans, David, 58 ans, et Muguette, 88 ans, tous colocataires de Cettefamille, qu'accompagnent ici 24 heures sur 24 et tour à tour la représentante régionale de la structure Dolorès Portier, la responsable de la maison Alexandra Bellette et l'une des auxiliaires de vie Clarisse Fontaine.

Cettefamille s'est posée dans les locaux de l'ancienne maison de retraite d'Echauffour, les logements qu'occupent les colocataires ont été inaugurés en juin dernier. Tous le disent avec leurs mots autour de la table : "Cette maison a changé nos vies." Les leurs ont été marquées, pour certains par des accidents de parcours, pour d'autres par des moments de grande solitude, pour la plupart des histoires de famille qui se sont éloignées peu à peu, au fil du temps. "Resserrer les liens ici, c'est aussi combattre cette solitude dont ils ont pu souffrir en étant autrefois seuls chez eux", dit Dolorès, la responsable régionale qui rappelle ce principe qui fait de cet habitat partagé au milieu d'un bourg de pleine campagne un lieu à part : "Ce ne sont pas les colocataires qui doivent s'adapter à ce lieu, mais nous, à l'inverse, nous, qui devons nous adapter à eux."

Vivre ensemble
pour bien vieillir

C'est la différence avec d'autres structures plus classiques : "Ici, chacun a son chez-soi, vit de façon autonome, se lève et se couche à l'heure qu'il souhaite." Le quotidien est ainsi fait et les individualités de ceux qui, pour la grande majorité, ne se connaissaient pas avant d'arriver ici font tout de même bon ménage : les repas sont pris en commun, midi et soir, avec des menus élaborés d'un commun accord à partir des préférences de chacune et chacun. Les animations sont aussi programmées selon le même tempo, en fonction des envies des uns et des autres. Pas de contrainte, pas d'obligation, mais un principe de base : le vivre ensemble, de façon à bien vieillir, en dépit des petits bobos, des coups de cafard et des jours plus difficiles que d'autres.

Exemple ? La passion de Muguette pour les planches de mandala, ces planches de coloriage, s'est transmise aux autres. Du coup, tout le monde s'y est mis ! "C'est très relaxant", dit David. Alexandra a une idée : "De tous vos dessins, on pourrait en faire une exposition."

Et c'est ainsi que passent les jours et les nuits, dans une maison qui a les allures d'une pension de famille. "Attention, préviennent en chœur Alexandra et Dolorès, les responsables. Ici, non ne parle pas d'établissement. L'important, c'est de s'y sentir bien, comme à la maison.". Les colocataires vivent dans leurs chambres décorées de leurs propres mobiliers.

Il était une fois, cette maison qui dit le temps qui passe : se souvenir des belles choses, avec la vie devant soi.

Pour cette assistante de vie, la solitude, ça n'existe pas

Orne. Pour cette assistante de vie, la solitude, ça n'existe pas
Alexandra est assistante de vie et responsable de la maison d'habitat partagé d'Echauffour : "Mon rôle ? Faire en sorte que la vie de nos aînés que j'accompagne soit la plus agréable possible." - Philippe Bertin

Rompre la solitude, se rendre utile… C'est le quotidien d'Alexandra, assistante de vie dans l'Orne.

Elle est là tous les jours, aux petits soins de ses colocataires, pour les aider dans leur vie de tous les jours. Alexandra Bellette, quarante-cinq ans, originaire de Gacé, est comme une nounou qui ne dirait pas son nom. La quadragénaire s'occupe de l'habitat partagé d'Echauffour, aidée en cela par plusieurs auxiliaires de vie qui se relaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pour assurer le quotidien de la résidence d'accueil des personnes âgées qui cohabitent sous le même toit de l'ancienne maison de retraite communale. Son bureau au bout du couloir sert aussi de salle de repos et de chambre, la nuit, pour les auxiliaires de vie qui la secondent dans ses tâches.

"Un sentiment de liberté et d'autonomie"

Quand elle évoque son métier, Alexandra va droit au but : "Je crois que je n'aurais pas pu le faire à 20 ans. Je n'avais pas l'expérience, ni le recul nécessaire pour cela." Elle fut dans une autre vie intervenante en établissement pour personnes âgées dépendantes, un Ehpad. "Cela n'a rien à voir avec ce que je vis ici aujourd'hui. Ce qui prédomine désormais, c'est ce sentiment de liberté et d'autonomie." Assistante de vie, c'est être aux petits soins de celles et ceux qu'elle accompagne. "Vivre à leur rythme." Pas question pour autant de se substituer aux familles. "Chacun son rôle. Je dois savoir garder mes distances dans le respect de chacun." Aider aussi et surtout rompre la solitude des anciens. "Partager ensemble le quotidien."

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