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[Enquête] Caen. Vieillir : à quel prix ?

Santé. Loger les anciens fait partie d'une des priorités pour la Ville de Caen. Pour ceux qui sont encore autonomes, combien ça coûte de vivre en résidence ? Enquête.

[Enquête] Caen. Vieillir : à quel prix ?
Françoise Barrée vit dans une résidence gérée par le CCAS de la Ville de Caen, en partie pour des raisons financières.

Marcelle Boudin est fière d'arroser ses fleurs sur son balcon. Au premier étage de la résidence Les Girandières, en haut de la rue de Falaise à Caen, elle a aménagé son appartement comme elle le souhaite, avec son conjoint, Jean Mayer. "On ne peut pas trouver mieux, on a de grandes baies vitrées et deux balcons", sourit cette retraitée de 92 ans. Ils ont d'abord passé dix ans chacun dans leur studio, dans une résidence de la ville de Caen. Depuis octobre 2021, le couple vit dans un F3, dans un établissement privé, "pour plus de calme". De la tranquillité, certes, qui nécessite de mettre la main au porte-monnaie. La redevance d'occupation mensuelle - à ne pas confondre avec un loyer - s'élève à plus de 2 058 € par mois, qu'ils payent à deux. À titre de comparaison, à la résidence des Acadiens, à la Folie-Couvrechef, un appartement de 58 m2 coûte 1 012 € par mois. "Tout seul, je ne pourrais pas vivre ici", reconnaît Jean, qui vit avec une retraite de 1 600 € par mois. Ils étaient prêts à doubler le loyer pour une fin de vie meilleure. C'est aussi le cas de Joëlle Leharicel, veuve. Elle est passée d'une grande maison à Hérouville-Saint-Clair à un studio de 829 € par mois. "Je ne pouvais plus être toute seule. La vente de ma maison m'a permis de venir ici." Question de survie donc, tout comme Michel Julia. À 78 ans et originaire de région parisienne, il s'est installé à Caen il y a deux mois, pour se rapprocher de son fils qui habite à Ifs.

Le coût d'un appartement
en résidence dépend du foncier

Pour le même studio, il paye environ 1 300 € par mois, sans compter les services supplémentaires (voir plus bas). Le calcul est simple : en cinq ans, le tarif a augmenté de quasiment 100 € par an. "Il ne faudrait pas que ça augmente trop, sinon j'aurais des difficultés à payer", souffle Michel. À Caen, l'offre est très large. Il y a quasiment une quinzaine de résidences autonomie, dont sept publiques réparties sur les quartiers de la ville : à la Grâce de Dieu, la Guérinière, la Pierre-Heuzé, le Chemin-Vert, la Haie-Vigné et deux à la Folie-Couvrechef. Selon l'implantation de la résidence, le tarif n'est pas le même. "Le prix dépend du foncier", assure Nathan Denaes, directeur de quatre établissements gérés par le CCAS de la Ville de Caen. Cela explique donc la différence de prix entre un appartement de taille équivalente entre la résidence du Chemin-Vert et la Haie-Vigné. Pour un F1 bis, soit entre 32 et 35 m2, comptez 608 € dans la première et 900 € dans la seconde. Françoise Barrée a justement fait le choix du public, dans son studio du Chemin-Vert, en partie pour des raisons financières. "Je n'aurais pas pu me payer une résidence privée", dit-elle, très lucide. L'une de ses voisines, Andrée Decaen, 96 ans, vit en résidence publique depuis 22 ans. Elle fait partie des 20 % des résidents qui bénéficient de l'Aide personnalisée au logement (APL). En 2006, elle payait 475 € de redevance mensuelle, dont 180 € d'APL. Un tarif relativement accessible, qui lui permet aussi de vivre sereinement, elle qui se plaignait de tapage nocturne dans son ancien immeuble.

Payer, oui, mais pour quels services ?

Avoir le choix entre une résidence autonomie publique et privée, c'est aussi avoir le choix des prestations associées. Quelles sont les différentes prestations offertes par les établissements caennais ? Décryptage.

Le constat est sans appel. Dans la plupart des résidences autonomie, que l'on appelle aussi résidence senior, les personnes âgées sont là pour rompre avec la solitude après le décès de leur conjoint(e). Le rapprochement familial est le premier critère d'entrée dans un établissement de ce type, à condition que le client soit totalement autonome. Rentrent également en compte le prix, la localisation, l'ambiance et les services associés dans le choix des résidents. À Caen, il existe sept résidences publiques et environ sept privées. Pour Marcelle Boudin et Jean Mayer, dans leur F3 de l'établissement Les Girandières, "la sécurité est très importante. On va sur nos 92 ans, ici on est tranquilles". Dans leur redevance mensuelle, est comprise la présence d'une conciergerie, de nuit comme de jour, 24h/24.

Public ou privé : les prestations ne sont pas les mêmes… Le prix non plus

Les résidences Essentielles de la place Gardin, Domitys, quartier de la Haie-Vigné, ainsi que toutes les résidences gérées par la Ville de Caen incluent également cette astreinte 7j/7. Cette présence rassure les occupants au quotidien. Au Chemin-Vert, la redevance de 608 € pour 32 m2 comprend, en plus de la sécurité, le loyer, les charges, le linge et les animations gratuites, au rythme de deux à trois activités par jour. En revanche, si dans les résidences privées les appartements sont totalement équipés, le CCAS, lui, ne fournit pas de mobilier dans ces résidences. "Le résident reconstruit un chez soi, en venant avec ses meubles", indique Nathan Denaes. À la résidence Les Essentielles de la place Gardin, le résident est libre de choisir.

Dans chacun des établissements, la restauration est optionnelle. Michel Julia mange tous les jours à la résidence Les Girandières, midi et soir, pour 23,50€ par jour. "Manger en tête-à-tête avec les murs dans mon appartement, ce n'est pas très élégant", plaisante-t-il. Tout est préparé sur place. Place Gardin, le déjeuner coûte 15,50€. Une option supplémentaire que s'offrent Jacques et Denise Lenotre. "Nos résidents sont séduits par notre restauration et l'événementiel", selon Anne-Sophie Mauger, la directrice. Pour ce qui est de l'espace bien-être, l'accès à la salle de massage ainsi qu'à la salle cinéma, tout est compris dans la redevance d'occupation. Dans les résidences du CCAS, la restauration est ouverte uniquement le midi, du lundi au samedi. "On met aussi en place des aides au repas par le biais d'un barème sur le 'reste à vivre'. En moyenne, sur 8 €, il reste 3,50 € à payer", poursuit Nathan Denaes.

Joëlle Leharicel se dit "heureuse" dans la résidence Les Girandières. Elle a besoin d'une aide pour le ménage une fois par semaine et la toilette. "Si on veut des aides extérieures, il faut repayer." Elle compte sur une aide de la Caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT). "Ça me coûte 50 € au total, au lieu de 25,50 € par heure. Le reste est pris en charge par la CARSAT." Dans cette résidence, "notre service à la personne nous démarque", explique Anne Lescoualch, directrice de l'établissement. Les résidents peuvent y faire appel pour du petit bricolage ou de la livraison de course à domicile par exemple. Une manière d'accompagner les personnes âgées dans leur perte d'autonomie.

Hammam, sauna… Certains retraités ont le goût du luxe

Caen. Hammam, sauna… Certains retraités ont le goût du luxe
Propriétaires d'une villa puis d'un appartement dans la Manche, Jacques et Denise Lenotre ont choisi d'habiter dans une résidence privée haut de gamme à Caen.

À Caen, il existe une quinzaine de résidences, publiques et privées, pour les personnes âgées autonomes. Certains font aussi le choix d'établissements haut de gamme, pour une retraite plus que sereine.

Une ville miniature dans une résidence. C'est ce à quoi ressemblent les établissements Domitys Les Robes d'Airain, du quartier de la Haie-Vigné, et Les essentielles de la place Gardin. Salle de sport, coiffeur privé, salle de massage, piscine, hammam, sauna… Les résidents sont chouchoutés.

3 100 € par mois pour un F3

Les gérants n'y vont pas par quatre chemins. "Tout le monde ne peut pas se permettre de vivre ici", reconnaît Anne-Sophie Mauger, directrice de la résidence senior du centre-ville. Pour un T1, comptez 1 160 € minimum par mois et 1 820 € pour un T3. Avec les différentes prestations, le tarif mensuel peut monter jusqu'à 3 100 €. C'est ce que payent par mois Jacques et Denis Lenotre, originaires de la Manche. Pourquoi avoir choisi le privé plutôt que le public ? "On n'y avait même pas pensé. On a fait deux autres visites, mais ici, on a eu le coup de cœur." Ils peuvent. Leur appartement est spacieux, avec un balcon sans vis-à-vis. Dans le quartier de la Haie-Vigné, les 114 appartements sont tous équipés d'un espace extérieur : une loggia, un balcon ou un jardin. Du F1 au F3, la redevance mensuelle varie de 1 300 € à 1 950 € par mois. "Ce sont des appartements de type hôtelier", explique Fanny Guyomard, directrice chez Domitys. Il n'y a d'ailleurs plus de place, pour une liste d'attente d'une dizaine de personnes. Preuve que certains retraités ont le goût du luxe.

"Depuis la crise, il y a un regain de demandes en résidence autonomie"

Caen. "Depuis la crise, il y a un regain de demandes en résidence autonomie"
Gérard Hurelle, élu chargé de la santé et de la solidarité à la Ville de Caen.

À travers le Centre communal d'actions sociales (CCAS), la Ville de Caen dispose de sept résidences autonomie pour accueillir les personnes âgées. État des lieux avec Gérard Hurelle, maire adjoint chargé de la santé et de la solidarité à Caen.

Combien la ville compte-t-elle
de résidences autonomie ?

Il y en a sept, avec un maillage dans les différents quartiers, avec un peu plus de 400 places au total. Il y a toujours un peu de turnover [environ 5 %], mais on s'aperçoit qu'avec la crise Covid-19, il y a un regain de demandes, notamment pour des personnes qui se sentaient isolées chez elles. En fonction des résidences, il y a des F1, F2 et pour certaines, il y a des F3. L'âge moyen est de 80 ans.

Comment les prix sont-ils fixés ?

La redevance d'occupation mensuelle est différente en fonction de la taille du logement et de l'emplacement de la résidence. La résidence la plus chère est celle de La Haie Vigné. Pour un appartement de 35 m2 (F1 bis), il faut compter 900 €. Pour un appartement de taille équivalente au Chemin Vert, c'est 608 €. Dans les résidences gérées par le CCAS [Centre communal d'actions sociales] de la ville, il y a quasiment un quart des personnes qui sont en difficulté sociale, et la grande majorité sont des personnes seules.

De quelles aides les personnes âgées peuvent-elles bénéficier ?

Il ne faut pas oublier qu'une résidence autonomie est leur lieu de vie. Pour le logement par exemple, elles peuvent bénéficier des APL [Allocation personnalisée au logement], de l'APA [Allocation personnalisée d'autonomie] pour les plus de 60 ans, avec un dossier à remplir. Celui qui a beaucoup de revenus et qui est très peu dépendant aura moins d'aides. Comme tout Caennais, les aînés peuvent faire une demande d'aide au CCAS.

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