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[L'enquête] Le Havre. Le patrimoine est partout, à chaque coin de rue

Patrimoine. Comment protéger notre patrimoine ? Le classement n'est pas la seule solution. Exemples au Havre.

Publié le 15/09/2021 à 16h13
[L'enquête] Le Havre. Le patrimoine est partout, à chaque coin de rue
Le brise-vent du port fait-il partie du patrimoine ? Il est pour l'heure laissé à l'abandon.

Les journées européennes du patrimoine, les samedi 18 et dimanche 19 septembre, sont l'occasion de nous interroger sur la définition du patrimoine. Nous pensons bien sûr à tous les monuments classés mais quand un bâtiment peut-il être considéré comme faisant partie du patrimoine ?

• Lire aussi : Le Havre. Ils consacrent leur temps au patrimoine du XXe siècle

L'idée de patrimoine est assez récente. Le mot vient du latin patrimonium qui signifie littéralement "l'héritage du père". "Ce n'est qu'au XVIIIe siècle que l'on prend conscience que des biens ont un intérêt qui dépasse l'intérêt individuel, dont la Nation doit être garante", explique Anne-Sophie Bertrand, à la tête du Pays d'art et d'histoire de la communauté urbaine du Havre. À la Révolution Française, les biens de la noblesse et du clergé ont été confisqués. L'État s'est retrouvé avec de nombreux biens sans trop savoir qu'en faire. La première loi de protection du patrimoine date de 1887. En France, il existe deux niveaux de protection : les sites classés (niveau national) et les sites inscrits (niveau régional). 44 500 bâtiments sont protégés au titre des monuments historiques dont 14 000 sont classés. "Tout l'intérêt du classement est de sanctuariser un site, protéger un patrimoine qui témoigne d'une époque et qui aurait pu disparaître."

On peut protéger sans classer

Mais le patrimoine ne se résume pas aux bâtiments classés. Il y a ce que l'on appelle le petit patrimoine. "On peut protéger sans classer." Il existe en effet d'autres moyens de protéger, comme les plans locaux d'urbanisme.

"Par exemple au Havre, nous avons les sanvicaises, dans le quartier de Sanvic. Ces maisons individuelles sont toutes construites de la même manière : un escalier, deux pièces à chaque niveau. C'est une architecture caractéristique du quartier. Quand un propriétaire veut faire des modifications ou des travaux, les services des permis de construire sont vigilants pour garder l'esprit du quartier." Ce petit patrimoine est en fait partout dans notre quotidien. "C'est ce que l'on appelle le patrimoine vernaculaire : les ponts, les lavoirs, les moulins, les croix, etc. Ils témoignent d'une époque. Ils font le paysage des communes et d'ailleurs elles les conservent sans les classer. Ce patrimoine de proximité fait l'identité d'une ville, d'un quartier."

Ne pas figer le patrimoine

Pour Anne-Sophie Bertrand, tout ne doit pas être protégé. "Le patrimoine bouge. Un bâtiment très beau, c'est bien mais vide, ça ne sert à rien. On ne peut pas faire des musées de tout. Le patrimoine vit grâce aux propriétaires, aux associations et aux collectivités. L'État ne peut pas tout faire." Pour "sauver" le patrimoine, il serait donc parfois utile de réutiliser les bâtiments pour leur donner une autre vocation.

Anne-Sophie Bertrand cite quelques exemples de réhabilitations réussies : les docks du quartier de l'Eure transformés en centre commercial (Docks Vauban), la Banque de France de l'avenue Coty devenue une résidence pour personnes âgées ou encore l'ancienne gare de Rolleville aménagée en école.

Quel avenir pour les cheminées de l'ancienne centrale EDF ?

Elles font partie du paysage havrais depuis plus de 50 ans. Les cheminées de la centrale thermique EDF sont visibles de loin et donnent presque une identité à la ville. De par leur hauteur, elles marquent tout simplement le paysage. Avec la fermeture définitive de la centrale le 31 mars dernier, elles pourraient bientôt disparaître. EDF indique qu'il "va prochainement engager la réhabilitation du site pour le rendre apte à un nouvel usage. Ce chantier de valorisation des équipements et de déconstruction des installations s'échelonnera sur une dizaine d'années."

Que vont devenir les cheminées ? Beaucoup d'habitants du Havre se posent la question. Peut-on les considérer comme du patrimoine à conserver ? Là aussi, la question se pose. Avant la mise en service de la centrale, en 1968, elles n'existaient pas. Mais plus qu'un outil industriel, elles sont utilisées comme support artistique dans le cadre d'Un été au Havre. En cette saison 2021, les cheminées abritent pour la dernière fois La Sprite, cette œuvre lumineuse de l'artiste Antoine Schmitt.

Le sort des cheminées n'est pas scellé. "À ce jour, précise EDF, la question du devenir des cheminées n'est pas encore tranchée. Le sujet sera instruit dans le cadre de la déconstruction, avec un strict respect des mesures de sécurité." Des structures aussi hautes et imposantes nécessitent effectivement un entretien régulier et coûteux. Alors, garder ces cheminées, mais pourquoi ? Conserver le paysage, les transformer en musée, créer des observatoires ? Les interrogations restent nombreuses et n'ont, pour l'heure, pas de réponse.

Le mur écran, témoin d'un autre temps

Il a été immortalisé dans le film Disco en 2007. Le mur écran du port du Havre est à l'abandon depuis les années 80. La structure n'est pas là pour indiquer aux navires qu'ils sont bien dans le port du Havre. Il est le témoin de l'histoire maritime de la cité Océane. L'ouvrage a été construit en 1947. Presque un an plus tôt, le paquebot Liberté, cédé par l'Allemagne au titre des dommages de guerre, accostait au Havre pour être réaménagé. Une tempête le fera échouer. C'est pour cette raison que le mur a été construit : protéger du vent les navires en réparation. Les alvéoles de l'ouvrage étaient utilisées comme magasins et ateliers pour les réparateurs. Dans les années 80, le poste de réparation à flot est déclassé, mais le mur est resté.

Depuis l'abandon du site, le mur n'a jamais été entretenu. Peut-il être considéré comme du patrimoine à conserver ? Patrick Bertrand est retraité du port, presque l'historien d'Haropa Le Havre. "Est-ce un 'monument' à conserver ? Je ne le crois pas. Ce mur est une superstructure portuaire construite pour résoudre un problème particulier. Le problème a disparu, le mur n'a plus de raison d'être (plus aucun navire ne s'amarrera à cet endroit). Déjà, l'accès est interdit pour éviter que du public utilise ce lieu comme terrain de jeux." Du côté du port, on ne se prononce pas. En l'absence de projet sur le Môle central, le mur restera.

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