Un braconnier reconverti en garde forestier au secours des derniers tigres de Chine

Un braconnier reconverti en garde forestier au secours des derniers tigres de Chine

Un tigre de Sibérie dans le parc de Hengdaohezi, où sont élevés des tigres, dans le nord-est de la Chine, le 23 août 2017 © Nicolas ASFOURI [AFP/Archives]

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C'était un chasseur sans scrupules qui n'hésitait pas à tuer une ourse devant ses petits. Aujourd'hui, il arpente sans fusil les montagnes du nord-est de la Chine avec une mission: protéger les derniers tigres de Sibérie encore en liberté dans le pays le plus peuplé du monde.

Depuis qu'il a remisé sa carabine voilà 13 ans, Liang Fengen n'a pas croisé une seule fois le fameux tigre qu'il est censé protéger.

Et pour cause: il n'en resterait que 540 à l'état sauvage sur une zone immense répartie entre le nord-est de la Chine, l'Extrême-Orient russe et peut-être même la Corée du Nord.

M. Liang, 61 ans, doit se contenter de traquer déjections et traces de pattes du tigre de Sibérie, le plus gros félin répertorié à la surface du globe. Un mâle peut faire plus de 3,5 mètres de long, avoir une taille de 1,20 mètres au garrot et peser jusqu'à 350 kilos.

"Quand je repense à ce que je faisais, c'était vraiment cruel", admet l'ancien braconnier, qui vit dans une petite maison au pied des montagnes de la province du Heilongjiang, frontalière de la Russie.

Sa conversion a été rendue possible par les efforts d'associations comme le Fonds mondial pour la nature (WWF) qui cherchent à mettre à profit la connaissance du terrain d'anciens braconniers.

Chaque matin à l'aube, le garde forestier entame sa randonnée quotidienne à la recherche d'indices qui permettront aux zoologistes d'estimer où en sont les derniers tigres et surtout leurs proies: une carcasse de chevreuil dévoré ici, des crottes de sanglier là...

Braconnier de nuit

Le tigre de Sibérie a bien failli disparaître dans les années 1940, quand il n'en existait plus qu'une quarantaine d'individus. Ce félin colossal reste "en grand danger d'extinction", menacé par les braconniers qui cherchent à vendre à bon prix ses os - prisés de la pharmacopée traditionnelle - et prélèvent les autres animaux dont le tigre se nourrit.

Liang Fengen parcourt la forêt en tenue de camouflage. L'hiver, il doit braver une température qui descend allègrement sous les -30 degrés.

Les déjections de tigre qu'il recueille sont utilisées pour détecter l'ADN des animaux. M. Liang est équipé d'un GPS qui lui permet d'indiquer exactement où se trouvent les différents indices qu'il a trouvés - une façon de suivre les trajets parcourus par les fauves.

Le terrain n'a pas de secret pour ce nouvel ami des tigres, qui parcourait la montagne dès l'enfance, chassant l'ours et le sanglier pour s'amuser mais surtout pour survivre. Durant les pénuries alimentaires de l'ère maoïste, sa famille avait toujours suffisamment à manger grâce aux sangliers que Liang et son père rapportaient à la maison.

"Pour moi, les animaux étaient là pour être abattus", dit-il. "Et puis petit à petit, j'ai changé".

Le changement fut assurément très progressif: recruté comme garde en 2004 par le Bureau des forêts de Suiyang, il reprenait subrepticement la nuit son ancien métier de braconnier...

Mais sa reconversion n'est pas passée inaperçue.

"Tout le monde savait dans le pays que Liang était le meilleur des braconniers", raconte Jin Yongchao, un responsable du bureau du WWF pour le nord-est de la Chine. Quand il a changé de métier, "ça a influencé beaucoup de monde".

D'après M. Jin, dans la seule province du Heilongjiang, une trentaine de chasseurs ont comme lui troqué le fusil pour l'uniforme du garde forestier.

Quant à Liang Fengen, il a la foi du converti. "Tant que mes jambes me portent et que le Bureau des forêts a besoin de moi, je continuerai à protéger les tigres de toutes mes forces", promet le sexagénaire.

Alcool à base d'os de tigre

La Chine compte aussi quelque 200 élevages de tigres de Sibérie, dont beaucoup font polémique.

Comme le parc de Hengdaohezi, où un canard vivant est amené à l'aide d'un câble au dessus d'un bassin où évoluent des tigres. Quand le câble lâche le malheureux volatile, ce dernier atterrit dans la gueule d'un tigre affamé, pour la plus grande joie des visiteurs qui mitraillent la scène à l'aide de leurs smartphones.

"Nous sommes les meilleurs spécialistes mondiaux de la reproduction des tigres de Sibérie", assure Liu Changhai, le patron du parc, qui se félicite de la naissance de 50 petits en avril dernier.

Mais son parc et d'autres élevages chinois sont critiqués par les écologistes, qui n'y voient que de vulgaires "fermes à tigres" exploitant les félins à des fins mercantiles, sans se soucier de les relâcher dans la nature.

A Harbin, la capitale de la province du Heilongjiang, un autre parc se vante de détenir la plus grande ménagerie mondiale de tigres de Sibérie, avec plus de 500 animaux. Les tigres sont présentés lors de spectacles de dressage et les visiteurs se passent les petits de main en main.

Des militants écologistes soupçonnent les élevages de vendre les fourrures et les os des tigres après leur mort. L'alcool à base d'os de tigre est recherché en Asie pour ses présumées vertus médicinales, bien que le commerce des os de tigres soit interdit depuis 1993.

Liu Changhai dément que son élevage ait d'autre objectif que la remise en liberté des animaux. "C'est notre souhait le plus cher", assure-t-il.


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