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[Enquête] Caen. Les dessous de la seconde main

Mode. Les boutiques de seconde main ont explosé depuis un an et demi à Caen. D'où viennent les vêtements ? À quel prix ? Tendance Ouest en sait plus sur les secrets de ce marché de plus en plus concurrentiel.

[Enquête] Caen. Les dessous de la seconde main
Les boutiques de seconde main fleurissent à Caen. Tendance Ouest a enquêté sur les secrets de ce nouveau marché.

Bombers années 80, robes à fleurs et foulards en tissu, bienvenue dans le monde de la fripe. Cela fait maintenant une dizaine d'années que l'intérêt pour les vêtements de seconde main ne cesse de croître. Les quelques sites comme Leboncoin ou Ebay ne datent pas d'hier. L'application Vinted ou les espaces de revente sur les réseaux sociaux tirent aussi leur épingle du jeu. Si bien que les grandes enseignes de prêt-à-porter se sont adaptées en proposant, elles aussi, des articles d'occasion en ligne. À Caen, les boutiques de seconde main ont poussé comme des champignons. La fripe à la mode de Caen vient d'ailleurs de changer de dimension en ouvrant une boutique de 200 m2 avec plus de 3 000 articles en rayon. Jules Figard, le gérant, ne dévoile pas la recette du succès. "Je ne dirai jamais d'où ils viennent, c'est top secret. Dans le milieu de la fripe, chacun a son réseau, dit celui qui, à ses débuts, allait chiner quelques pièces le dimanche matin sur les marchés. Je n'avais pas les besoins colossaux d'aujourd'hui." Ce silence en dit long sur ce qu'est devenu le marché de la seconde main.

Des vêtements d'Europe, d'Asie,
des États-Unis…

Dans ce milieu hyperconcurrentiel, chacun a sa façon de faire. Certains achètent à la tonne par containers, d'autres poursuivent avec les méthodes à l'ancienne. La chaîne Mad'Vintage ne s'en cache pas. Elle s'approvisionne de vêtements à travers le monde entier auprès de son fournisseur Jonathan Frip's, grossiste spécialisé dans le vintage depuis 1981. "On a des chineurs et des acheteurs en Europe, aux États-Unis et en Asie. On reçoit un à deux containers par semaine, confie Eugénie Sabban, co-gérante de l'entreprise. La marchandise arrive dans de très grands sacs, les vêtements sont compressés, puis une vingtaine de personnes les vérifient, les trient et les lavent", dans un entrepôt de 20 000 m2 près de Rouen (Seine-Maritime). "J'ai le choix des catégories, mais je ne sais pas quel type de pièces je reçois. Quand j'ouvre les cartons, c'est Noël, c'est la surprise !", poursuit Léa Valmy, responsable de la boutique rue Demolombe à Caen. Jeans Levi's, jogging vintage, chemisiers façon seventies… il y a de tout. Pour Tiphaine Lelimouzin et Céline Barbot, qui ont lancé début octobre Regul'art, un concept de revente de meubles et de vêtements de seconde main en ligne, la logique est totalement différente. Elles chinent, comme à l'ancienne, pour trouver la perle rare. "On fait les marchés, les brocantes, les vide-maisons, Emmaüs, Leboncoin… On achète tout à la pièce car on veut proposer quelque chose d'unique, que l'on a choisi nous-mêmes, raconte Tiphaine. En général, on trouve une trentaine de pièces sur les marchés." Une façon de faire qui correspond davantage à leurs valeurs selon Céline. "Acheter à la tonne en Afrique, ça ne nous intéresse pas en termes de politique d'achat et de politique de vente. C'est un non-sens d'un point de vue environnemental." Curieuses et débrouillardes, les deux amies sont prêtes à perdre plus de temps (et d'argent) au profit de la qualité. Pas question pour elles d'acheter des vêtements de l'autre bout du monde.

Vêtements à pas cher : comment être rentable ?

Caen. Vêtements à pas cher : comment être rentable ?

La seconde main prend de plus en plus d'ampleur en France. À Caen, quel est le modèle économique des commerces spécialisés ? Éléments de réponse.

Consommer du recyclé, oui, mais à quel prix ? Entre l'achat et la revente de vêtements déjà portés, le milieu de la fripe s'est largement industrialisé ces deux dernières années. Comme pour les grandes enseignes, il faut s'aligner avec la concurrence. S'il n'est pas rare de voir des t-shirts ou petits accessoires à 2 voire 3 € pièce sur Vinted, les commerces de seconde main veillent aussi à respecter la logique du "vêtement pas cher". Là aussi, les manières de faire varient d'une entreprise à l'autre. Chez Jonathan's frip, qui fournit Mad'Vintage, l'achat par lots est gagnant, d'un point de vue économique. "Comme on achète par très grandes quantités, on a des tarifs préférentiels. Par exemple, on a acheté 40 000 pantalons pattes d'éléphant, explique Eugénie Sabban, gérante de l'un des trois plus gros grossistes du secteur en Europe. Si on n'achète pas en masse, ce n'est pas avantageux pour nous." Selon elle, l'entreprise fait une plus-value puisqu'elle remet au goût du jour les vêtements en cas de besoin. "Dans notre prix de vente, on est obligés de prendre en compte le coût d'achat, la main-d'œuvre et le transport", sans cacher qu'il arrive parfois de jeter 10 % de la marchandise qui arrive par container. Le tarif est fixé par catégories de vêtements : chemises, salopettes, sweats, pantalons, etc.

Convaincues de cette démarche de seconde vie donnée aux vêtements, Tiphaine Lelimouzin et Céline Barbot voient les choses différemment. Comme elles chinent à l'unité, - "il n'y a pas un seul jour où l'on ne regarde pas Leboncoin", sourit Tiphaine, ancienne professeur des écoles - le prix d'achat est souvent plus élevé. "Ceux qui achètent par balles, ça leur coûte 20 centimes le vêtement à l'unité. On en est bien loin."

Trouver le juste milieu entre-temps de retouche et prix affiché

Alors, comment s'y retrouvent-elles ? Les deux entrepreneuses font une étude de marché. "On compare les prix. On fait une marge en essayant de multiplier par cinq notre coût d'achat pour définir notre prix de vente, souligne Céline, ex-éducatrice spécialisée. Mais si on voit un chemisier chouette un peu plus cher, on fera moins de marge, mais au moins, on est sûres que ça va être vendu. On a parfois des coups de cœur." Dans leur atelier situé à Feuguerolles-Bully, elles vérifient méticuleusement l'état du vêtement pour éviter les mauvaises surprises. "S'il y a trop de travail de couture ou de retouche, ce n'est pas rentable car on ne peut pas refacturer à l'acheteur le temps passé dessus", explique Céline. Sur leur site d'e-commerce, au milieu des 600 pièces disponibles, on peut aussi trouver des vêtements collector, quitte à mettre la main au porte-monnaie. "On achète rarement au-delà de 20 €. Et à la vente, ça ne dépasse pas 30 €." De son côté, Eugénie Sabban ne cache pas que si elle déniche une pièce "star", "ça va forcément coûter plus cher", mais toujours à un prix raisonnable. Au-delà du prix, c'est surtout la démarche d'économie circulaire qui séduit ces commerçants. Par ailleurs, une étude récente de Thred Up, un site américain de fripe, a révélé que d'ici 2028, le marché de la seconde main devrait dépasser celui des grandes marques.

La Chiffo : un modèle à part

Caen. La Chiffo : un modèle à part

La Chiffo, boutique solidaire installée à Caen, subit de plein fouet le développement des friperies. Entre baisse de la qualité des dons et attirance de nouveaux clients, le bilan est mitigé. On fait le point avec la directrice.

À Caen, un cas reste à part dans l'univers de la seconde main. Avec ses trois boutiques rue de Trouville, aux Rives de l'Orne et à Hérouville, la Chiffo se démarque par son côté solidaire. Elle accompagne les salariés dans leur réinsertion professionnelle grâce à la vente de vêtements. La totalité des produits provient de dons ou des invendus de marque qu'elle remet au goût du jour.

Une baisse de la qualité des dons

Très longtemps, consommer de la seconde main était l'affaire des ménages au faible pouvoir d'achat. Aujourd'hui, les vêtements d'occasion ne concernent plus que les "pauvres". Si bien que la Chiffo trouve une nouvelle clientèle. "L'engouement est intéressant car il y a de plus en plus de gens qui franchissent les portes de notre boutique", témoigne Christine Juillet, la directrice. Le hic, c'est qu'avec l'expansion des friperies à Caen, la qualité des dons laisse à désirer. "Aujourd'hui, quelqu'un qui donnait tout ce qu'il ne mettait plus, il essaye d'abord de vendre sur Vinted ou en dépôt-vente. Nous, on récupère le reste, donc la qualité des dons est amoindrie." Le volume des dons a aussi été impacté. "Il y a dix ans, on collectait environ cinq portants de vêtements haut de gamme par an. Aujourd'hui, on n'en a plus du tout", conclut la responsable.

Tous les produits ne pouvant être revalorisés sont rachetés par un grossiste. De quoi fermer la boucle d'un cercle vertueux.

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